Rose-Pirogue : sous le poème, les braises

De Julien Delmaire

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Le dernier texte de l’écrivain, slameur et poète Julien Delmaire, Rose-Pirogue, paraît cette semaine chez Mémoire d’Encrier. Ce texte d’une grande acuité poétique brasse des images fortes, les mondes intérieurs du poète y embrassent le réel avec éloquence.

Julien Delmaire écrit comme sur des charbons ardents. Poète, tendu entre terre et ciel, il s’invente un royaume de mots et d’images où « s’exile[r]quand le blues [le]tire par les ailes » : Rose-Pirogue.
Le recueil est placé sous le patronage du rose, couleur non pas timide ni dénuée de caractère mais au contraire explosive, sensible, à vif. La poésie est le tyran qui règne sur Rose-Pirogue et tout le recueil semble suivre une même nervure, un corps à corps intense avec le verbe.
Sous la plume de Delmaire la poésie peut tout, invente tout, et revient sans cesse à l’humain :
« La poésie m’a appris que j’étais une lesbienne transversale, un punk métaphysique, un bluesman aveugle, un partouzeur timide et un ascète à hélices. Et que sans doute, nous nous ressemblions. ».
La langue est un outil qui fait sauter le vernis des convenances, et ces « poèmes gants de crins » révèlent toutes les nuances d’une palette sentimentale : joie, désir, tristesse, angoisse, colère, indignation.
Rose-pirogue s’invente dans cet endroit que chacun porte en soi et qu’on retrouve souvent chez Delmaire. Là où les angoisses intérieures se heurtent au monde du dehors, juste sous l’épiderme. Une sorte de fracas naît dans cette tension entre l’intime et le dehors violent, les grisailles intérieures et les mondes poétiques. Le poème s’écrit à fleur de peau, pour dire les démons secrets : « je me bats contre des ombres mercenaires / j’encule des monstres de solitude / dans le silence des fleurs coupées. »
Pour sortir de l’angoisse et venir à Rose-Pirogue il faut lâcher prise, les mots nous invitent à une extase quasi charnelle. C’est un recueil qui brûle, et dans lequel l’amour, le désir, la jouissance et la mort flirtent sans cesse : « Je suis la mort qui baise reins décuplés / vers la lumière.  » D’un érotisme assumé, presque féministe, il accueille dans ses pages des figures de femmes fortes, et le corps féminin est un paysage métaphorisé omniprésent : « Rose-Pirogue se dessine / côte de nacre dentelée / où demain doit appareiller / la coque luisante du festin. »
Le texte se déploie dans des imaginaires aux géographies multiples : les Caraïbes, l’Afrique, les bas-fonds des villes occidentales. Il salue une grande famille d’écrivainEs, «  frères et sœurs d’émerveillements  » de l’auteur et à qui sont dédiés ces poèmes. Rose-Pirogue s’inscrit dans ce foisonnement d’œuvres littéraires qui se répondent en échos depuis différents coins du monde et qui nous font croire qu’en ce moment se joue peut-être quelque chose, un décloisonnement, un renouvellement poétique qui fera date.

///Article N° : 13490

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