Les mélodies de DJ Mo Laudi, DJ Mujava, Spoek Mathambo, Skip and Die, Die Antwoord Le bouillonnement actuel de la scène musicale sud-africaine rappelle qu'il y a une vie après Johnny Clegg et Brenda Fassie. Rencontre avec Mo Laudi, un DJ jeteur de ponts. Entre les vibes d'ici et de là-bas.
"Je veux amener un peu d'Afrique du Sud à Paris". Et c'est le DJ non-officiel de Nelson Mandela qui le dit. Cette boutade, un clin d'oeil au premier président noir de la République arc-en-ciel, est la marque de fabrique du personnage. Mo Laudi nous accueille dans son quartier, à deux pas de son studio, en ce jour chaud de la fin du mois d'août. Le DJ sud-africain, originaire de Polokwane, a posé ses valises à Paris depuis quelques années. Il préfère taire son vrai nom et son âge. La coquetterie du rappeur, producteur, performer, hypeman amuse. Habitué à être aux platines de bon nombre de places fortes du clubbing parisien, il planche cette fois sur un événement qui aura lieu à la Gaieté Lyrique. "J'ai carte blanche et réunis les artistes qui font bouger mon pays sur une même scène. Il y a une énergie incroyable làbas !" Grâce à la tête chercheuse, BLK JKS, Shan Gaan ou encore Desmond and the Tutus seront sur la scène. Mo Laudi a commencé à faire ses sets empreints de kwaito, kuduro, dancehall et autres joyaux de la musique urbaine des pays du Sud outre-Manche. "J'étais le premier à faire des résidences basées sur la musique sudafricaine. Maintenant, même la BBC note que les clubs londoniens en raffolent !", appuie-t-il, fier de son rôle de pionnier. À Londres, il rencontre Étienne du groupe Very Best, alors à ses balbutiements. Il participe à ses soirées "Secousse" et fait le MC lors de leurs shows. Quand ce dernier arrive à Paris, pour ouvrir le Comptoir Général, Mo Laudi part aussi et hallucine à son arrivée "Je suis le seul DJ sud-africain à vivre ici !". Il tient cet amour de la musique de ce pays tant aimé.
Économiquement ségréguée
"La musique fait partie du quotidien. Nous sommes les plus grands amateurs de house music. Son rythme est si proche de notre musique traditionnelle." Si la bonhomie de Mo Laudi frappe d'abord et séduit instantanément, et qu'il parle de l'Afrique du Sud avec bienveillance, il ne la fantasme pas. "Contrairement à d'autres amis noirs, j'ai eu de la chance. De sortir du ghetto, où j'ai grandi dans les pires conditions, de voyager pour voir autre chose que des gens réduits à n'être rien chez eux, en raison de leur couleur de peau. De ne pas me conformer à ce que la société raciste d'alors a tenté de m'inculquer". Bien loin des discours idylliques sur son pays, ou d'une tendance consistant à le glamouriser, il le voit "toujours marqué par la ségrégation et le déséquilibre économique entre les Noirs et les Blancs". Optimiste quant à la situation, en attendant qu'elle s'arrange, il veut imprimer sa marque arc-en-ciel sur les dance-floors du monde.
///Article N° : 12458


