Michaëlle Jean, première femme noire Gouverneure Générale du Canada

Print Friendly, PDF & Email

À la surprise générale des Canadiens, le 4 août 2005, le premier ministre Paul Martin s’exprimait en ces termes, pour annoncer la nomination de Madame Michaëlle Jean, animatrice et journaliste à Radio-Canada, au poste de Gouverneure Générale du Canada. En effet, son nom ne figurait pas sur la liste des candidats possibles.

« She is a woman of talent and achievement. Her personal story is nothing short of extraordinary. And extraordinary is precisely what we seek in a Governor General – who, after all, must represent all of Canada to all Canadians and to the rest of the world as well ».
(C’est une femme qui a des compétences et un talent de grande envergure. Son vécu est extraordinaire. Ce sont précisément des qualités extraordinaires que nous recherchons chez un gouverneur général, car il ou elle doit symboliser tout le Canada pour tous les Canadiens, et également pour le monde entier).
(Traduction de Gisèle Seck)

La communauté internationale et la Diaspora noire, en Europe et dans les Amériques saluent l’accession de Madame Michaëlle Jean, au poste de Gouverneure Générale. Le 27 septembre 2005, elle deviendra la 27eme Gouverneure Générale du Canada, Représentante officielle de Sa Majesté la reine Elisabeth II d’Angleterre, Reine du Canada et Chef de l’État canadien.
Madame Michaëlle Jean prêtera serment devant sa famille, la population canadienne et un parterre d’invités provenant du corps diplomatique, des grandes instances politiques et des grands corps de l’État. Cet événement historique marque l’aube d’une ère nouvelle, particulièrement pour les Noirs du Canada auxquels il redonne l’espoir.
« Je suis animée de l’espoir de rencontrer très bientôt mes compatriotes et je suis forte de la conviction que le Canada doit continuer à accomplir de grandes choses si nous travaillons ensemble au mieux-être de la population et de l’humanité. Notre pays est si vaste et si riche dans ses coloris et ses accents. Plusieurs d’entre nous n’ont pas la chance d’en mesurer l’étendue. Je sais combien je suis privilégiée. D’où mon impatience et ma hâte d’aller à votre rencontre et d’amorcer avec vous le dialogue qui est pour moi l’acte fondateur de ce pays. « 
C’est en ces termes que s’est exprimée, Son Excellence, la très honorable Michaëlle Jean lors de sa prestation de serment à Ottawa.
Son parcours
Michaëlle Jean a vu le jour en 1957, à Port-au-Prince (Haïti) où elle passe sa prime enfance. En 1968, ses parents fuient le régime dictatorial du Dr. François Duvalier et se réfugient à Thetford Mines, au Québec (Canada). Michaëlle est alors âgée de 11 ans. Son père, professeur de philosophie, se sépare de sa mère peu après. Michaëlle racontera de façon très touchante le retour de son père disparu pendant 30 ans et sa joie de le revoir. Elle accomplit son cycle d’études primaires et secondaires, au Québec, sa terre d’adoption. Ensuite, elle obtient de la Faculté des Arts et Lettres de l’Université de Montréal, un Baccalauréat (équivalent de la Licence) en langues et littératures hispanique et italienne, puis une Maîtrise en littérature comparée. Elle bénéficie de bourses d’études pour se spécialiser en langue, culture et littérature italienne à l’Université de Pérouse (1982), à l’Université de Florence (1984), et à l’Université catholique de Milan (1985). Madame Michaëlle Jean est polyglotte : outre sa langue maternelle, le créole haïtien, elle maîtrise le Français, l’Anglais, l’Italien, l’Espagnol et lit aisément le Portugais. En 1985, l’ambassadeur de Suisse au Canada lui décerne le  » Prix d’excellence en Études françaises et italiennes « . Elle débute sa carrière en tant que professeur d’italien et enseigne à l’Université de Montréal pendant deux ans.
Madame Michaëlle Jean est l’épouse de Monsieur Jean-Daniel Lafond, cinéaste-documentariste Français et professeur de philosophie, qui a réalisé les courts métrages suivants :  » Une Lettre Persane « ,  » Salam Iran « ,  » Le cabinet du Dr. Ferron et la  » Manière nègre « . Le couple a adopté une petite fille nommée Marie-Eden, née à Port-au-Prince (Haïti). Ensemble, ils ont réalisé les films documentaires suivants :
 » Tropique Nord ou comment être Noir et Québécois  » qui, en 1994, obtient le prix de la meilleure réalisation francophone, au Festival de Namur.
En 1995, le film documentaire réalisé avec son oncle, l’écrivain haïtien René Depestre,  » Haïti dans tous nos rêves  » obtient le grand prix du film politique au  » Festival Hot Docs de Toronto. Ce court-métrage traite de l’exil et de l’engagement.
En 1996 et en 1999, ils produisent  » L’heure de Cuba « .
Tous ces films sont empreints d’un réalisme profond et reflètent l’engagement de leurs auteurs.
Ses succès professionnels
Madame Michaëlle Jean accède aux plus hautes fonctions du Canada, et ce faisant, elle symbolise le rêve de Martin Luther King d’une société où l’on ne jugera plus sur la couleur de la peau, mais plutôt sur la valeur intrinsèque d’une personne.
En effet, elle possède des compétences et un talent de grande envergure. À ces qualités s’ajoutent le courage et un profond humanisme doublé d’une forte sensibilité aux questions d’actualité sociale et politique.
En 1986, elle collabore à un numéro spécial du magazine québécois  » Parole de Métèque  » consacré à la chute du régime Duvalier. Elle y rédige une série de portraits de femmes haïtiennes de toutes conditions et de tous milieux sociaux.
En novembre 1987, lors des premières élections libres et démocratiques d’Haïti, elle participe à la réalisation, en Haïti, d’un documentaire intitulé  » Haïti, nous sommes là, Hayti, nous la en « , sous la direction de l’Office national du film du Canada. Son équipe de tournage est attaquée à la roquette et rapatriée d’urgence, à la suite d’émeutes qui se sont soldées par le massacre de nombreux électeurs.
En 1988, Michäelle Jean abandonne la craie pour le micro et entreprend une carrière de journaliste. Elle est tout d’abord reporter à l’antenne de télévision de Radio Canada et anime les émissions à caractère sociopolitique suivantes :  » Actuel  » (1988),  » Virages  » (1991-1992) et le magazine télévisé d’actualité nationale et internationale,  » Le Point  » (1992-1995).
Entre 1992 et 1995, elle devient la journaliste la plus populaire du Canada. À titre de chef d’antenne à la télévision de Radio Canada et membre de l’équipe du journal télévisé, elle présente  » Montréal ce soir  » et  » Horizons francophones  » et, sur la chaîne anglaise de Radio Canada, CBC Newsworld,  » The Passionate Eye «  et  » Rough Cuts « . À partir de 2001, elle anime  » Grands Reportages «  et les émissions d’information de la chaîne internationale de Radio Canada, RDI (le Réseau de l’Information), Elle met fin à sa carrière de journaliste en juillet 2005, une semaine avant d’être officiellement désignée prochaine Gouverneure Générale du Canada.
Femme de cœur, Madame Michaëlle Jean met son micro à l’écoute de ceux qui se préoccupent des problèmes de la société. Cette activiste engagée et journaliste médaillée prête sa voix aux sans-voix et laissés pour compte. Figure de proue du journalisme québécois, elle jouit d’une grande crédibilité et du respect de millions de téléspectateurs canadiens et étrangers.
Son engagement se traduit par les nombreuses activités qu’elle a assumées parallèlement à ses études universitaires. Par exemple, elle a œuvré pendant huit ans (1979-1987) auprès du Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale au Québec. Ce sont des refuges réservés aux femmes battues et violentées par leur partenaire. Son action auprès des femmes et des enfants en crise a contribué à la création d’un réseau de refuges d’urgence à travers le Québec. Elle a coordonné un travail de recherche sur  » L’incidence des agressions à caractère sexuel rapportées par des femmes violentées par leur conjoint  » qui constitue une première en Amérique du Nord. Cette vaste enquête a été publiée sous le titre de  » La sexualité blessée  » (1987) et a fait l’objet d’un débat à l’Assemblée Nationale du Québec, en juin 1987. Madame Jean a également prêté son concours aux organisations d’aide aux femmes immigrantes et collaboré avec le ministère canadien de l’Emploi et de l’Immigration et le Conseil des communautés culturelles du Québec.
Ses émissions témoignent de sa sensibilité aux grandes questions d’actualité et reflètent son engagement envers les droits de la personne et la justice sociale.
Cette grande dame se qualifie elle-même en ces termes :  » La nuance, le feu et l’eau « . La nuance, parce qu’à travers son métier de journaliste, elle a appris à faire la part des choses.  » C’est tout un labeur de chercher toujours à mieux comprendre « , dit-elle. Le feu, car derrière son calme apparent, se cache une nature impétueuse et intense qui sait brûler au contact des problèmes qui affligent l’humanité ; enfin, l’eau, symbole de la vie, pour son effet réparateur et apaisant. Elle se définit comme une femme noire d’origine haïtienne, une véritable Québécoise.
Madame Michaëlle Jean fait partie des premiers Noirs auxquels la télévision de Radio-Canada a confié l’animation d’émissions d’information. À la suite de sa nomination, elle a notamment déclaré :
 » Je ne m’attendais pas à ce que le destin frappe de cette façon-là à ma porte. Durant toutes ces années où j’ai œuvré comme journaliste et animatrice sur les différentes chaînes de notre télévision publique, j’ai vu les préjugés reculer et les mentalités évoluer. Fini le temps où l’on osait penser et dire qu’une personne de race noire n’avait aucune crédibilité en information aux yeux du public. Il faut continuer d’avancer. Et c’est dans cet état d’esprit que j’acquiesce à la proposition qui m’est faite et que j’entends exercer le rôle de gouverneure générale « .
Sa nomination à la tête de l’une des plus prestigieuses institutions du pays inspire fierté et reconnaissance à la communauté noire. Elle aspire à voir des modèles positifs qui lui servent d’exemple.
Distinctions honorifiques
Mme Michaëlle Jean est lauréate de nombreuses distinctions honorifiques :
En 1989, elle obtient le Prix Média de la Ligue des droits de la personne du Canada pour son reportage  » La Passionaria ou le combat d’une immigrante au Québec pour l’intégration en français des immigrés « . La même année, le  » Prix Mireille Lanctôt  » lui est décerné pour son reportage sur la violence conjugale intitulé :  » Partir à zéro « .
En 1994, elle reçoit le  » Prix Anik «  pour le meilleur reportage de l’année pour son documentaire sur les grandes familles et le pouvoir de l’argent en Haïti.
En 1995,  » Amnistie Internationale «  lui décerne le prix du journalisme pour la série  » La Moitié du monde «  traitant des enjeux de la Conférence internationale de l’ONU sur les femmes, qui s’est tenue en août 1994 à Beijing (Pékin).
En 1997, elle est promue citoyenne d’honneur pour la qualité de son travail dans le domaine des Communications et saluée à titre de première québécoise d’origine haïtienne à animer des émissions d’information à la télévision publique de langue française au Canada « . La même année, elle reçoit l’Hommage de la Ville de Montréal et du ministère québécois de l’immigration et des relations avec les communautés culturelles. Toujours en 1997, dans son magazine,
 » Le 30 « , la Fédération des journalistes professionnels du Québec lui reconnaît la production du meilleur texte de l’année.
En 1998, elle est désignée Femme du mérite en Communications, lors du Gala Meritas et  » Femme de l’année  » par le magazine Elle Québec
En l’an 2000, elle reçoit le  » Prix Galaxie  » de l’Association Canadienne des télévisions câblées (ACTC) pour la meilleure prestation à l’écran et à titre de meilleure animatrice d’un programme d’information. Toujours en l’an 2000, elle obtient le  » Prix Raymond Charrette  » du Conseil de la Langue Française du Québec.
En 2001, le  » Prix Gémeaux  » lui est décerné pour la meilleure interview, toutes catégories.
En 2003, elle est médaillée de  » l’Ordre des chevaliers de la Pléiade des Parlementaires de la Francophonie « , pour sa promotion de la francophonie et du rapprochement des cultures.
En 2004 de Radio-Canada pour la qualité du français sur les ondes.
Les fonctions de la Gouverneure Générale du Canada
Le poste de gouverneur général est la plus ancienne institution publique du Canada. Il remonte à 1608. Le Canada est une démocratie parlementaire et une monarchie constitutionnelle.
La Gouverneure Générale assume la fonction de chef de l’État. Elle est la représentante officielle au Canada de la Reine Elisabeth II, (Reine du Royaume-Uni, de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord et Chef du Commonwealth). Elisabeth II est également la Reine du Canada. La Gouverneure Générale a un rôle symbolique, formel, cérémonial et culturel. On la désigne en utilisant les titres suivants :  » Son Excellence  » et  » Très Honorable  » (Right Honourable). Son titre officiel est celui de  » Gouverneur Général et Commandant en chef des forces armées canadiennes « . Elle est Chancelière, Commandant en Chef des forces armées canadiennes et Compagne principale de l’Ordre du Canada. Sa résidence officielle, Rideau Hall, se trouve à Ottawa. Cependant, par tradition, elle doit passer plusieurs semaines à la Citadelle de Québec.
La Gouverneure Générale représente le Canada à l’étranger et décerne les décorations aux Canadiens méritants. Son rôle consiste à  » rapprocher les Canadiens et promouvoir le Canada « .
La Gouverneure Générale prononce le  » Discours du trône « , au début de chaque session du Parlement, mais elle ne l’écrit pas. Ce discours, rédigé par le Premier ministre, annonce le programme de son parti pour l’année en cours et celles à venir. La Gouverneure Générale nomme un représentant dans chaque Province. On l’appelle le lieutenant-gouverneur. En tant que Chef de l’État, La Gouverneure Générale a le pouvoir de dissoudre le Parlement canadien. En cas de litige, elle peut choisir le Premier Ministre.
Les gouverneurs généraux sont nommés par la Reine sur proposition du Premier Ministre. Depuis 1932, dix Canadiens ont occupé le poste de gouverneur général. Auparavant, leurs prédécesseurs étaient tous Britanniques. Madame Michaëlle Jean succède à Son Excellence, la Très Honorable Adrienne Clarkson, qui termine un mandat de 6 ans.
Conclusion
Madame Michaëlle Jean a eu un parcours exceptionnel. Elle symbolise l’identité multiculturelle du Canada. Elle exercera royalement ses fonctions, dans le respect de la dignité humaine et des institutions, afin d’assurer l’unité canadienne et de promouvoir l’image de marque du Canada dans le monde.
Au nom de tous ceux et celles qui se réjouissent de sa nomination, nous adressons à Son Excellence, la Très Honorable Michaëlle Jean, nos sincères félicitations et lui souhaitons nos meilleurs vœux.

Pierrette. Herzberger-Fofana@sz.phil.uni-erlangen.de///Article N° : 4054

  • 4
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article




Laisser un commentaire