Nouveautés du disque

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Peruchin Jr & the Cuban all stars, Descarga dos (Lusafrica) ****
Peruchin Jr représente à 40 ans la nouvelle génération de musiciens cubains. Comme le fit son père, il réunit à son tour les meilleurs musiciens de son île, sous l’ensemble The Cuban all stars. Si cet album s’intitule Descarga dos, c’est justement pour rappeler l’époque des « jam sessions » dans les années 50. A travers la musique, dont l’orchestration s’inspire du classique, du jazz et du son populaire cubain, Peruchin remet au goût du jour un répertoire laissé aux oubliettes et rend hommage à son père. Le virtuose, qui joue du piano, de la guitare classique et électrique, propose une musique instrumentale, sobre, toute en finesse. Difficile de croire que les artistes partent d’improvisation à partir d’un thème bien précis, tellement les mélodies sont belles.
Kan’nida, Kyenzenn (Indigo / harmonia mundi) ****
La musique de Kan’inda est une histoire de famille, celle des Geoffroy. Au début, il s’agissait de se réunir et de se souvenir des racines africaines sur le son du gwô ka, une musique jouée sur des tambours (tanbou). Les rythmes des anciens esclaves, longtemps interdits dans les rues de Pointe-à-Pitre, reviennent en force : ils s’étudient dans les écoles. Battement des mains, chœurs, la musique envoûtante de Kan’nida traverse l’esprit, pénètre les veines, et prend le corps. D’entrée, écoutez Kreyol, une invitation à la danse. Au fil des plages, on est dans la musique. On s’en imprègne et on s’oublie. C’est la force du tanbou. Difficile de s’arrêter lorsqu’on commence, on entre en transe.
Wyclef Jean, The Ecleftic (Sony) ***
Le plus prolifique des Fugees est de retour avec une deuxième galette à l’image de l’artiste : éclectique. Rap, kompa, hiphhop, ragga, ska, reggae, Rn’b, funk, african rythm, salsa, Wyclef puise dans toutes les musiques qu’il marque de son emprunte. En somme, le rapper-chanteur-auteur-compositeur-et-producteur d’origine haïtienne propose une musique tout public. C’est le business. Illustration avec le sample Columbia Record, à travers lequel il rapporte une conversation avec Tommy Motola, le boss de Sony, histoire de dire en filigrane qu’un produit des Fugees est attendu, voire prêt à sortir. Quelques invités de marque, Mary J Blidge, Earth, Wind & Fire, Jacky & Ben J, inédits, mais surtout une ode à Diallo, en duo avec Youssou, pour crier son dépit.
Bibitanga, Le vent qui souffle (Hipi Music / 2good Prod) ***
Bibitanga est d’origine centrafricaine. C’est aussi un bassiste qui compose, écrit et chante. Son opus est l’illustration de ce qu’il appelle le bluesypop. Les mots expriment l’idée. Ce musicien rappelle le Nigérian Keziah Jones, aussi bien dans la manière de chanter, blues, que de jouer, pop. A l’inverse de l’autre, qui chante en anglais, il a choisi de s’exprimer en français. Certainement la meilleure façon pour lui de dire ses sentiments, ses engagements, comme dans Voilà, où il développe le thème de l’esclavage. Dans Bang Bang, il décrit la violence, l’incompréhension. Des textes pertinents sur une musique enregistrée en studio dans des conditions « live ». Une conception artistique à l’image de Bibi, simple et intelligente.
Faya Tess, Keba (Do Soul / Mélodie) ***
A l’image de Tshala Muana,, l’autre grande dame de la musique congolaise à une certaine époque, Faya Tess apporte un souffle nouveau dans le paysage musical congolais. Rares sont les femmes qui s’imposent. La chanteuse réussit un tour de force sous l’œil attentif du guitariste Briscard et propose un album de 10 titres aux accents rumba et afro-zouk. Faya Tess se distingue surtout par sa voix, posée, qui harmonise ses mélodies. Les textes, dits en lingala ou en français, rappellent à la fois la nonchalance des longues journées ensoleillées, et la moiteur des soirées kinoises ambiancées, au sortir de l’indépendance.
Zao, De Pointe-Noire à Trouville Deauville (Celluloïd / Mélodie) ***
Zao est un collectionneur de prix et de tubes : 1er prix du festival communal de la jeunesse, prix ACCT, Prix Elf aquitaine, prix Ngowoma Africa. On se souvient d’Ancien combattant, de Soûlard, Moustique…Toi, sorti en 1992. Et puis le chanteur, connu de toute l’Afrique, disparaissait. La guerre civile de Brazzaville fait des victimes, « la ville est bombée », « tout le monde est cadavéré », il perd sa famille et se réfugie dans la forêt. Malgré la douleur, l’artiste ne cesse d’écrire, il compose pour survivre. Son album est plein d’espoir, il exprime une joie de vivre retrouvée. Samy Pambélé, le guitariste fétiche du chanteur, use des arpèges en boucle qui font écho à la basse dArmel. Zao est de retour !
Kristel Adams, Kristel Adams (Odéon Record / Emi) ***
Kristel Adams a fait ses premières armes dans la musique en tant que choriste. Elle s’embarque dans une carrière solo en signant ce premier opus entre variété, gospel et soul, sur les traces de madame Aretha Franklin. Sans tomber dans la facilité ni dans l’imitation, elle se distingue par sa voix, qu’elle donne sur toutes les tonalités, aussi bien en français qu’en anglais, tout en gardant le swing. C’est aussi une chanteuse à texte, d’autant plus qu’elle s’offre le luxe de co-signer la moitié de son album (on est bien servi que par soi-même). Elle nous embarque vers « le plus beau des voyages », comme le dit la chanson.
Fania, Sopi (Globe / Sony) ***
Décidément, le Sénégal est un véritable creuset d’artistes à talent. Voici Fania, chanteuse d’origine peule. N’allez pas croire qu’on est allé la chercher dans son désert natal pour sa beauté exotique. C’est aux côté du groupe Kaoma qu’on la remarque. Son physique atypique lui permet de défiler pour J-P Goude et J-P Gaultier. Du Sénégal à Paris, en passant par l’Italie, l’artiste se retrouve aux Etats-Unis où à force de travail, elle parfait son art. L’album qu’elle propose est le résultat de toutes ces années de labeurs. Elle y mêle kora, sabar et xalam, soutenue des textes wolof, peul, soninké et malinké scandés de façon staccato. Tendre et affectif.
Zêdess, Accroche-toi (Lusafrica) ***
Zêdess, comme les premières lettres de son patronyme Zongo Seydou. L’homme est intègre, sa philosophie : toute vérité est bonne à dire. Le reggaeman burkinabé revient avec un album à la fois virulent et tendre : l’amour, la morale et la politique en sont les ingrédients. On commence à s’habituer à son style (différent de celui d’Alpha Blondy qui rend lui aussi hommage au journaliste Zongo). Il chante en français (sans langue de bois) et fait du reggae (sans dreads). L’accent est mis sur le chant, les mélodies et les harmonies en témoignent. Un album d’une excellente qualité sonore.
Baba Djan, Sitan – Mélodies de la savane (Night & Day) ***
On pourrait écrire un roman sur le parcours du Guinéen Baba Djan : de la petite bourgade de Siguiri, en Haute Guinée, où il côtoie de nombreux musiciens, il se retrouve à Cuba en 1973 avec les Tambourinis. Il rejoint les Ambassadeurs de Kanté Manfila (le compère de Salif Keita) en 1983 et enregistre un premier album la même année. Il s’installe en Côte d’Ivoire, se produit avec l’ensemble Koteba et développe une carrière solo. Sitan, son album fait état de son parcours musical, de la campagne à la ville, entre tradition et modernité. D’où ce mélange que l’on connaît d’instruments électriques et traditionnels. C’est aussi cela, la world.
Vanille, Lagondes horizons (Lusafrica / BMG) **
Comédienne, animatrice Tv, et chanteuse, Vanille possède plusieurs cordes à son arc. Cette jeune créole, qui construit sa carrière au gré de ses rencontres a composé, écrit et interprété surtout en français un premier album où, au fil des titres, elle se raconte. Sa voix, comme son chant, respirent l’innocence d’une musique qu’elle a voulu simple. Le style reste cependant à définir et l’album accroche difficilement dès la première écoute. A découvrir tout de même.

///Article N° : 2033

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