Ly Dumas & Friends : défilé de mode au Musée National des Arts d’Afrique et d’Océanie

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A quelques semaines de sa fermeture, le Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie qui fut un temps le Musée des colonies (unique vestige de l’exposition coloniale de 1931) a ouvert ses portes, pour la dernière fois, à la création contemporaine africaine. Conçu par Hélène Joubert (conservateur chargée du défilé et de l’exposition) comme un ‘prolongement’de l’exposition  » Boubous c’est chic « , le défilé de mode du 3 décembre 2002 a réuni autour de Ly Dumas (Camerounaise), les créateurs Mickaël Kra (Ivoirien), Xuly Bët (Lamine Kouyaté Sénégalo-Malien), Karim Tassi (Marocain) et Imane Ayissi.(Camerounais). Invitation au rêve pour une soirée de prestige
Les photos montrent les créations de Ly Dumas.

Lumières tamisées et couleurs chaudes des fresques réalisées à la gloire de l’empire colonial français dans les années 1930 ; parcours sinueux des sièges destinés à recevoir les spectateurs et à accompagner les ‘amazones’dans leurs déambulations artistiques ; des palmiers ploient sous le poids de leurs branches ; la voûte s’élève au-dessus des têtes, comme pour mieux accentuer le côté théâtral de cette dernière manifestation au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie. Et soudain le bruit du djembé annonce le début du défilé.
Apparaissent d’abord les suivantes de la reine. Elles sont vêtues de somptueux boubous conçus par Ly Dumas tout spécialement pour l’événement : chaque donnée traditionnelle du vêtement est revue, interprétée et dépassée. Le décolleté dans le dos devient profonde échancrure, chute sur les reins. D’un col qui dévoile l’épaule, on passe à une coupe asymétrique. Face au pagne long et pudique Ly Dumas ose le court. Apparaissent alors les jambes, les bottes, le pourpre du tissu dont est revêtue la reine majestueuse. Une page est tournée, avancent alors les muses de Mickaël Kra.
C’est la beauté du corps nu qui est ici mise en valeur. Une perle, un assemblage de cauris suffisent à habiller l’homme ou la femme. Le port de tête est digne, la démarche assurée, le geste accompagné d’une soie lourde, brillante, et lumineuse qui contraste avec la simplicité du buste. Végétaux et épurés, les bijoux habillent les corps comme autant de plantes mystérieuses.
Xuly Bët nous propose une collection beaucoup plus urbaine où les matières sont moins rutilantes, mais tout aussi sensuelles. Brillance du synthétique, paillettes et teintes qui moulent les corps, coutures apparentes qui soulignent le galbe, la courbe, le déhanché.  » Celui qui ouvre l’œil  » (traduction du wolof xuly bët) nous emmène dans l’univers de ses villes rêvées, ou la femme devient reine d’un jour et où l’artifice a droit de cité.
Avec Karim Tassi reprend le rêve. Rêve de la transparence et des couleurs acides (fuchsia, orangers, jaunes)… Rêve du mystère de la superposition des gazes qui laissent deviner le corps sans l’offrir au regard. Légèreté du tissu qui passe ; écho du désert, de la chaleur du sable qui se reflète dans la matière portée ; souffle léger du mouvement des couleurs et rehauts des accessoires (sacs, ceintures de cuir qui complètent, en les mettant en valeur, les tenues).
Imane Ayssi présentait sa collection blanche  » Vogue Afrique « . Après l’éblouissement suscité par les collections précédentes, son travail déçoit quelque peu. Le choix de la couleur ou non couleur (le blanc), des matières (moulantes ou légères), et des coupes semblent très classique. Y manquent saveur et originalité… Mais le rideau va bientôt tomber.
Réapparaissent alors les modèles de Ly Dumas. Disparus les boubous, place à présent aux robes du soir et tenues de fête. Perles, tissus (bogolan, rabal, ndop, etc) … L’inspiration africaine est toujours présente, mais elle ne s’arrête pas là.
Difficile de quitter le rêve et la sensualité d’un défilé en hommage à la création africaine, mais fermons les yeux… La beauté est dans nos rêves.

Lire les entretiens avec Ly Dumas et Hélène Joubert, également sur le site.///Article N° : 2761

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