Nouveautés du disque

Print Friendly, PDF & Email

Ramata Diakité, Na (Cobalt)
La création de Ramata Diakité va bien au-delà de la simple fusion. Il ne s’agit pas d’une rencontre de sons et de rythmes arbitrée par un savant mixage. La chanteuse s’inscrit dans cette lignée de chanteurs ou groupes au Mali, à qui les sons techno, funk, ou acid-jazz ne font plus peur. Née dans le Sud du pays, Ramata devient chanteuse contre l’avis de ses parents, mais poussée par une de ses tantes, chanteuse, produite par le même label, elle entame une carrière, et enregistre une première cassette en 95. Na est son second album. Chaque morceau est le fruit d’une recherche enracinée dans une culture musicale diversifiée. Avec Issa Bagayogo, elle profite de l’expérience d’un Salif Keita, voire d’un Mory Kanté, avec les stéréotypes de la fusion en moins. De plus, cette génération produit chez elle, au Mali. Dans le studio Mbogolan à Bamako. A part Na, la base est traditionnelle, mais la guitare électrique, acoustique, le violon (Na), et surtout la basse à l’effet spectaculaire, donne à certains morceaux coloration comme Saba des allures de blues, sans en être et sans s’accorder ce titre. Cette musique augure peut être de ce que seront les sons africains du troisième millénaire.
Issa Bagayogo, Sya (Cobalt)
Issa est né dans la campagne au Mali. Il y cultivait le mil. Il a d’abord joué du daro (sorte de cloche rustique en ferraille que l’on fait tinter derrière les cultivateurs pour les motiver), les kamalé ngoni, guitares des jeunes Maliens. Un parcours assez particulier l’a conduit de déceptions en galères pour finalement devenir Techno Issa, et se retrouver à mixer des sons traditionnels avec des samples rythmiques. Comme Ramata Diakité, sur l’album de qui il fait les choeurs, il ne s’agit pas d’emprunts rythmiques débouchant sur une fusion fade, mais de création à partir d’une maîtrise d’éléments sonores culturellement et consciencieusement intégrés dans une démarche musicale personnelle. Moins conceptuel mais plus rythmé que les compositions d’un Wally Badarou, moins sophistiqué et moins parisien que le dernier Toups Bébey, le son de Sya est étonnant, inédit. Brillamment arrangé par Yves Wernert, arrangeur de Ramata Diakité, l’album intégralement réalisé au Mali s’inscrit dans la même avenir que le précédent.
Spirit of Africa, Collectif (Wagram)
L’album fait partie de ces compilations commerciales dont il n’y a pas grand chose à dire si ce n’est qu’elles sont utiles car elles diffusent plusieurs aspects de la musique africaine au grand public. Recommandé par Manu Dibango – c’est la pub su RFI qui le dit – ce double CD regroupe ce qui est sensé se faire de mieux dans la musique africaine en ce moment. Sur le premier, « les indispensables », on retrouve Manu bien sûr, et un Soul Makossa en duo avec Youssou Ndour, mais aussi Coumba Gawlo (?), Lokua Kanza, Johnny Clegg, Mory Kanté, Cheb Mami, Myriam Makéba, Ali Farka Touré. Le second, « les découvertes », regroupe les jeunes talents de ces deux dernières années, entre autres, Sally Nyolo, Chiwoniso, les frères Guissé. On regrettera les absences de Fémi Kuti et Salif Keita par exemple, ce qui pose des interrogations sur les critères de sélection. Mais on ne se plaindra pas de la présence de Myriam Makéba et de son titre Ndiarabi, de Césaria Evora, d’Ali Farka Touré et Rye Cooder, de Geoffrey Oriéma et de Ray Léma. Il y a tout de même du beau monde et un beau moment de musique à passer.
O 2, Bye Bye N’sex Love (Lusafrica)
Le zouk est depuis Monique Séka et Oliver Ngoma, un des rythmes les plus dansé en Afrique. Les artistes intègrent fréquemment un ou deux titres dans leur album. Les cinq jeunes d’0 2, venus d’Angola, forment un groupe de zouk à part entière. Produit par l’Antillais Jean-Michel Rotin, il pêche peut-être par une perte de spécificité musicale africaine, mais démontre une maîtrise du genre impressionnante, doublée d’une performance vocale digne des meilleurs chanteurs de R n B.
Matébis , Arco (Iris)
On ne peut pas s’empêcher de comparer l’ensemble Matébis à l’orchestre de Malavoi. D’ailleurs, il est composé d’anciens membres. Les similitudes mélodiques sont évidentes. Mais la biguine violoneuse soutenue au piano met plus en évidence qu’avant les ambitions jazz des auteurs. Pas de fusion, mais juste l’apport de musiciens expérimentés qui, à travers la morna, la salsa, le kompa, la bossa, fournissent un ensemble relaxant et très entraînant.
Tito Paris, Live in Lisbon at club B (Leza-Lusafrica)
C’est dans ce club de Lisbonne que Tito Paris semble le mieux se sentir et c’est là qu’il a choisit d’enregistrer en live les titres de son album sorti en octobre 1996 Graça de Tchega. De la morna comme sait le faire ce compositeur – notamment de Césaria Evora – où la guitare acoustique adoucit un rythme insulaire aux accents de biguine, de kompa et de jazz.
Guy Lobé, O Ya Ya
Depuis qu’elle est devenue une référence du makossa, la musique de Guy Lobé n’a pas beaucoup évolué. Chaque année, il sort la même formule (makossa, soukouss, afro-zouk love). Mais comme chacun de ses disques fait un carton populaire dans la sous-région d’Afrique centrale, pourquoi changer une équipe qui gagne ?
San Fan Thomas, No satisfaction
Il est dommage d’entendre le makassi de San Fan Thomas se muer ainsi en un afro-zouk balancé à toutes les sauces. Dominé par une ligne de basse, le makassi avait pourtant réussi à se démarquer du makossa et du bikusti. Sur cet énième album construit entre Paris et Yaoundé, le talent de San Fan Thomas stagne quelque peu. Monotone et souvent monocorde. Mais comme Guy Lobé, cela ne l’empêche pas de jouir d’un succès populaire au Cameroun qu’il a eu, tout de même, le courage de ne pas quitter et de continuer à faire danser.

///Article N° : 2021

  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article




Laisser un commentaire