Mbote ! de Tshoper Kabambi

Kin est encore belle

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Jeune réalisateur engagé, Tshoper Kabambi appartient à cette nouvelle génération de réalisateurs congolais qui, à la faveur d’une société où les tensions se déconstruisent peu à peu, émergent pour rendre compte de leur vécu et de leur désir d’y bâtir un avenir. Conscient de la nécessité d’accompagner ce mouvement d’un travail critique et médiatique, il a organisé du 15 au 20 décembre à l’Institut français de Kinshasa, avec l’aide du service de coopération de l’ambassade de France, un atelier sur la critique cinématographique qui a réuni une quinzaine de journalistes triés sur le volet (cf. [événement 30955] et [murmure 13972]). Son film Mbote ! est emblématique du rapport de ces cinéastes à leur ville. Il sera présenté au festival du court métrage de Clermont-Ferrand en 2014.

Mbote veut dire bonjour, au sens où on souhaite quelque chose de bon à l’autre. C’est à Kinshasa que Tshoper Kabambi dit Mbote, à sa ville et à ceux qui l’habitent. Il en connaît les contradictions, la dureté des conditions de vie, les traquenards et les laideurs, mais aussi les potentiels et la vitalité. Son film alterne les espaces privés des personnages et les rues grouillantes d’une ville qu’il épouse en un grand panoramique. Ce ne sont pas des héros qu’il met en scène, juste des gens qui se débrouillent avec la vie, avec leur courage mais aussi leurs mauvais côtés, leurs ombres. C’est pourtant ce mélange de courage et de faiblesses qui fait leur beauté. Le réel kinois est là, dans les galères du chômage et des poches vides, dans le coût prohibitif des services de santé et le mépris que subissent les petites gens, dans les traîtrises affectives et les non-dits, mais aussi dans les solidarités spontanées et les élans de vie.
Ce film mosaïque évolue ainsi autour de ses personnages comme les facettes d’une ville aux multiples visages mais dont la vitalité explose. Voix-off récurrente, l’enfant malade que le père tente de faire soigner dit ce qu’il voudrait faire plus tard, être président de la République bien sûr, mais aussi avoir sa maison et sa réussite professionnelle – un modèle conservateur certes, mais tout simplement une vie heureuse auquel chacun peut aspirer avant même de penser le collectif.
De cette constellation de quiproquos parfois hilarants et totalement imprévisibles, ce n’est pas une leçon de morale que tire Kabambi : il ne juge pas ses personnages dans leurs déviances, il les aime au contraire dans leur capacité d’évoluer. Autant dans ses musiques que dans ses personnages, son film est un appel au courage, mais aussi une déclaration d’amour urbaine pour sa ville et ceux qui la font vivre.

///Article N° : 11950

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