Nigeria : la vidéo rêve d’oscars

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Précédé d’un atelier sur la critique de cinéma rassemblant journalistes nigérians et ghanéens qui marque la naissance d’une branche anglophone de la Fédération africaine de la critique de cinéma, le 6ème Forum international sur le cinéma et la vidéo organisé annuellement par l’ITPAN (Independent Television Producers Association of Nigeria) à Lagos a permis de faire le point sur « Nollywood », l’industrie de la vidéo domestique au Nigeria, laquelle cherche à progresser pour s’affirmer sur un marché international.

L’oscar du meilleur film étranger remporté par Mon nom est Tsotsi du Sud-Africain Gavin Hood fait rêver les Nigérians : il aurait pu tout aussi bien se dérouler dans les bas-quartiers de Lagos, si seulement le pays pouvait produire des films du niveau souhaité. Le ministre de la Culture a invité l’industrie du cinéma qui produit plus de 1200 longs métrages en vidéo par an à bientôt remporter un oscar ou de grands prix internationaux. Mais cela reste un vœux pieux dans un pays où l’Etat est encore très absent et ne considère pas de son ressort de mettre en place des politiques de soutien. Pays le plus peuplé d’Afrique (près de 150 millions d’habitants) et bénéficiant d’une manne pétrolière fort mal redistribuée, le Nigeria connaît un renouveau tous azimut après les sombres années de dictature militaire, et aspire à une reconnaissance internationale pour pouvoir jouer un rôle accru en Afrique et dans le monde, et sortir de sa situation de « pays mal-compris au cœur de l’Afrique » pour reprendre l’expression d’Afolabi Adesanya, directeur de la Nigerian Film Corporation à l’ouverture du Forum. La concurrence avec l’Afrique du Sud est patente mais des collaborations se mettent en place, facilitées par la communauté de langue.
Le Forum était ainsi précédé d’un pitching organisé conjointement avec le festival sud-africain Sithengi. Sélectionnés par un jury de journalistes nigérians parmi 22 projets de jeunes cinéastes, trois ont ainsi été primés : Messer’s Jide Bello, Greg Odutayo et Cheeka Dibi. Chacun au forum appelait de ses vœux l’émergence d’une nouvelle génération qui puisse renouveler le genre en alliant talent, compétence et créativité. Car l’enjeu d’une ouverture internationale se double d’une interrogation profonde sur les effets d’une home video purement commerciale dans un pays qui construit sa démocratie.
Aliénation culturelle et complexe d’infériorité
Le Forum avait ainsi appelé le professeur Femi Osofisan, éminent dramaturge, écrivain et universitaire, à introduire les débats (lire en anglais sur le site l’intégralité de son intervention). Il le fit sans concession, resituant la vidéo dans la continuité du théâtre itinérant populaire. Fasciné par un phénomène « né presque par accident » sans aucun soutien officiel ni étranger et capable avec des budgets ridicules de surclasser auprès du public aussi bien Hollywood que Bollywood, il en a analysé la profonde ambiguïté : « Pourquoi cette incessante insistance sur le juju (magie), cette sempiternelle célébration de sombres rituels et de cultes diaboliques ? » Les scénarios de la home video puisent en effet la plupart du temps dans de noires histoires de disparitions, rites occultes et meurtres mystérieux que les journaux délivrent à plaisir sur la base de rumeurs savamment entretenues. Personne n’y a été confronté mais tout le monde croit que ça existe. Les films mettent en scène avec une dramatisation hyperbolique « des meurtres grotesques, des chants cacophoniques et des incantations bizarres », rappelait Femi Osofisan. Quant à ceux qui veulent marquer une alternative, ils remplacent la représentation de cultes brutaux par un christianisme pudibond : « Une mythologie importée remplace la variante barbare locale ! s’écriait-il. C’est la renaissance de Tarzan mais avec la peau noire : les cinéastes sont parfaitement inconscients des implications racistes et culturelles de ce qu’ils offrent au public. »
Femi Osofisan a ensuite dressé le tableau des carences culturelles et idéologiques de « Nollywood » :
– manque de profondeur, de subtilité et de complexité des personnages et répétition du même scénario ;
– manque de créativité cinématographique, des costumes à l’éclairage et à la mise en scène ;
– promotion de coutumes superstitieuses plutôt que d’une participation aux luttes sociales ;
– promotion ouverte de l’aliénation culturelle et du complexe d’infériorité, encore plus grave que ce que firent les colons et leur cinéma.
Mais qu’espérer d’une production qui ne pense qu’au profit sans se poser de question esthétique ou ontologique ? Les acteurs disposent rarement d’autre chose qu’une ébauche de scénario où il leur faut improviser, comme c’était le cas dans le théâtre ambulant.
Alors que faire ? La censure ne peut être une solution, soulignait Femi Osofisan, dans un pays qui sort d’un gouvernement par la terreur, sans compter que toute censure rend le produit encore plus attractif pour les consommateurs. « La demande de films est telle que le public se précipite sur tout ce qui existe dès que ça sort, sans se préoccuper de sa qualité même s’il s’en plaint ensuite. » Plutôt que de perdre son temps avec la censure, c’est d’une alternative que le pays a besoin, et Femi Osofisan de prôner « une alliance entre les cinéastes et les écrivains ». Le Nigeria en regorge et les romans adaptables au cinéma sont innombrables, à commencer par ceux de Cyprian Ekwensi, Elechi Amadin, Onuora Nzekwu, Chukwuemeka Ike, Wole Soyinka, et tant d’œuvres plus récentes. Seul Tunde Kelani et le moins connu Demola Aremu en ont profité. Le théâtre serait aussi un vivier « et pourquoi pas demander aux écrivains d’écrire des scénarios originaux ? » s’est écrié Femi Osofisan en conclusion.
Un modèle individualiste
Il est vrai que la faiblesse des scénarios est une dominante de la home video. Son succès phénoménal s’explique par la familiarité du public qui y retrouve ses langues, ses intrigues, ses dilemmes quotidiens mais aussi un divertissement à tendance voyeuriste où la transgression est de règle : la nudité y reste cachée mais un peu moins que dans la vie, les embrassades y sont courantes, on entre dans les bars interlopes où les femmes dansent de façon provocante. On s’identifie facilement au jeu naturaliste des acteurs et aux stéréotypes de feuilletons : femme sirène ou mère idéale, homme innocent face aux femmes malicieuses ou coureur sans scrupules. On y trouve des modèles vestimentaires, de perruques ou de coiffures, de gestuelles et de façons de parler, qui élargissent les horizons. Et surtout, ces histoires le plus souvent basées sur des fabulations expliquent les mystères de la vie et retravaillent les peurs face à l’insécurité et la violence amplifiées par les reportages journalistiques.
Dans une société où il reste encore difficile de grimper dans l’échelle sociale sur la seule base de son talent, de son travail et de son intégrité, une alliance sacrificielle avec des forces diaboliques semble nécessaire pour y parvenir. Pouvoirs surnaturels et prouesses sexuelles permettent aux héros de la home video de s’enrichir. Il leur faut pour cela des actes souvent meurtriers, toujours violents, souvent sexuellement connotés. Leur culpabilité prendra cependant le dessus, laissant place au repentir et à la demande de pardon afin que tout rentre dans la norme et que soit sauvé l’ordre social. Ce schéma quasi-immuable des scénarios (1) ne s’embarrasse pas d’explications : on repasse vite de la terreur à la vie normale, sans que les motivations ou le pardon ne soient psychologiquement motivés. En cela, ces films se rapprochent des soap operas et restent à l’opposé d’un cinéma artistique qui se donne justement pour but d’entrer dans la finesse du rapport entre le désir, l’intention et l’acte. (2)
A l’image des soaps et des telenovelas, (3) ces films prônent un devenir très individualiste, un idéal de belles maisons, voitures, vêtements, sexe à volonté où l’on élimine ceux qui s’opposent à sa richesse. Le soutien financier à certains films de la part d’églises de la prospérité américaines renforce ce modèle prometteur d’une vie meilleure sur terre passant par un enrichissement rapide. Ils s’opposent ainsi aux valeurs défendues par les autres cinémas d’Afrique, valeurs privilégiant le bien collectif de la communauté. A la différence de l’espace naturel souvent mis en valeur par les cinémas africains, les personnages de la vidéo domestique évoluent le plus souvent dans des intérieurs bourgeois urbains et ne sortent que pour passer vers un autre intérieur, le monde extérieur n’étant qu’un lieu de transit ou d’accident. De même, le village qui est souvent dans les films africains lieu de l’origine et de l’identité est souvent dans la home video le lieu de l’intox et des pouvoirs maléfiques des devins.
Si donc la vidéo se réclame comme le rappelait Femi Odugbemi, président de l’ITPAN, de la tradition du film nigérian, c’est davantage dans son inspiration théâtrale populaire que dans ses expressions proprement artistiques. Et pourtant : il y a tant d’histoires à raconter. Ce n’est pas un hasard si ce forum avait pour thème : « Story, Story, What’s your Story ? » (une histoire, une histoire, quelle est votre histoire ?). L’enjeu de cette industrie est aujourd’hui de dire la vie du pays dans son propre style. Et c’est ce qui en fait l’intérêt : c’est un morceau d’histoire nigériane qui s’écrit ainsi depuis 1992, date du premier film en vidéo. Il serait essentiel que des études approfondies retracent l’évolution des thèmes à la lumière de celle du pays.
L’aide française
Femi Odugbemi se demandait dans son discours inaugural comment cette industrie peut servir sa société et le continent en général. S’il est clair que sa réussite commerciale (4) jette les bases d’un modèle de rentabilité pour les films africains, sa responsabilité en terme de défense de l’héritage culturel se pose plus que jamais, surtout à l’heure où le Nigeria s’ouvre au monde : le cinéma n’est-il pas « un des principaux moyens de faire connaître sa culture, son mode de vie et son image ? », comme le rappelait Pierre Barrot, attaché audiovisuel de l’Ambassade de France, appelé à la tribune en tant que co-financeur des six éditions du forum. « Beaucoup se demandent pourquoi la France investit tant d’argent dans l’aide aux cinémas d’Afrique », a-t-il remarqué, avant de préciser que l’Etat français avait investi 110 millions de nairas (660 000 euros) en quatre ans dans des projets audiovisuels au Nigeria. « La principale raison est que la France est à la pointe du combat pour la diversité culturelle », a-t-il répondu : seule, la France ne ferait pas le poids face au rouleau compresseur américain – elle a besoin d’alliances pour défendre ce qui n’est plus seulement ses propres intérêts (du champagne au cinéma, ce sont souvent des produits à dominante culturelle qu’elle vend dans le monde) mais l’intérêt commun. « A l’image de l’équipe de France de football, le cinéma français est multiculturel », a-t-il ajouté en pleine coupe du monde : « Nous considérons que le talent et la créativité, quelque soit leur origine, devraient être libres de toute frontière, limitation géographique ou critère de nationalité ». Ce qui lui permit d’insister sur le fait que l’industrie de la vidéo nigériane se développera à travers des partenariats internationaux, donnant pour exemple les deux derniers films de Tunde Kelani, en partie réalisés au Bénin avec des acteurs béninois.
Succès à l’exportation
Effectivement, Abeni a rencontré un énorme succès au Bénin en plus du Nigeria, sur le thème d’un mariage impossible entre deux jeunes qui s’aiment car l’un a été employé par la famille de l’autre. Il est distribué par Dove Media, une grosse maison de distribution de vcd/dvd aux mains d’une église chrétienne qui veille aux contenus et qui trouve là un message d’amour adéquat. Lancé par une avant-première le samedi, largement couverte par les radios locales, le vcd du film était en vente partout dès le lundi. Un accord habilement négocié par le partenaire béninois faisait que tout bureau de poste avait des affiches du film et les vcd en vente, de même que les cabines téléphoniques et les administrations publiques. La présence d’acteurs béninois à l’affiche motivait le public à l’acheter, radio-trottoir faisant le reste, insistant notamment sur les spécificités des parlers yoruba nigérians et béninois. Le marché ainsi inondé avec des vcd au prix très compétitif de 1500 Fcfa (2,3 euros), les pirates étaient pris de court. Au Bénin, le lecteur de vcd ne vaut pas plus de 10 000 Fcfa (15 euros) alors que celui de dvd est à 30 000 F.
Ne pouvant appeler la suite Akanni comme il le désirait, Tunde Kelani l’a nommé Abeni 2, dont le work in progress en yoruba était présenté durant le forum. Il y utilise le même burlesque de situations avec des personnages caricaturaux dans des scènes essentiellement tournées dans des intérieurs aux décors soignés, entrecoupées de transitions. Comme à son habitude, il tend vers le clip pour filmer une chanteuse tandis que la caméra et le cadre se figent sur les longues discussions saisies en champ-contre champ.
C’est en effet moins par l’originalité de sa mise en scène que par le développement de thématiques engagées pour le changement social que Tunde Kelani se démarque. Le forum donnait ainsi à voir trois courts métrages produits par Communication for change avec l’aide du Goethe Institut et de la fondation Konrad Adenauer d’une série Shorts for democracy. Résultats d’un atelier avec de jeunes cinéastes et d’une sélection de scénarios, ils sont quand même signés Tunde Kelani. Dans un restaurant, un cuisinier se bâfre au détriment des clients qui dans leur assiette que de maigres plats assaisonnés à la sauce corruption. Une révolte remplace les ingrédients : la transparence et l’égalité restaurent la qualité à la satisfaction générale ! Dans un bus, un chauffeur est saoul : là encore, le changement sera une nouvelle gouvernance. Enfin, un match de football réunit des dignitaires en habits traditionnels : un carton jaune est donné à ceux qui se comportent mal. Ces films seront montrés comme trailers en début de vcd (déjà très chargés en publicités pour d’autres films), dans les bus etc., ce qui fait dire à Tunde Kelani : « There is hope in this country ! » (il y a de l’espoir dans ce pays)
Nouvelles perspectives
Un film montré au forum se démarquait par sa démarche formelle au service d’une volonté de faire bouger les consciences : Ninety degrees de Mak Kusare. Tourné autour de Jos avec un budget d’un millier d’euros (!), il tente en découpant les visages éclairés sur fonds sombres, en multipliant les gros plans, en superposant les sons et en dynamisant le montage, usant de saccadés et de ralentis en phase avec la musique, de proposer une vision intime, parfois ironique, en tout cas plus complexe de la jeunesse urbaine. La multiplication de plongées et contre-plongées, de divisions d’écran ou de scènes très parlées alourdit la démarche d’un film en perpétuelle recherche d’effets sur un scénario encore balbutiant, mais il y a là une vraie démarche artistique à encourager. Il fut d’ailleurs projeté aux festivals de Haïfa et Toronto. Certaines scènes sont d’une belle force, comme ce plan fixe où le principal protagoniste regarde imperturbable la télé au milieu de l’hystérie de ses parents qui passent leur temps à s’engueuler. D’autres osent une réelle poésie en alignant des images en flashs signifiants sur des musiques comme celle de Tracy Chapman. La qualité du cadre et de la composition des images tranche avec la platitude habituelle de la home video tandis que les sujets abordés (désir de s’expatrier, relations avec le père et la mère, arnaques et galères) annoncent un renouvellement thématique salvateur.
Si Maroko de Femi Odugbemi est lui aussi un signe d’une volonté de prise en charge des problématiques sociales, son traitement est typique des ambiguïtés de la home video. Il y a une quinzaine d’années, 300 000 personnes habitant un quartier populaire de Lagos appelé Maroko ont été expulsées sans dédommagement. Le film retrace en flash back, à travers les souvenirs du père interrogé car il vient d’assassiner un député, le destin d’une famille ainsi jetée à la rue qui connaîtra tous les malheurs possibles (pauvreté, maladie, drogue, prostitution, sida) jusqu’à être entièrement décimée. On retient davantage de ces drames en série façon soaps largement surjoués un acharnement du sort que l’analyse d’une situation sociale. Les tendances documentaires du début du film (images d’archives, morceaux d’interviews) sont vite noyées dans l’insistance du pathos. Certes, le public réagit émotionnellement à cette volonté de dramatisation mais son identification et son indignation est-elle pour autant une mobilisation ? Cet étalage ne lui offre aucun repère au-delà de ce qu’il sait déjà, qui favoriserait une position autre que morale. Au-delà du rappel de la corruption d’une classe dirigeante, le film conduit davantage au désespoir qu’à une lutte politico-sociale.
« Qui va relever le défi ? »
Sans demande télévisuelle en la matière, la quasi-absence de documentaires au Nigeria n’est sans doute pas étrangère à cette difficulté de prise en charge du social par le cinéma. Projeté au forum, un 26′ de Faruk Lasaki coproduit par CFI intitulé Dis is Lagos est typique de cette contradiction : pensé comme une invitation à découvrir positivement une ville accueillante, il ne peut s’empêcher de se greffer une longue fiction de violence nocturne qui confirme l’image d’une ville dangereuse !
Comme le rappelait Albert Alos, le vice-chancelier de la Pan-African University qui accueillait le forum, le fait que ce soient les jeunes qui se gavent le plus de vidéos pourtant en général classées comme réservées aux adultes par le Censor’s board n’est pas sans inquiéter les observateurs. Les films contribuent-ils à une meilleure société ? « Qui va relever le défi ? » demandait Afolabi Adesanya dans son discours inaugural, mais de quel défi s’agit-il ? Celui de gagner des awards comme Tsotsi ou bien de servir le renouveau nigérian ? Il n’y a pas de hasard : c’est à ce nœud historique que se pose concrètement la question d’un accompagnement critique. A cet égard, l’atelier réunissant des journalistes écrivant sur le cinéma qui précéda le forum fut très instructif et prometteur. Il permit d’aborder l’impact que l’écriture journalistique peut avoir sur la production et la réception des films, dans la formation du public à distinguer les films qui le font avancer des autres, thème repris lors de la table-ronde du forum : « La critique de cinéma sert-elle la qualité des films ? »
Malgré une production foisonnante, la presse nigériane ne comporte encore que très peu de critiques de films et de guides qui permettraient au public de discerner les films qui se démarquent. Alors même que l’on voit par exemple Jeta Amata, qui a travaillé avec la BBC et avait deux courts métrages au festival de Berlin en 2005, présenter au forum un making-off de The Amazing Grace, tourné en 35 mm (5) et qu’au moins quatre projets de longs métrages cinéma sont en cours de financement notamment sur fonds français, il convient de s’interroger sur la relation vidéo jetable / cinéma naissant et de voir comment la critique peut contribuer à l’émergence d’une cinéphilie soutenant la démarche cinéma (au sens d’un art qui cherche à faire avancer la société).
L’atelier de Lagos, qui faisait suite à celui d’Accra en octobre 2005, a permis de mettre en place une organisation susceptible d’adhérer à la Fédération africaine de la critique cinématographique et à la Fipresci (fédération internationale de la presse de cinéma) avec la perspective de fédérer les journalistes d’Afrique anglophone en parallèle à ceux d’Afrique francophone. C’est un grand pas vers une prise en mains de la réflexion critique dans le pays à la mesure de ce que l’industrie de la vidéo a réussi à forger en toute autonomie. N’est-ce pas de cette réflexion commune que pourra un jour être relevé le défi de gagner une compétition internationale ?

1. Il semblerait qu’à la faveur de la démocratisation en cours, les thématiques évoluent, tant dans les vidéos que dans les journaux, et tendent à se focaliser actuellement sur les problèmes de couples.
2. cf. Frances Harding, Mythes populaires dans les home videos : de l’amour tendre au sexe terrifiant, in : Nollywood, le phénomène vidéo au Nigeria, sous la direction de Pierre Barrot, L’Harmattan, coll. Images plurielles, 2005, p.143-159.
3. Il n’est sans doute pas inutile ici de rappeler les définitions :
– Une série télévisée est un genre télévisuel du domaine de la fiction, proche du feuilleton, mais qui en diffère par quelques points. En effet, la série, qu’elle soit littéraire ou télévisuelle, s’oriente comme une série d’épisodes et non comme une histoire découpée en épisodes. La série a pour principe de base de produire à chaque épisode une histoire compréhensible par elle-même.
– Une sitcom ou situation comedy (en français : comédie de situation) est une série télévisée à dominante humoristique, caractérisée par des moyens de tournage limités entraînant un faible nombre de décors avec peu d’extérieurs, et, est souvent synonyme de scénarii indigents. Les épisodes des sitcoms durent généralement environ 20 minutes (voire 30 dans certains pays).
– Le feuilleton télévisé (ou téléroman au Québec) est un genre télévisuel du domaine de la fiction, proche de la série, à cette différence que le feuilleton constitue une trame segmentée en épisodes dont chacun est la suite du précédent, tandis que la série est une succession d’histoires indépendantes ayant pour seul lien la présence d’un ou plusieurs personnages récurrents.
– Les soap operas (ou soaps) sont les feuilletons quotidiens d’après-midi des pays anglophones. Ils durent parfois plusieurs décennies et peuvent atteindre plusieurs milliers d’épisodes. Leur nom vient du fait qu’à l’origine la plupart de ces feuilletons étaient sponsorisée par des lessiviers américains (en anglais, soap signifie savon).
– Les telenovelas (ou novelas) sont les feuilletons quotidiens de soirée des pays hispanophones et lusophones.
4. A raison d’une soixantaine de sorties par quinzaine, les ventes de vcd varient autour de 10 à 20 000 exemplaires, avec des pointes à des centaines de milliers pour les grands succès de comédies comme Osuofia in London ou Dangerous Twins. En raison de l’insécurité qui empêchait de sortir le soir et de la déliquescence des équipements, les salles de cinéma avaient toutes fermé, souvent remplacées par des églises. Jide Asumah, du groupe de loisirs Silverbird, fut le premier à rouvrir un multiplexe de cinq écrans dans sa galerie marchande ultra-moderne du centre-ville de Lagos. Depuis, d’autres multiplexes ont ouvert dans d’autres espaces du même type, au City Mall et à The Palms. Silverbird annonce l’ouverture de 55 écrans dans les deux prochaines années dans tout le Nigeria. Sa force est de posséder aussi des chaînes de télévision, ce qui lui permet de faire l’économie de l’incontournable mais très onéreuse publicité télévisée pour la sortie des films. Jide Asumah passe essentiellement des films hollywoodiens mais reste ouvert aux films nigérians : il a investi dans des projecteurs numériques pour passer des « Nollywood » mais se heurte à leurs faiblesses techniques, notamment au niveau du son (ce qui les rend inexportables pour l’exploitation en salles), et à l’inadaptation de leur matériel publicitaire, notamment leurs affiches quatre fois trop petites – ces mêmes affiches qui couvrent les murs de Lagos mais qui sont recouvertes en peu de temps tant l’affichage sauvage est développé.
5. cf. sur le site notre entretien avec Jeta Amata réalisé au festival de Cannes où le film était projeté au marché du film, ainsi que notre critique du film. Durant le forum, le directeur du marketing pour l’Afrique de l’Ouest du distributeur sud-africain Nu Metro a indiqué que le film, après sa sortie à Lagos à la fin juillet 2006, sortira en salles au Ghana, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Zambie, Afrique du Sud, et dans une version doublée en français avec l’aide du ministère français des Affaires étrangères au Burkina Faso, Bénin, Cameroun et Gabon. Après l’exploitation en salles viendra selon la chaîne habituelle d’exploitation des films les vcd et dvd, puis les chaînes de télévision payantes ainsi que les hôtels et avions, pour terminer par les chaînes en libre accès.
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Les images de l'article
La Galleria Silverbird avec le cinéma au dernier étage © O.B.




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