Nouveautés du livre

Pour un été africain

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Des nouvelles du Maroc, Textes présentés par Loïc Barrière, Ed. Paris-Méditerranée, 159 p., 98 FF, 1999.
Excellente initiative des Éditions Paris-Mediterranée que de réunir dans un même ouvrage seize nouvellistes du royaume chérifien. Pour la plupart d’entre-eux, cette publication constitue une grande première. Alors que d’autres, tels Fouad Laroui, Rachid O ou Abdelhak Serhane, sont déjà des écrivains confirmés malgré leur relative jeunesse. D’ailleurs, « La chienne de Tazmamart « , assurément le texte le plus fort et le plus prenant, est de Serhane (auteur du fameux Le Deuil des chiens paru chez le Seuil en 1998). Dans ce récit, une femme qui vient de passer dix-huit années dans l’horrible bagne de Tazmamart, affronte les questions indécentes d’un psychiatre qui cherche à comprendre, entre autres, qui elle est exactement. La réponse de l’ex-prisonnière est invariablement : « Je suis une chienne. Une véritable chienne qui a connu toutes les misères humaines… » Mais elle précise qu’elle est une chienne fille de dictature dans un pays du tiers-monde :  » Je vivais, comme pouvaient vivre les chiens dans ce pays (…). Un cauchemar quoi. Imaginez un animal battu en Europe ! Imaginez un chat abandonné ou un chien délaissé ! Je ne parle pas des immigrés et des Noirs. Je vous parle de vraies bêtes inscrites à la sécurité sociale et vaccinées contre toutes les maladies... » Outre ce pamphlet contre la torture, les autres textes abordent tous les thèmes essentiels de la vie. La répudiation (Les joies de la répudiation, Karim Nasseri), l’exil et ses drôles de retour (Kafka à Khenifra, Maati Kabbal), la corruption (Personnes, Mohamed El Atrouss), la famille (L’enterrement, Zeina Tabi) et un joli hymne à la morale (Le Mandat, Leïla Safraoui) F.C.
Ombres, de Chenjerai Hove, Actes Sud, 155 p., 99 FF, 1999
Ce second roman de l’auteur Zimbabwéen traduit par Actes Sud est une fable étrange, où vie et mort se côtoient constamment, où très souvent le désespoir triomphe de l’amour, mais où l’on retrouve, même en filigranes, les échos d’une extraordinaire vitalité. Vitalité d’un pays, le Zimbabwe, déchiré par d’incessantes guerres. L’histoire de tout un peuple s’articule autour de l’histoire d’une famille frappée par le malheur. Deux jeunes gens s’aiment. Marko et Johana vont pourtant mourir à cause de cet amour. Le père de Johana, personnage pivot du roman, va les pousser au suicide en leur refusant le droit de s’aimer. Dès lors, la Mort se déchaînera et fauchera sans pitié des vies innocentes. Le père, lui, se réfugiera longtemps dans la folie tout en sachant qu’il finirait par rejoindre tôt ou tard le couple maudit. Le thème de la mort, omniprésent dans Ombres, met en exergue ceux de la vie et de l’amour et n’éclipse en rien le message d’espoir – aussi ténu soit-il – contenu dans le roman. En fait, cette débauche de sang, de plaies et de cadavres ne fait qu’attirer l’attention sur tout ce qu’il y a à côté de la vie. Ombres est un hymne à la vie. Un poème sur la mort, la guerre et ses haines, mais aussi et surtout un appel, une soif d’amour. C’est un roman de souvenirs, d’hommages rendus à ces ombres qui n’ont fait que passer dans la vie mais qui l’ont peut être connue bien mieux que d’autres. F.C.
Amours sauvages, de Calixthe Beyala, Albin Michel, 245 p., 98 FF, 1999
Un jour, Eve-Marie quitta son Cameroun natal pour Paris avec des rêves plein la tête. Elle atterrit à Belleville, Afrique en miniature à quelques encablures seulement de la Tour Effeil. Les rêves de grandeur vite envolés, Eve-Marie devint « Mademoiselle Bonne-Surprise », s’installa dans un bouge au nom pompeux de « Belles parisiennes « , tenu par un certain  » Monsieur Trente pour cent  » et commença à vendre au plus offrant ses fesses dodues comme de confortables coussins et sa diabolique paire de seins. C’est là qu’elle rencontra puis épousa Pléthore, philosophe et poète sans le sou, et surtout aussi blanc de peau qu’elle était incontestable négresse. Un mariage mixte dont elle était à la fois fière et inquiète. Parce que toujours taraudée par la même question : Plethore ne m’aurait-il épousé que par exotisme ? Le doute installé ne la quitta plus. Jusqu’au jour où elle se rendit compte que « la vue d’un couple noir-blanc (lui) donnait des ulcères… » et qu’elle se demandait si elle ne ferait pas bien de « retourner vers ses palmiers » Dans « Amour Sauvages », Calixthe Beyala continue de décrire les doutes et certitudes de la diaspora africaine en Europe et de nous rappeler comment lui vint l’ambitieuse passion de l’écriture. Un roman moins attachant et moins drôle que La petite fille du réverbère mais qui se laisse néanmoins facilement apprivoiser. F.C.
Méfiez-vous des parachutistes, de Fouad Laroui, Julliard, 190 p., 109 FF, 1999.
Pour voyager dans les entrailles de la société marocaine et nous conter les mille et une contradictions qui l’habitent, l’enrichissent, la rendent à la fois passionnante ou insupportable et surtout pour nous dire la difficile entreprise qui attend tout être adepte de l’individualisme et de la vie privée, Fouad Laroui, qui en est à son troisième roman, a recours à une entrée en matière tonitruante : son héros, un jeune étudiant marocain, de retour de France où il avait suivi des études d’ingéniorat dans la prestigieuse École des Mines, reçoit un jour sur la tête, en plein Casablanca, un parachutiste tombé du ciel, qui se met sur le champ à chialer comme une madeleine. Le ton est donné, le jeune étudiant, ne va plus pouvoir se débarrasser de Bouazza son invité surprise… qui deviendra son cuisinier, son homme de ménage, son faiseur de famille, sa marieuse, son printemps et son hiver. L’ingénieur comprendra, après mille et une tentatives pour préserver son carré d’intimité et mener une vie torturée et inquiète, lot de tous les individus peuplant les sociétés occidentales, qu’il lui faut se relâcher et entrer dans le moule marocain – un moule fait de convivialité, d’insouciante fatalité, de collectivité envahissante et d’une impossible solitude. Commence alors pour le personnage central une nouvelle vie et pour les lecteurs de ce roman attachant et plein d’humour l’occasion de pénétrer dans l’intimité de la société marocaine. F.C.
Champs de bataille et d’amour, de Véronique Tadjo, Ed. Présence Africaine/NEI, 176 p., 80 FF.
En emblème du dernier roman de Véronique Tadjo, une citation de Lorraine Serena : Where is the greatest battlefield to conquer ? On the terrain or in the heart ? Where to fight the battle ?
Les deux personnages de Tadjo, Eloka l’Africain et Aimée l’Européenne, hésitent entre leur bataille. Est-ce celle qu’ils comptaient mener pour l’Afrique qu’ils ont rejoint après des années ailleurs ? Ou est-ce plutôt celle qu’ils mènent avec eux-mêmes, face à cette même Afrique ? La bataille avec leur impuissance de changer les choses, le sentiment d’avoir échoué : « …ses convictions se décomposaient dans la puanteur alentour ».
Le couple d’Aimée et d’Eloka est la réunion de deux êtres profondément solitaires qui se sont rejoints dans leur quête d’un espoir retrouvé et, autrefois, dans l’amour qui maintenant s’effrite. Roman à deux voix, fait de vingt-deux tableaux, Champs de bataille et d’amour est moins un récit qu’une succession de courtes intrusions dans le monde intérieur des deux protagonistes. En arrière-plan se dessinent la ville tentaculaire et ses mendiants, le drame rwandais qui s’étale sur les écrans.
Véronique Tadjo décrit avec émotion des scènes et des sensations simples du quotidien et réussit ainsi quelques moments de poésie, malgré la trame un peu mince du roman. T.T.
Fractures du désir, de Rajae Benchemsi, Actes Sud, 140 p., 99 FF, 1999.
Premiers récits à l’écriture prometteuse d’une universitaire marocaine enseignant à Casablanca. Les histoires rapportées ici, qui se déroulent entre Paris et Casablanca, sont nourries d’une colère rentrée et suintent amours non déclarés, peines inconsolables, absences douloureuses et attentes infinies. A l’image du destin de la belle Slima condamnée à faire le choix le moins facile parce qu’elle a un coeur saignant de tendresse. Tendresse pour sa mère Kira que son mari a répudié et dépossédé de tous ses biens. Slima préfère abandonner ses études et s’adonner à la prostitution afin d’aider Kira à survivre et à surmonter la dure épreuve. L’amour pour l’abandonnée ne s’accompagne pourtant pas de la haine du fuyard. Le monde que décrit l’auteur est un monde étrange qui peut mener droit à la folie. A Paris, une femme est attirée par une voix qui sort de la cave d’une boutique russe et fredonne un chant d’une confrérie d’Alep en Syrie. La promeneuse tombe amoureuse foudroyée « d’une voix sans sexe… » Rue Lepic, toujours à Paris, Hector a le cerveau ravagé par une tumeur. Hospitalisé pendant six mois, tout le monde le donne pour mort et enterré. Il revient pourtant, lesté d’une aphasie, et décidé a retrouver coûte que coûte Keltoum sa muse : la seule capable de le convaincre qu’il était encore bien vivant… Une belle mélancolie se dégage des six récits de Rajae. F.C.
A lire aussi…
Parus en mai et juin : Actes Sud nous offre une nouvelle traduction de qualité, celle du talentueux écrivain égyptien Gamal Ghitany (Les délires de la ville), et un inédit de Lieve Joris (Mali Blues et autres histoires).
Chez Lattes, Y. B. (il a déjà publié Comme il a dit lui, chez le même éditeur) revient avec L’Explication, un texte qui balance entre fiction et réalité.
Le Seuil nous offre un nouveau roman signé Jean Pélégri (Les étés de feu) dont la trame se déroule en Algérie du temps des colonies et une autre histoire ramenée d’Afrique de l’Est par Gilles Carpentier (Couper cabèche).
Enfin, les Éditions Mutine proposent aux lecteurs de passer Une nuit avec un écrivain algérien alors que les éditions de l’Aube nous invitent à nous pencher sur les secrets de Mélina Gazsi (L’Armoire aux secrets).
Maghreb
Les Éditions Séguier viennent d’opérer un triplé éditorial consacré au Maghreb. Au menu de ce bouquet printanier une biographie, un essai et un roman publiés dans la collection Les colonnes d’Hercule. Sous le titre Abdelkrim, une épopée d’or et de sang, l’essayiste Zakya Daoud met ses talents de biographe au service du célèbre émir rifain. Fin stratège l’Émir Abdelkrim va pendant cinq ans (1921-1926) mettre en péril l’ordre colonial alors à son apogée. A la tête d’une armée de paysans, il défait une imposante armée espagnole et crée un état moderne et révolutionnaire pour son temps selon Bruno Étienne, le préfacier du livre. Après 1925, il doit plier devant la disproportion des forces françaises dirigées par Lyautey puis par Pétain. Exilé à la Réunion il s’en évade en 1947 pour rejoindre Le Caire, où il préside avant de mourir aux destinées du Comité de libération du Maghreb.
C’est à l’histoire d’un traumatisme linguistique que se penche l’universitaire Mohamed Benrabah. Sous le titre Langue et pouvoir en Algérie, l’auteur, maître de conférences à l’Université Grenoble III, s’attaque à un thème névralgique, à un moment où ce pays est à un carrefour sensible de son histoire. Dans sa préface, Gilbert Grandguillaume explique que le pluralisme des langues exprime le pluralisme réel de la société…Le rôle du pouvoir politique en démocratie n’est pas d’ignorer ce pluralisme…mais d’en garantir le libre exercice…
Enfin le troisième ouvrage de ce bouquet est un roman intitulé Mon Frère, mon ennemi et signé de notre confrère Djilali Bencheikh. L’auteur nous plonge dans la société rurale des années 50, à la veille de la guerre d’Algérie. Enfermé dans son douar qui semble figé pour l’éternité, le petit Salim âgé de sept ans raconte les brimades de son aîné de deux ans, la duplicité des grandes personnes, ses premiers émois sensuels, la terreur que lui inspire sa première entrée à l’école française. Comment exister, comment se révolter lorsqu’on n’est pas encore purifié – c’est-à-dire circoncis – et qu’on est ainsi considéré comme quantité négligeable. Le salut viendra-t-il des Roumis, ces êtres à la face boursouflée mais dont les moeurs paraissent plus raffinés que les gueux du douar qui l’environnent ?
Aux Éditions de l’Aube, Abed Charef continue d’ausculter la société algérienne installée depuis déjà une décennie dans un climat de grande violence. Violence sauvage de l’intégrisme à laquelle répond parfois une violence tout aussi implacable de l’État. Dans Au Nom du fils (1999, 211 p., 120 FF), il raconte l’histoire d’un homme impliqué malgré lui dans la spirale de la violence juste parce qu’il a été le témoin d’un assassinat sur la voie publique. F.C.
Avoir 20 ans à bamako, Photographies de Gilles Coulon et texte de Marie-Laure de Noray, Ed. Alternatives. 95 p., 80 FF, 1999.
Dans la sobre et fraîche collection « Avoir 20 ans à… » des éditions Alternatives dont le principe est de croiser le regard d’un auteur et celui d’un photographe sur la jeunesse d’une grande métropole, Gilles Coulon (photo) et Marie-Laure de Noray (texte) sont allés voir comment se portait la jeunesse du côté de Bamako. In fine, nous disent-ils, elle ne va pas trop mal par rapport à d’autres contrées du continent noir. Bien sûr, les jeunes Bamakois affrontent eux aussi le chômage (la débrouillée remplace souvent le vrai job), l’illétrisme, le sida et bien d’autres maux, mais ils gardent quand même une forte espérance dans une société qui a fait de gros efforts ces dernières années pour libérer la parole. A Bamako, les jeunes, comme à New York ou Paris, aiment, chantent, dansent et rêvent… Et puis, surtout, il y a cette solidarité africaine qui réchauffe et aide à passer avec moins de bobos les nombreuses mauvaises passes. F.C.
Au coeur de l’ethnie, de Jean-Loup Amselle et Elikia M’Bokolo, Réed. La Découverte-Poche, 225 p., 63 FF, 1999.
Cet essai vient comme une révolte salutaire et sérieusement argumentée contre la fâcheuse tendance qu’ont les ethnologues et les hommes des médias à n’évoquer les contradictions, débats et conflits que connaît le continent africain qu’en termes d’ethnie ou de tribu. L’Afrique entre dans la catégorie ethnie comme le monde arabe est inscrite dans la catégorie intégrisme ou l’Inde dans celle des castes. Mais les auteurs soulignent que cette classification n’est pas le fait des pouvoirs coloniaux seulement, elle a été reprise aussi par les pouvoirs d’État de l’Afrique indépendante. Ces derniers ont « intériorisé la vision, les clichés et les stéréotypes de l’ethnologie coloniale (…) pour refuser le pluralisme politique sous prétexte que celui-ci ne serait que l’expression de celle-ci et par conséquent un obstacle à la construction nationale ; et le culte de l’État-nation sert naturellement à légitimer pouvoirs personnels et dictatures oligarchiques… » Pour Jean-Loup Amselle, les sociétés africaines produisent, comme les autres, des catégories sociales servant à classer socialement des agents. Ce n’est qu’avec l’arrivée des colons que ces classes sociales vont être « transformées en « fétichisme ethniques », le colonisateur comme les États coloniaux ayant besoin de gommer les hiérarchies pré-coloniales pour mieux en imposer de nouvelles.. » Pour appuyer leur démonstration, les auteurs proposent quelques études de cas portant sur les Bété (Côte d’Ivoire), les Bambaras, la question des Tutsis et des Hutus au Rwanda et montrent qu’il est anormal de considérer ces peuples comme un univers clos sans espace commun d’échange, de langue, de religion voire d’État. Les textes sont accompagnés d’une abondante bibliographie. F.C.
Les esclaves de la république, de Laurent Dubois, Ed. Calmann-Lévy, 239 p., 120 FF, 1999.
Pour la plupart des citoyens français de cette fin du 20ème siècle, la grande date qui signifia la déroute de l’esclavage est 1848. Laurent Dubois n’en disconvient certes pas, mais il a préféré s’intéresser à ce premier  » puissant et décisif camouflet  » infligé à l’esclavage dès 1793 par la révolte d’esclaves de  » Trois-Rivières  » en Guadeloupe et qui eut un profond retentissement non seulement sur l’émancipation des Amériques mais aussi sur  » l’ordre politique des sociétés coloniales et de la France entière.  » Dans des Antilles prospères grâce au sucre et où le discours et la pratique sécuritaire étaient à leur apogée, la résistance à l’humiliation s’organisait. Et ses organisateurs eurent l’intelligence et le mérite de connecter cette résistance, d’une part à la  » culture politique du républicanisme  » qui se développait en France en usant des  » structures légales qui restreignaient l’affirmation de leurs droits  » et d’autre part au conflit larvé qui opposait la France révolutionnaire à d’autres puissances coloniales (Angleterre particulièrement) et esclavagistes inquiètes du mauvais exemple hexagonal. En prenant la défense de la République contre les prétentions anglaises soutenues par des planteurs blancs soucieux seulement de leurs intérêts matériels immédiats, les esclaves insurgés de « Trois Rivières » avaient fini par imposer aux autorités une complète et indispensable transformation de leur statut : d’esclaves, ils devenaient ceux que Victor Hugues appelait  » Citoyens Noirs, nos nouveaux frères  » La leçon mémorable des insurgés de « Trois-Rivières » n’était évidemment pas suffisante pour renverser définitivement la vapeur – il y eut plus tard bien des reculs – mais elle avait montré que la libération des hommes enchaînés n’était plus un rêve inaccessible.
Traité du raffinement, de Malek Chebel, Ed. Payot, 354 p., 150 FF, 1999.
Après l’impressionnante Encyclopédie de l’amour en Islam (Payot, 1997) et le passionnant Dictionnaire des symboles musulmans (1995, Albin Michel), l’anthropologue et psychanaliste algérien continue de nous faire découvrir les subtilités de la civilisation arabo-musulmane qui avait étendu, ne l’oublions pas, pendant quelques siècles, son aura sur une grande partie de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe. Malek Chebel tient à préciser, d’emblée, qu’il ne faut surtout pas confondre le raffinement avec la morale. Le raffinement, qui implique plusieurs disciplines à la fois, est  » une attitude, une situation ou une émotion d’ordre esthétique avant d’être un geste utile à la société… » L’auteur situe la naissance de ce raffinement durant les deux premiers siècles de l’Islam (VIIe-VIIIe siècle) et ce dans le triangle prestigieux Médine-Damas-Baghdad avant qu’il ne s’étende à des Cités telles le Caire, Tunis ou Cordoue, puis d’entamer son déclin entre le 13e et le 14e siècle. La courte introduction historique est suivie ensuite par de savoureuses pages qui tracent les portraits du raffiné ; de la cour orientale avec ses libéralités, ses princes et ses courtisans ; de la ville-palais (théâtre du raffinement) ; de l’esthétique du raffinement (art de la table, musique, culte du cheval, amour et « amour courtois »…). L’ouvrage se termine par un guide précis de la pratique du raffinement. Fidèle à sa rigueur, Chebel offre au lecteur une bibliographie abondante et un lexique impressionnant. Un ouvrage à mettre entre les mains de tous les fervents des belles manières. F.C.
De Gaulle et l’Algérie. Mon témoignage (1960-1962), de Jean Morin, Ed. Albin Michel, 387 p., 150 FF, 1999.
La fin de la guerre d’Algérie et l’ébauche dans la douleur de l’indépendance de ce pays n’ont pas fini de faire couler l’encre. Cette fois, c’est Jean Morin, ancien préfet de Toulouse, devenu délégué général en Algérie, qui apporte un précieux témoignage, notamment sur la vision qu’avait le Général de Gaulle de l’avenir proche et lointain de la plus importante colonie africaine. Un avenir qu’il voyait s’accomplir  » dans la fraternelle civilisation « . Mais le général n’omettait pas de préciser :  » L’Algérie de demain, telle qu’en décidera l’autodétermination, pourra être bâtie, ou bien avec la France, ou bien contre la France... » Un discours auquel répondront les Européens les plus extrémistes par la création d’un Front de l’Algérie Française dont le serment affirmait… » Nous jurons de vivre et de mourir français sur la terre d’Algérie à jamais française… ». C’était le début d’un bras de fer violent. Jean Morin se rendra vite compte que sur cette terre du paradoxe, la passion l’emportait souvent sur la capacité de conviction. La ligne droite tracée par le libérateur de Paris pour en finir avec la tourmente souleva pourtant des houles terribles dont la naissance de l’OAS ne fut pas la moindre. Ce sont ces deux années mouvementées que raconte avec sérénité Jean-Morin, acteur et témoin privilégié. F.C.
Guide des mots francophones. Le ziboulateur enchanté, de Loïc Depecker, Ed. du Seuil, Coll. Point Virgule, 185 PP, 1999.
Certains ont tendance à l’oublier, mais la langue française ce n’est pas seulement la France. Elle est présente avec plus ou moins de force dans une cinquantaine de pays sur quatre continents. Cette présence, particulièrement en Afrique, a contraint cette langue à ouvrir ses bras le plus largement possible à de nouveaux mots et à de nouvelles expressions. Un vocabulaire étonnant qui lui donne une certaine jeunesse et une réelle fraîcheur. Tous les thèmes de la vie sociale sont concernés par cette entrée en force. Quelques exemples pour illustrer cette sympathique transformation : casser coco (déflorer, Gabon), premier bureau (épouse légitime, Afrique de l’Ouest), chic, chèque, choc (gros riche, Congo démocratique), faire tokotoko (se moquer, Bénin, Togo), payé-cousu (prêt-à-porter), argent-braguette (allocations familiales, Antilles), garcerie (bordel, Mali), Bureau politique (maîtresse, Côte d’Ivoire), couillon carré (imbécile, Sénégal), déguerpi (expulsé, Burkina Faso)… Un petit guide bien utile à tous ceux auront à découvrir l’Afrique de l’Ouest pour la première fois. F.C.

///Article N° : 2045

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