Nouveautés du disque

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Bisso na Bisso, Racines (V2)
Pour lancer le concept Bisso na Bisso, « entre nous » en lingala, Passi le rapeur d’origine congolaise a convoqué une grande réunion familiale. A l’africaine. Il y a Mpassi, sa cousine membre du groupe Mel Groove, Lino et Calbo, ses cousins d’Arsenik, Ben-J des Neg’marrons et quelques potes du secteur A, label rap de banlieue parisienne. Tous Congolais et tous têtes d’affiches du mouvement hip-hop français. L’idée née dans la tête du premier depuis maintenant trois ans, alors qu’il débutait tout juste sa carrière avec le groupe Ministère Amer, était de marier les musiques populaires africaines et le rap. Un choc sonore urbain donc, à travers lequel on prend plaisir à réécouter des rythmes qui rendirent l’exil européen moins rude à supporter pour beaucoup. Tantôt nostalgique avec Liberté du chanteur congolais militant, Franklin Boukaka assassiné en 1972, tantôt actuel avec le ndombolo popularisé à Paris par Koffi Olomidé, tantôt diaspo avec le zook ou la salsa cubaine, « Bisso na Bisso » est l’occasion de faire connaissance avec les aspirations africaines de cette génération de jeunes Africains nés ou ayant grandi en Europe et revendiquant « son cul entre deux chaises. » Respectueux du droit d’aînesse, les jeunes ont invité quelques grands frères. Ainsi, Koffi Olomidé, Papa Wemba, Monique Seka, Ismael Lô, Lokua Kanza, mais aussi Jacob Devarieux et Tanya St Val, vinrent leur donner la réplique. Certes, le message politiquement correct répond à l’indignation facile que génèrent les réalités africaines, mais s’il peut servir de thérapie à toute une génération déracinée, alors, pourquoi pas ?
Touré-Touré, Laddé (Pygmalion)
Chaque chose en son temps. Après avoir accompagné leurs aînés, notamment Touré Kunda, Séta Touré, Sixun, Tony Allen le batteur de Fela, voilà que Duby et Omar Touré sortent enfin leur premier album. Initiée en 92 en France par Omar, le plus âgé, leur union scelle une complicité musicale existant depuis l’enfance. Une fusion qui, à l’oreille, décrit l’ambiance ballade-électro-acoustique qui a nourri les deux fils de Touré Kunda dans leur exil européen. Un environnement très parisien certes, mais qui va dans le bon sens de la sensibilité et fourmille d’originalité. Les musiciens qui accompagnent ce duo répondent à cette tendance. On retrouve des membres de l’Orchestre National de Barbès, de Sixun, sans oublier Michel Alibo à la basse, compagnon de Cheb Mami, et présent sur le Bisso na Bisso de Passi et de ses potes. Quatorze titres softs, rythmés parfois, mais toujours propres, mélodiquement élaborés où les voix des deux frères s’opposent de façon ludique et agréable.
Mamar Kassey, Denké-Denké (daqui/Nuits Atypiques)
Quand en 95 il fonde le groupe « Mamar Kassey », Yacouba Moumouni pense aux siècles d’histoire qu’il fait remonter jusqu’au XVIème quand le Songhaï, sous l’impulsion de Mamar Kassey étendait sa suprématie sur l’empire du Mali. Il s’établira dans les régions de la boucle du Niger, jusqu’au cours supérieur du fleuve Sénégal et dans le Sahara jusqu’à Teghazza au nord et Agadez à l’est. Aujourd’hui, les Songhaï vivent au Niger et au Mali en parfaite entente avec les Peuls de la région. Comme son ancestral aîné, Yacouba cherche aussi à étendre et à réunir. Mais cette fois, c’est par la musique et non par les armes. Initié à la flûte peule seyse dès l’adolescence, il est orienté vers le centre de Formation et de Promotion Musicale du Niger en 1990. En 95, il enregistre avec Oumou Sangaré et monte un orchestre : Mamar Kassey. Avec ses huit musiciens et chanteurs, il s’attaque à un pari difficile : mêler thèmes traditionnels et rythme moderne, sans tomber dans le piège de la fusion facile et du badigeonnage folklorique. La guitare électrique et la basse se mettent au rythme du komsa et du molo (luths à deux et à trois cordes). Et l’ensemble débouche sur une chorégraphie musicale, accessible à tous et tout à fait adaptée aux ambiances urbaines d’Afrique et d’ailleurs.
Lutchiana Mobulu, Fogo (Sonodisc)
Quand un artiste congolais en chasse un autre, on entre dans une logique où le talent est de plus en plus difficile à distinguer. Lutchiana a beaucoup de bonne volonté, mais ce come-back mi-soukous mi-afro-zook après trois ans d’absence est malheureusement noyé dans la norme.
Las Mavarillas de Mali, Sous la direction de Boncana Maïga (Maestro sound/Mélodie)
Un groupe d’étudiants maliens débarque à Cuba en 1964 pour recevoir une formation complète en musique au conservatoire Alejandro Garcia Caturla. Ils forment le groupe « les merveilles du Mali » et voyagent à l’intérieur de l’île. Boléro, cha cha cha, guaracha, boogaloo, sous la direction de Boncana Maïga. Une belle épopée enfin rééditée.
Tonton David, Faut qu’ça s’arrête (Delabel)
Il y a toujours un problème avec Tonton David. Sur son avant dernier album, il était sur qu' »on le prenait pour un con », là, « il faut qu’ça s’arrête ». Quoi exactement ? Babylone, la prison, la violence… les thèmes habituels. Avec cet album un peu plus roots et moins commercial que les précédents, Tonton David, continue à marcher en marge d’un star-system de plus en plus envahi par les rapeurs et reggaemen glamour, et poursuit ainsi une introspection sympathique.
Babacar Faye, Sing, Sing (Jololi production/Delabel)
Face au mbalax, il n’y a que deux solutions : on aime ou on aime pas. Celui du discret Babacar Faye n’a rien à se reprocher. Le batteur de Youssou Ndour et compagnon de route depuis l’adolescence à la Médina et au Diamono de Dakar, peut enfin faire claquer la peau de ses sabars comme il l’entend. Le doigté de Youssou Ndour vient booster trois des neufs titres de cet album techniquement parfait, mais qui, toutefois, manque quelque peu de charisme.

///Article N° : 2019

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