Nouveautés du disque

Avril 2000

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Françis Bebey, Mbira dance (Gravity)****
Mbira dance, le nouvel album que propose le musicologue camerounais Françis Bebey, illustre la genèse. Il raconte « comment Dieu créa le monde en jouant de la sanza (piano à pousse) ». Cet instrument, que l’on retrouve à travers toute l’Afrique sous différentes appellations (mbira, kalimba, mbira, likembé), a le pouvoir de capter l’esprit et de saisir les émotions. Écoutez donc Breaths (souffles), du poète sénégalais Birago Diop, une ode à la nature, à nos ancêtres. Africa Sanza raconte la vie. Si vous aimez la vie, vous aimerez la musique.
Mark Turner, Ballad session (Warner)****
Mark Turner est un surdoué. Le jeune saxophoniste, à qui les spécialistes de jazz promettent un grand avenir, propose un nouvel album tout en ballades. Il se fait plaisir, il nous fait plaisir en nous offrant ses mélodies préférées : I love you porgy de Gershwin, Nefertiti de Wayne Shorter, Alone and I de Herbie Handcock, ou encore Jesus Maria de Carla Bley. Un album merveilleux, qui vous transporte de note en note vers la liberté.
Faytinga, Numey (Cobalt/Mélodie)***
Faytinga est Erythréenne. Numey, son nouvel album, illustre sa culture, kunama, à la fois traditionnelle et ouverte au monde. Accompagnée d’un massengo (viole monocorde), d’un bengala (luth à 3 cordes), de percussions et de son kar (harpe-lyre), elle rend gloire aux ancêtres, Numey ; invite les enfants à la danse, Milobe ; « exalte l’amour », Amajo ; et célèbre l’indépendance, Lagala Fala Fesso. La chanteuse magnifie ainsi les splendeurs d’un pays qui mérite plus d’attention. Découverte.
Septeto Habanero, Celebrando sus 80 anos (Lusafrica) ****
Le son, le boléro, la guaracha, Septeto Habanero est le symbole d’une musique qui a su traverser les âges, sans prendre une ride. Le groupe mythique, fondé en 1920, sort Celebrando sus 80 anos, pour ses 80 années d’existence. Un album plein de vitalité, qui exprime la joie d’être ensemble. On tombe sous le charme des mélodies, de l’harmonie et du rythme. Ce qui explique le succès obtenu dès 1925 des 78 tours enregistrés aux États-Unis. Celebrando sus anos est une splendeur.
Ghorwane, kudumba (Piranha/Scalen)***
Ghorwane est un lac situé dans la province de Casa au Mozambique qui ne tarit jamais. C’est le nom que choisit un groupe de jeunes artistes mozambicains au début des années 80. Chanté en shangan, un dialecte du sud du pays, Kudumba est un album rempli d’espoir.  » Il transforme les larmes en sourire « . La musique rappelle la rumba congolaise, les rythmes sud-africains, angolais et capverdiens. Original.
Rage, Cidew (Batani’s Vibes Prod/night &Day)***
Le Mali entre dans la place avec Rage, une bande de jeunes qui conscientisent sa génération. Pour ce faire, le groupe donne le ton avec Cidew. Les rappeurs, non loin d’avoir la langue dans la poche, abordent des thèmes politique, sociaux, dénoncent le mal être qui subsiste dans leur société. Un rap inventif, où se mêlent instruments modernes et traditionnels, avec la participation de Naïny Diabaté (la soeur de Toumani Diabaté).
Caravana cubana, Last night sessions (Dreamer Music/Night & Day)***
Chucho Valdes, Carlos Del Puento Jr, Francisco Aguabella, Miguel Diaz, Pio Leiva, Maraca Vallee, Raul Travieso Rodriguez, Al McKibbon, Jimmy Bosch, Lazaro Galarraga, Perico Hernandez sont les passagers de la Caravana Cubana qui propose Late night sessions. Un opus chaleureux à travers lequel les artistes revisitent le répertoire de la musique latine. Une bonne distribution qui mérite votre attention.
Nichols, In bed (Art soul/Blue Silver)**
La voix rauque, sensuelle, sur un rythme suggestif. Nichols propose un album au titre explicite : In bed. Le Caribéen, qui fait partie de la génération de Kaysha, offre un rythm’n zouk luv qui prend de plus en plus d’ampleur. En anglais ou en créole, le chanteur explore essentiellement le domaine du sexe. C’est bien, c’est vendeur, mais… Dommage, car l’artiste a sûrement d’autres aptitudes.
Stevie Wonder, « Ballad Collection » (Motown)
Certains n’éprouveront au cours de ces trois-quarts d’heure de chanson tranquille qu’une irritation primaire, le dégoût du trop entendu peut-être, tant pis pour eux…car passés les deux tubes milliardaires (« You’re the Sunshine of my Life » et « My Chérie Amour ») qu’on a eu le bon goût de coller en ouverture et qui ont si bien résisté à l’épreuve du temps, c’est du génie pur sucre qui coule sans interruption jusqu’au dix-huitième titre, « Free », la chanson la plus simple, la plus pure, la plus limpide de son auteur, chant d’oiseau à peine humain. Entre temps on aura éprouvé tout les registres de l’émotion, et malgré cette habitude insupportable qu’ont les producteurs trop inspirés de « shunter » les plus belles chansons, on aura compris qu’après Ray Charles peut-être (pas sûr) l’autre noir aveugle le plus célèbre du XX° siècle est le plus grand chanteur-auteur-compositeur-orchestrateur d’une génération qui a confondu la chanson avec la musique, et la musique avec la poésie. Si Bob Dylan avait eu la voix de Stevie Wonder au lieu du nez de Cléopâtre, on ne se poserait pas la question.
Comme Ray Charles, Stevie Wonder ignore les couleurs. Leurs musiques ne sont pas exactement la même, mais elles ont en commun de concilier à la perfection ce style vocal inimitable qui est né du gospel (écoutez par exemple « For Your Love ») et les deux faces de l’héritage « blanc » : le côté « vulgaire » de la country music et l’héritage « noble » du classique européen…
Entre Ray Charles et Stevie Wonder, il y a un autre point commun : Nat King Cole, qui a été leur maître adoré, et qui a introduit tous les secrets du jazz dans la chanson américaine.
Le chef d’oeuvre absolu de cette merveilleuse anthologie est sans doute « Love’s in Need Of Love Today », le morceau le plus long (bien sûr) où se déploie toute la créativité de Wonder comme improvisateur vocal, où il se fait tour à tour bluesman, jazzman, soulman et gospel singer tout du long.
Même si elle a été conçue pour des raisons vénales, cette compilation vient à point consacrer un authentique génie de la chanson afro-américaine : de la première à la dernière note, c’est un pur moment de bonheur universel. Et j’en ai oublié de parler de la façon si humble, si timide dont ce type adorable joue du piano et de l’harmonica. Qu’il m’excuse, c’est difficile de tout dire en quelques lignes sur quarante ans de carrière.
Abelardo Barroso, « Con La Sensacion » (DC Productions / Night & Day)
Passons sur la production…datée de 1997, cette anthologie nous arrive par miracle sous les initiales de Daniel Cuxac, le producteur abidjanais qui depuis la vogue du « mapouka serré », est encore plus controversé en Côte d’Ivoire qu’Henri Konan Bédié! Pourtant, c’est un miracle!
Jamais la voix de ce « sonero » divin de Cuba n’a sonné aussi claire, aussi ardente (d’où viennent ces plages ? mystère…).
Mais après tout, à chacun de se débrouiller, et même si cette revue est la seule à vous en parler, ne manquez surtout pas l’occasion de danser sur cette musique sublime, en écoutant la voix qui l’a sans doute le mieux servie. Né en 1905, Abelardo Barroso était chauffeur de taxi jusqu’au jour où des clients membres du Sexteto Habanero de La Havane l’ont détourné de ce beau métier. 60 ans plus tard, la même aventure allait changer le destin d’un autre taximan de génie, le Vénézuélien Oscar D’Leon. La prochaine fois que vous prendrez un taxi, faites chanter le chauffeur, on ne sait jamais.
Edith Lefel, A fleur de peau (Blue Silver/Globe)
Edith Lefel est une chanteuse à texte. A Fleur de peau, réalisé par Ronald Rubinel, avec la participation de Tony Chasseur, Sylviane Cédia, Mario Canonge et Dominique Zorobabel, est à son image, doux et sensible. Entre zouk, bossa et mazurka, on retrouve entre autre des reprises de Diane Tell, Si j’étais un homme, ou de Charles Dumont, Non, je ne regrette rien. On est surtout séduit par la voix de l’artiste.

///Article N° : 2029

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