Moisson de crânes, Textes pour la Rwanda

D'Abdourahman A. Waberi

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« Cet ouvrage s’excuse presque d’exister. Sa rédaction a été ardue, sa mise en chantier différée pendant des semaines et des mois. N’était le devoir moral contracté auprès de divers amis rwandais et africains, il ne serait pas invité à remonter à la surface aussi promptement après deux séjours au pays des milles collines. » (p.11). Ces mots d’introduction révèlent la difficulté d’écrire sur le génocide. A coup sûr, le lecteur saura gré à Waberi d’avoir joué franc-jeu. Car ce livre est celui d’un échec, un échec noble puisque l’auteur le reconnaît lui même. Le seul fait d’avoir intitulé ce livre Textes pour le Rwanda accentue le malaise. Par Textes, il faudra entendre un ensemble hétéroclite composé de nouvelles, d’un essai, d’un reportage, etc.. Bref, une démarche littéraire relèvant du bricolage au sens où l’entend le surréalisme. D’où l’importance d’une préface avertissant le lecteur. En convoquant Césaire, l’auteur du Discours sur le colonialisme, Waberi montre qu’on ne peut dissocier le génocide rwandais de l’histoire coloniale. En cela, il corrobore les propos d’Annah Harendt dans l’Impérialisme sur le développement parallèle du racisme et de la bureaucratie et de leur utilisation dans la colonisation africaine. En citant Paul Ceylan, notamment « Comment écrire après Auschwitz ? », Waberi prolonge une tradition et situe du même coup le génocide rwandais par rapport à la Shoah. Cette interrogation sur la difficulté de la fiction à nommer l’indicible montre qu’avant d’être nouvelliste ou romancier, il reste avant tout un poète. C’est-à-dire un artiste dont le souci premier dans l’acte d’écriture est ce qu’Octavio Paz appelle l’érotique verbale.
Tour à tour grave, léger, multipliant les tons, tantôt s’impliquant dans le récit, tantôt adoptant le regard froid d’un observateur extérieur, Moisson de Crânes est en définitive une réflexion sur le mal, mais surtout sur l’incapacité du langage à dire ce mal. Comparé aux autres livres de fiction écrits sur le Rwanda, il témoigne en se refermant sur le Burundi d’une ouverture qui invite le lecteur a garder les yeux ouverts.

Moisson de crânes, Textes pour la Rwanda, d’Abdourahman A. Waberi, Le Serpent à plume, 2000///Article N° : 1712

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