Norbit, de Brian Robbins

Identification pour mise en Norbit

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On dit que Norbit a coûté son Oscar à Eddie Murphy. C’est probablement le cas, et il est encore plus probable que l’intéressé s’en contrefiche, vu les libertés artistiques qu’il s’octroie. Le film plaira certainement à ceux qui repensent encore aux crados avec nostalgie, désormais en âge de partager leurs plaisirs d’enfance avec leur progéniture, à moins qu’ils ne se soient ralliés à la censure qui les avait fait trépigner de rage en leur temps.
Dans la grande tradition du travestissement comique (Mrs. Doubtfire, Tootsie, Noblesse oblige, Certains l’aiment chaud), récemment renouvelée par Martin Lawrence (Big Momma’s House) et Tyler Perry (la série des Madea), Eddie Murphy se transforme en énorme femme despotique dans le but de faire rire grands et petits. Il l’avait déjà fait dans Le Professeur Foldingue (en anglais The Nutty Professor, en référence au film de Jerry Lewis dont Eddie Murphy se veut l’héritier) où il jouait toute une famille de personnages reconnaissables à leur commun surpoids. Cette fois Eddie Murphy se contente de trois rôles sur mesure : celui de Norbit, l’orphelin à lunette calqué sur le modèle de Steve Urkel (le gringalet de la série La Vie de Famille), Rasputia, la femme mastodonte qui le choisit à la sortie du bac à sable, et Mr. Wong, le restaurateur chinois qui élève gracieusement les petits que les loubards du quartier lui jettent devant son perron.
Est-ce que Norbit reprend tous les stéréotypes possibles et imaginables sur les gros, les femmes, les Jaunes, les Noirs, les bulldogs, les macs et leurs poules blanches ? Est-ce le propre de la comédie ? Sans doute, dans sa veine burlesque en tout cas, mais faut-il encore que le malaise ne prime pas sur la bonne humeur. On rit aux gags visuels les plus éculés, alors que le lit de Norbit et Rasputia ne résiste pas aux assauts répétés de la jeune mariée. C’est le coyote qui se fait écraser par la pierre ou Oliver Hardy qui se prend une nième tarte à la crème de la main innocente de Laurel. Du catapultage d’enfant au harponnage fessier, Eddie Murphy refuse de sacrifier au réalisme. L’intrigue est d’ailleurs digne des meilleurs contes de fées. On tremble que l’amie d’enfance de Norbit n’épouse le fourbe missionnaire des frères de Rasputia alors qu’ils complotent le rachat de l’orphelinat de Mr. Wong pour le transformer en  » nibaropolis  » (nipplopolis). C’est galvanisé par son amour pour la douce et svelte Kate que Norbit, involontaire médiateur de leur plan machiavélique, se découvre le courage de prendre sa destinée en main pour devenir un homme ! Rasputia trompée aura la force destructrice des  » fiancées en folie  » de Buster Keaton, jusqu’à ce qu’elle se fasse elle-même poursuivre par une foule armée de sèche-cheveux et de planches à pizza, selon le principe du joyeux chaos qui remonte aux burlesques de Mack Sennett. Les références filmiques sont aussi nombreuses que loufoques, de La Planète des singes à Flashdance. Le seul problème, c’est qu’il faut rassembler la même tolérance aux ratages gaguesques que pour les films de Laurel et Hardy, les ressorts scatologiques répétitifs en plus. Le rire est garanti, ne serait-ce que lorsque Floyd le bulldog prend Norbit pour le Dr. Dolittle (Eddie Murphy – version 1998) et converse librement avec lui, mais l’atterrement aussi, même si l’on peut penser que le jeune public sera plus tolérant.

///Article N° : 5878

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