« Mes paroles sont véridiques »

Entretien de Samy Nja Kwa avec Liz Mc Comb

Le 8 mars 2002
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Liz Mc Comb sort un nouvel album : L’esprit de la Nouvelle Orléans. Aux racines du Gospel, là où le jazz a commencé : un mélange d’Afrique et de Caraïbes en Amérique.

C’est un album enregistré à la Nouvelle Orléans, comment était l’ambiance ?
Formidable ! Mon producteur Gérard Vacher et moi avons rencontré tous les musiciens. Tous ceux qu’on a sollicités sont venus, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai un grand respect pour eux. : ils se sont mis à fond dans le projet, sans arrogance.
Cet album a des consonances bien africaines.
Nous, Africains-Américains sommes aussi Africains. Nous sommes comme les enfants d’Afrique ayant grandi hors du continent. Paradoxalement, les Africains ne comprennent pas les Africains-Américains et vice et versa. Cela s’explique par la cassure. Nous n’avons plus les mêmes racines. Mais je me sens Africaine dans la tête, dans mon corps. Je n’ai pas étudié la musique africaine, mais je sais qu’elle est spirituelle et je suis connectée. Je comprends naturellement les esprits. La première fois que j’ai parlé avec un Africain, c’était en Suisse, il a cru que j’étais une Africaine, et j’ai compris pourquoi.

Parfois, des Noirs peuvent se rencontrer sans pour autant parler la même langue…
Oui et ils savent d’où ils viennent. Qu’ils soient russes à la peau noire au américains, ils le savent. C’est fort ! nous avons quitté l’Afrique et nous vivons dans des mondes différents, mais nous demeurons africains ne serait ce que par notre peau. « Black is black ». Nous avons été séparés, nous avons beaucoup de peine parce qu’on nous a enlevé tellement de choses. En Amérique par exemple, les Africains-Américains vivent dans cette peine du passé. Ce n’est pas toujours la faute des Blancs, mais le début de cette histoire vient de leur part et ils ont donné de la peine aux Africains-Américains. Aujourd’hui, cette peine continue avec la drogue, pas pour tout le monde, mais pour certains. Lorsque je marche dans la rue, je ne vois plus leurs yeux, juste des trous. Et ça me brise le cœur. On peut choisir de ne pas la prendre, mais parfois on a tellement de peine qu’on fait des choses, comme boire de l’alcool ou prendre de la drogue, pour se sentir mieux. C’est ce que font aussi certains musiciens de jazz, ma propre sœur est tombé dans ce vice. Il faut avoir la force d’arrêter.

On nomme votre musique blues, parfois gospel, qu’en est-il réellement ?
C’est du gospel traditionnel. Les gens qui parlent de gospel ne savent pas ce que c’est. C’est une musique culturelle, qui ne concerne pas uniquement la prière. Je l’ai reçue en héritage. Mon arrière-grand-mère chantait aussi. Elle a d’abord chanté pour ma grand-mère, qui a chanté pour ma mère. Et je ne le savais pas. Aujourd’hui, je chante la même chanson dans mon album.

Votre arrière-grand-mère a connu l’esclavage.
Oui, ma mère m’a raconté que mon arrière-grand-mère qui travaillait dans les champs ne voulait pas coucher avec son maître, qui était blanc. Il l’a rossé de coups et l’a violée. Alors qu’il était à cheval en train de se promener dans les champs, un esclave noir est arrivé et l’a abattu.

Quel message livrez-vous à travers le gospel ?
Les gens qui font du gospel doivent être responsables. On ne peut pas le jouer pour l’argent, je suis responsable de mes textes, de leur signification ; et le message est qu’il doit y avoir un Dieu, même si nous connaissons des moments difficiles. Je refuse de baisser les bras, je ne peux pas vivre dans ce monde en restant passive sur tout le mal qu’il y a : la violence contre les femmes, les guerres. Il doit y avoir un Dieu, et j’y crois. Ma musique va dans ce sens. Mes paroles sont véridiques, elles racontent le travail des esclaves dans le Sud, le Mississipi. Aujourd’hui, nous pouvons le dire parce que nous sommes libres. Nous sommes forts.

///Article N° : 2235

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