« L’homme doit aller vers le beau »

Entretien de Christine Avignon avec Khalid Kouhen

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Percussionniste, compositeur et chef de batterie d’origine marocaine, Khalid Kouhen est peu connu du grand public, bien qu’il ait collaboré à de nombreux projets. Ouvert aux diverses cultures musicales, il a joué et enregistré avec de nombreux musiciens africains, cubains, et brésiliens. Il prépare actuellement un album avec l’artiste swazi Mbongesini.

D’où vous vient votre amour de la musique ?
À la base, je ne savais pas que j’étais musicien. Mais au plus profond de mon être j’étais imbibé de rythmes. Quand j’étais petit au Maroc, ma grand-mère avait quelques pouvoirs de guérisseuse. Sa thérapie, c’était la danse et les percussions… Tout gosse j’ai assisté à cela, et j’ai immédiatement été passionné par les percussions, comme beaucoup de Marocains. Je ne me rappelle même pas quand j’ai commencé à jouer, mais c’était vraiment tout jeune. Mon père aussi aimait beaucoup les percussions et ma mère en jouait.
Avez-vous suivi une formation particulière ?
J’ai vécu pendant 20 ans à Fez. Là-bas j’ai eu la chance d’aller dans une école internationale, où tous les étrangers venaient apprendre l’arabe. J’ai sympathisé avec des Sénégalais, et nous avons formé un groupe. Je n’avais que 12 ans quand nous avons commencé à jouer ensemble, notamment des reprises de James Brown. Beaucoup de variétés américaines aussi, de la musique traditionnelle marocaine, et des rythmes du Sénégal. En fait, dès mon plus jeune âge, j’ai eu l’habitude d’échanger avec des musiciens de cultures différentes de la mienne.
En effet, votre parcours montre que vous avez collaboré avec des musiciens de nombreux pays. Ces échanges avec d’autres cultures sont-ils importants pour vous ?
Oui, bien sûr, parce que j’aime toutes les cultures. Je n’ai aucun a priori. J’ai travaillé avec énormément de gens : des Africains, des Indiens, des Cubains, des Brésiliens (qui sont déjà mélangés) et aussi des Occidentaux. Ma grand-mère, que j’évoquais tout à l’heure, venait du Soudan. Elle a exporté sa culture au Maroc. Pour moi la culture correspond à l’homme et l’homme doit vraiment, c’est un devoir, aller vers le beau, vers tout ce qui est magnifique. J’estime que chacun a développé des choses extraordinaires dans sa culture. Dans le domaine des percussions en particulier, chacun apporte son étincelle. Il y a des interactions très intéressantes. Comme lorsque l’on rencontre un vrai bluesman, qui a vécu ça depuis des générations, il en est imprégné et à beaucoup à donner.
Comment se créent les contacts avec les autres musiciens ?
Il y a une reconnaissance du milieu. Parfois aussi des musiciens me voient sur scène, et cela leur donne envie de travailler avec moi, donc ils me contactent.
J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de passionnés. Je crois que les rencontres ne se font pas par hasard. Étant moi-même passionné de percussions, il y a certaines personnes avec lesquelles j’accroche tout de suite. Et de ces rencontres, naissent les projets. Mais quand je joue ou que je participe à des projets qui ne me tiennent pas vraiment à cœur, en général cela ne se passe pas bien.
Vous préparez en ce moment un album avec l’artiste swazi Mbongesini. Où l’avez-vous rencontré ?
Claude Gonin, l’actuel directeur de l’Alliance française de Mbabane, m’a invité à travailler avec des artistes swazis, et c’est comme ça que j’ai connu Mbongesini, qui a une très belle voix. Quand il est venu en France par la suite, il n’avait composé que des chansons en anglais, mais ça ne m’intéressait pas ; ce que je voulais c’est qu’il aille puiser dans la richesse de sa culture, la culture profonde, qui touche la personne. Je lui ai donc demandé d’écrire des textes en siswati, sa langue natale. Ce qu’il a fait. Aujourd’hui notre collaboration repart sur de nouvelles bases.
Avez-vous d’autres projets en cours ?
J’ai récemment joué à Paris avec l’ensemble Badila, qui regroupe des musiciens indiens et iraniens. Notre collaboration va peut-être se poursuivre.
Je participe également au spectacle « Piaf », de Josette Kalifa et Claude Barthelemy, monté cet été à Avignon. Peu de gens le savent, mais Edith Piaf fut élevée pendant les deux premières années de sa vie par sa grand-mère kabyle, Aïcha Saïd, qui a inspiré le projet. Pour Piaf, c’était une attache forte avec la Méditerranée, et par-delà, avec l’Orient.
J’ai aussi un projet de trio avec la chanteuse indienne Mita Pandit et la pianiste Allie Delfau et je suis en contact avec la chanteuse érythréenne Faytinga avec laquelle j’aimerais bien un jour sortir un album.
En mars dernier j’ai joué et enregistré avec le « Hodos quartet ». Là c’est un projet franco-maroco-suédois, avec Olivier Cahour, Thierry Colson, Jonas Knutson et Nabil Khalidi.
Il y a toujours plein de projets en cours quand on est un musicien.
Vous éprouvez aussi le besoin de transmettre votre savoir musical. Est-ce pour cela que vous avez monté une école à Rennes ?
Oui, il y a quelques années je vivais à Rennes, et j’y ai monté une école de Rythmes et Percussions et en 1996 en association avec Pandit Shankar Ghosh une école de tablas1. C’était la première en France. J’ai commencé à former des jeunes à partir de 1985.
Pourquoi n’avez-vous jamais enregistré d’album solo ?
Jusqu’à présent je n’ai fait que des collaborations, même lorsque je compose. J’aime bien monter des projets avec d’autres artistes. J’ai participé à environ 80 albums. C’est vrai qu’au fond de moi-même, parfois je me dis, voilà il faudrait que je fasse un CD à mon nom, mais mes idées ne sont pas encore assez abouties, à mon sens.

Site officiel de l’artiste : http://www.khalid-kouhen.com/
Concert le 11 août 2007 à Tours (Festival des nuits étoilées)
1. tabla : instrument de musique à percussion, à peau unique, originaire de l’Inde du nord.
entretien réalisé à Paris le 10 juillet 2007

Discographie sélective :
JAZZ ET MUSIQUE DU MONDE
Olivier Ker-Ourio « Oversea »
Majid Bekkas « African Gnawa Blues »(ffff télérama) (Igloo-Sowarex – 2002)
Newtone Experience « Kalimba » et « Evanescence » (Buda Musique – 1989)
Allie Delfau – Dave Liebman – Marc Ducret « Orphée » (Buda Musique – 1997)
Archie Shepp – Chico Freeman – Ravy Magnifique « Meeting » (Night & Day – 1994)
Cedrenn « L’autre côté » (Keltia Musique 1999)
Baco (Mayotte) « Ame Putshe » featuring Yungchen Lhamo.
Stix Dan (Jamaïque) « Africa is Calling »
The hole in the wall « Haim Isaacs
Gilbert Bescond « Les terres invincibles » (Night & Day – 1997)
Double album de Carlos Nascimento
VARIETES
Josette Kalifa « chansons de Léo Ferré » (Mélodie-2003)
Enfance et musique « Baby blues »
Lionel Damei « L’humanité et moi » (Night & Day – 2001)
MUSIQUE DE FILMS ET DE SPECTACLES :
Bande sonore pour la revue du Lido 2003-2004 sous la direction de Jean-Claude Petit
Bande sonore pour le spectacle de Carolyn Carlson à son passage au Casino de Paris
Musique de film « Nos vies heureuses » réalisé par Jacques Maillot-Cannes 1999
Composition et réalisation de musique pour reportage du lancement du TGV Atlantique « Au-delà du record »
Musique de la pièce « Les Cerbères » de Serge Noyelles et Marion Coutris 1996///Article N° : 6690

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Les images de l'article
Khalid Kouhen en trio avec Nabil Khalidi, oud et Thierry Colson, contrebasse, Festival de guitare en Nérac
Khalid Kouhen avec des musiciens swazi, Matssé et une joueuse de guimbarde (2005)
Khalid Kouhen avec Pandit Shankar Ghosh (MJC de Bobigny)





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