Mi Sueño

D'Ibrahim Ferrer

Print Friendly, PDF & Email

Mort en août 2005, Ibrahim Ferrer aurait eu quatre-vingts ans au moment de la sortie de ce disque testamentaire. Dès les premières notes, il est difficile de ne pas regretter que ce  » miraculé  » (son propre mot) du « Buena Vista Social Club » n’ait pas eu l’occasion de l’enregistrer vingt ans plus tôt. C’était en effet son rêve de toujours (d’où son titre) de faire un album de boleros.
La mort a interrompu son enregistrement, et cette voix suave était devenue bien chevrotante.
Pourtant, elle avait gardé son élasticité et sa précision rythmique, particulièrement fascinante en tempo lent. Au fil des plages, on oublie vite les effets de la maladie pour découvrir que comme Ferrer en avait l’intuition, ses employeurs s’étaient toujours trompés en jugeant « qu’il n’avait pas une voix assez virile pour le bolero  » ! Il y a au contraire une adéquation idéale entre ce timbre sobre et délicat, et ce style sentimental trop souvent caricaturé par une emphase et des vocalises superficielles.
Le bolero cubain, binaire, n’a rien à voir musicalement avec son homonyme espagnol, ternaire.
Bien que né à la fin du XIX° siècle à Santiago (berceau d’Ibrahim), c’est dans la seconde moitié du XX° qu’il a vraiment acquis sa maturité en intégrant diverses influences, celle du son afro-cubain, bien sûr, mais aussi celle des crooners nord-américains. Le grand musicologue Curt Sachs écrivait joliment que c’est  » le triomphe de la tendresse « .
Cette expression s’applique parfaitement aux douze chansons choisies par Ibrahim Ferrer, avec une prédilection pour des chefs d’œuvre oubliés comme ceux du Mexicain Augustin Lara.
Le merveilleux pianiste Roberto Fonseca est pour beaucoup dans l’homogénéité parfaite de l’album, qui culmine avec le fameux  » Quizas, Quizas  » transcendé en duo par Ferrer et la chanteuse Omara Portuondo.

Mi Sueño, d’Ibrahim Ferrer (World Circuit / harmonia mundi)///Article N° : 5896

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire