Niafunké

D'Ali Farka Touré

Le disque du mois
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S’il est un artiste que les paillettes du star système ne pourront soudoyer, c’est bien Ali Farka Touré. Ali’s here, le premier titre de Niafunké, son sixième album, le rappelle d’emblée :  » Tout ce que j’ai acquis à travers ma musique retourne au pays pour le peuple.  » L’enfant de la rivière, ainsi que l’on nomme ceux qui ont été désignés pour communiquer avec les esprits, parvient une fois de plus, grâce aux vibrations des cordes de sa guitare, à concentrer l’attention des amateurs – avisés – d’authenticité sur ce petit coin de Mali, situé sur les berges du fleuve Niger à la lisière du désert du Sahara.
Au propre comme au figuré, c’est de là-bas que cette musique est partie. Enregistrée sur place, dans l’écho d’une grande bâtisse abandonnée, située entre les champs et le village. Nick Gold, producteur de World Circuit et Jerry Boys, ingénieur du son, décident d’y transplanter un studio mobile, des kilomètres de câble et un générateur. Un tour de force qu’Ali Farka justifie par une volonté d’authenticité que les studios d’enregistrements implantés à l’étranger tendaient à lui enlever, mais aussi, par les exigences d’une terre à cultiver – plusieurs hectares – et d’une famille à nourrir.  » Je suis d’abord un fermier et ensuite un musicien. (…) J’ai la responsabilité de beaucoup de monde et quand je quitte le village, j’ai l’impression que je fuis mes responsabilités.  » Et le résultat justifie cette initiative spectaculaire. Niafunké est réalisé au rythme de la terre et des chants populaires qui, loin d’être de simples divertissements, conditionnent la vie, les récoltes, les relations, la façon d’être. L’apparition de chœurs de femmes, de la calebasse coupée, du violon njarka devenait dès lors indispensable. Les quelques claquements de mains, qui interviennent notamment sur Howkouna (serrer la ceinture), chant de morale pour inciter les jeunes Maliens au travail et à la discipline, transmettent à eux seuls une ferveur et une ardeur que l’habituelle douceur de cette musique ne laissait guère soupçonner.
Dirigé par la guitare électrique, l’ensemble se place aisément aux points d’intersections préférentiels de l’harmonie et du rythme. Ce qui fait de cet album, une création s’inscrivant dans une incontestable modernité. Mixé et arrangé à Londres – tout de même -, Niafunké est certainement le plus bel envoi d’Ali Farka Touré dans lequel, à travers chants de joie et de gaieté, transparaît la particularité de ce  » blues africain  » qui contrairement à sa définition outre atlantique, illustre le bonheur d’être ensemble et d’être chez soi.

Niafunké, d’Ali Farka Touré (World Circuit Music/Night and Days)///Article N° : 947

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