Nouveautés aux JCC 2019

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La traditionnelle conférence de presse des Journées cinématographiques de Carthage au festival de Cannes fut l’occasion pour Nejib Ayed, leur directeur général, d’annoncer d’importantes nouveautés pour la 30ème édition qui se déroulera du 26 octobre au 2 novembre 2019 à Tunis. D’autres festivals ont également présenté leurs prochaines éditions.

30 sessions ne veut pas dire 30 ans : créées en 1966, les Journées cinématographiques de Carthage, qui avaient précédé de trois ans la création du FESPACO, sont dans leur 53ème année. C’est ce qu’a rappelé Nejib Ayed en indiquant que les JCC ne vont plus maintenant chiffrer les éditions mais les années.

Il a ensuite insisté sur « ce qui peut paraître banal mais m’importe beaucoup » : les JCC ont enfin une équipe et des locaux permanents. Pendant plus de 50 ans, les JCC ont effectivement souffert de devoir être hébergés par d’autres organismes et de devoir embaucher une nouvelle équipe à chaque édition. Devenus annuels depuis cinq ans, ce n’était plus tenable.

Hisham Ben Khamsa, directeur du pôle communication des JCC, et Nejib Ayed, directeur général.

Au départ, outre l’engagement de Tahar Cheriaa, c’est la Fédération tunisienne des ciné-clubs qui a porté le festival. « Il y avait des cinéphiles avant les films », s’est écrié Nejib Ayeb, en insistant sur le fait qu’en cette époque de naissance des cinémas africains et arabes, « en dehors des cinémas d’Egypte et d’Irak, il n’y avait que des expériences, notamment en Afrique de l’Ouest et au Sénégal en particulier ».

« Nos objectifs n’ont pas changé », a-t-il remarqué, malgré les tentatives de modernisation privilégiant la Méditerranée et les paillettes, choix auxquels il n’a jamais adhéré. Lorsque le festival a décidé de se recentrer, il a affirmé ses choix : une compétition réservée aux films africains et arabes, un festival tricontinental (ouvert aussi sur l’Asie et l’Amérique latine « qui nous ressemblent »), un festival militant (l’ANC y avait son bureau) et une plateforme de lancement, d’aide et de promotion des films africains et arabes de par le monde

Carthage Pro 

Cette rampe de lancement, les JCC l’ont spécialement développée à partir de 2015 avec les cinq sessions de Carthage Pro :

  • Chabaka (qui veut dire réseau en arabe), atelier de coproduction et de développement des films qui est devenu depuis deux ans une section compétitive avec un jury international ;
  • Takmil, atelier d’aide à la finition qui depuis 2014 est également atelier de production en lien avec des agents de vente, des distributeurs, des responsables de fonds ou des programmateurs de festivals ;
  • Carthage Talks, lieu de débats portant sur des sujets professionnels. Un des deux panels sera cette année consacré à la formation ;
  • Une conférence professionnelle internationale qui portera en 2019 sur l’épineuse question des droits d’auteur ;
  • Les master class qui permettent aux étudiants des écoles de cinéma de rencontrer des professionnels aguerris.

Mais l’atout principal des JCC reste son public, fidèle et très nombreux. « Cela fut toujours important, y compris pour l’Etat ». C’est ainsi qu’avec celles de la nouvelle Cité de la Culture, ce sont 19 salles de Tunis qui se remplissent de jeunes en majorité qui attendent le festival et s’y précipitent. Il y a aussi 4 salles à l’intérieur du pays, et 6 prisons où les cinéastes viennent présenter leurs films. Cela représente 12 000 sièges disponibles pour 60 projections par jour, 8 jours durant, soit 180 films par session et 200 000 billets vendus. Les études montrent que deux millions de personnes tournent autour du festival.

Nouveautés 2019

La sélection 2019 est encore en cours et les inscriptions de films sont encore possibles jusqu’au 15 août. Nejib Ayed ne pouvait donc rien révéler mais a cependant promis une « magnifique programmation » cette année. « Le cinéma tunisien va être dans une année exceptionnelle », a-t-il annoncé. « Il est présent à Cannes mais sera aussi à Venise, San Sebastian et Toronto ».

La grande nouveauté est la création d’une section pour les films de la diaspora arabe et africaine. Jusque là, des films importants ne pouvaient être en compétition, parce que la concurrence était trop forte mais surtout parce que la compétition n’est ouverte qu’aux réalisateurs de nationalité africaine ou arabe. « Nous pourrons ainsi suivre nos joueurs qui sont à l’étranger », a lancé Nejib Ayed. Cette section ne sera pas encore compétitive mais c’est envisagé pour les années suivantes, à moins de carrément créer un festival dédié à la diaspora.

Au niveau de l’industrie, un effort particulier sera fait pour permettre au public de découvrir la réalité virtuelle, aussi bien à la Cité de la Culture que sur l’avenue Bourguiba, centre du festival. Cela se fera en partenariat avec les associations férues de « cette technologie que nos jeunes maîtrisent », ainsi que des professionnels suisses, français, australiens et japonais.

Les JCC vont également programmer une grande réunion sur le documentaire, avec tous les laboratoires et ateliers des pays arabes et africains. Il s’agira d’opérer un état des lieux, des Etats généraux du documentaire. « Les expériences sont nombreuses mais les ateliers et labos ne sont pas assez en relation : il y a des possibilités d’interconnexion entre ateliers. »

Nejib Ayed a terminé en indiquant les pays qui seront invités d’honneur en 2019 avec une programmation dédiée : le Nigeria, le Liban, le Japon et le Chili.

 

D’autres festivals ont également fait leur présentation :

Le Festival du cinéma tunisien

La deuxième édition se tiendra du 10 au 15 juin 2019 à la Cité de la Culture à Tunis. De jeunes talents n’étant pas toujours visibles aux JCC, l’Association des réalisateurs tunisiens a initié ce festival dirigé par le réalisateur Mokhtar Ladjimi. Il est maintenant repris par le ministère des Affaires culturelles. Il va instaurer un prix de la diaspora et peut-être à terme un prix du meilleur film étranger distribué en Tunisie. A l’instar des césars et des oscars, un jury international attribuera les « moineaux d’or », symbole de liberté.

Le Festival du film africain de Louxor (LAFF)

Présentée par Sayed Fouad et Azza el-Husseiny, la neuvième édition aura lieu du 13 au 19 mars 2020. Avec un focus sur le cinéma kenyan, cette édition sera également un hommage à l’acteur, producteur et réalisateur Farid Shawqi à l’occasion du 100ème anniversaire de sa naissance. Le LAFF organise,s en partenariat avec la société Misr International Films et Zawya, une journée « Youssef Chahine en Afrique » en projetant ses films au même moment dans la plupart des pays africains le 25 janvier, sa date d’anniversaire.

Le LAFF aussi a le souci de la diaspora et proposera une compétition supplémentaire dédiée. Il poursuivra son activité d’édition / traduction de livre sur les cinémas d’Afrique.

Manarat

Le festival Manarat, festival du cinéma méditerranéen de Tunisie, qui aura lieu du 1er au 7 juillet 2019, avait pour présenter sa deuxième édition sa propre conférence de presse. Dora Bouchoucha, directrice artistique de Manarat, a rappelé que les projections gratuites ont lieu sur les plages du Nord au Sud du littoral tunisien en plus des projections en salles des films en compétition. Des conférences-débats sont organisées et, en 2019, un regard sera proposé sur l’actualité des cinémas égyptien et italien. Un jury de cinq membres, réalisateurs et acteurs, de divers pays méditerranéens décernera le Manar d’Or du meilleur film et de la meilleure interprétation. Les longs métrages de fiction et documentaires proviennent d’une vingtaine de pays et seront présentés dans la compétition et la section panorama.

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