Minuit Montmartre, de Julien Delmaire

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Le poète et écrivain Julien Delmaire publie son troisième roman aux éditions Grasset. Minuit, Montmartre, inspiré d’une histoire vraie, raconte la déambulation lyrique d’une jeune sénégalaise échouée par hasard sur la butte de la capitale française au début du grand siècle.

Delmaire est un romancier qui aime planter des décors et des personnages, mettre sa plume poétique au service de trajectoires marginales. On se souvient de Georgia, puissant premier roman, qui mettait en scène l’amour écorché d’une jeune junkie et d’un sans-papier sénégalais errants dans les rues de Paris.

Minuit, Montmartre s’ouvre sous le patronage d’Apollinaire, dont quatre vers ornent la première page : « Du boulevard de la Chapelle / Du joli Montmartre et d’Auteuil / Je me souviens murmure-t-elle / Du jour où j’ai franchi ton seuil. » Montmartre en est donc le premier personnage, celui du début du 20ème siècle, habité par les poètes, les peintres, et les chansonniers. Les descriptions sont nombreuses et fouillées tout au long du texte, dessinant une ville menaçante, vivante : « La lune éclairait les accotements d’une montagne noire, des chemins de terre qui se tordaient comme des corps au supplice, des maisons aux toits de chaume pareilles à des barques en perdition. » Minuit est ce moment où se rencontrent les artistes, les prostituées et les buveurs dans les rades de la butte. Comme au lapin agile où débarque un soir Massa, une jeune femme noire. Elle est belle, mystérieuse et  son chant soudain séduit tous les habitués du lieu.

Le roman suivra les péripéties de celle que le narrateur surnomme « la déesse de Tombouctou » auprès des habitants du quartier. Un chat  l’amène chez le peintre Suisse Théophile-Alexandre Stenlein qui, en plus de peindre la multitude de félins qui vit chez lui, prendra la jeune héroïne sous son aile. On ne sait pas grand chose de son passé. De bref flashs de souvenirs nous apprennent qu’elle a grandi à Saint-Louis du Sénégal et en est partie jeune, attirée en France par des bonimenteurs qui ne lui voulaient pas du bien. L’Afrique est aussi loin du récit que des fantasmes exotiques de ceux qui rêvent de Massa « la négresse ».

L’intrigue est simple, l’Histoire avance et avec elle la première guerre mondiale sur fond de progrès technique. Les caractéristiques attendues de l’époque se succèdent : la fée électricité, les poilus, l’absinthe, la tuberculose qui guette, les filles de joie rattrapées par la syphilis et les inspirations subites d’artistes géniaux mais crèvent la faim. Massa est noire, elle croise Pampelune, un autre noir, antillais. Les tirailleurs sénégalais défilent sur les champs un jour de juillet faisant dire à une spectatrice excitée qu’ils vont permettre à la France de crever les boches. Cette présence est à peine questionnée, elle passe, comme bon nombre de personnages du livre.

Malgré, quelques extraits poussifs (pourquoi toujours autant érotiser la femme?), Minuit, Montmartre est fidèle à la langue de Delmaire, imagée, ciselée. Et lorsque, dans la seconde partie du roman, l’héroïne se met à poser pour le peintre Suisse, se dessine alors un personnage fort auquel on s’attache et dont on aimerait apprendre plus. Que reste-t-il de Massa sur la butte Montmartre?

 

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