Paris, atout majeur du « Disque africain »

Entretien de Soeuf Elbadawi avec Cyrille Ekwalla, rédacteur en chef

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Le marché de la presse afro-caribéenne s’agrandit. Un nouveau titre, Le Disque africain, est né au mois d’octobre dernier en région parisienne. Une aventure qui prêche l’optimisme, chiffre à l’appui :  » 7% marché du disque pour un taux de croissance annuel de 20% (depuis cinq ans environ), tels sont quelques chiffres bruts de l’aspect économique de la musique africaine et antillaise en France en 97 « .

Tirage à 10000 exemplaires, diffusion en kiosque et par abonnement. Des infos sur l’actualité scénique, des critiques sur les nouveautés discographiques, des enquêtes sur le business que génère les musiques… bon sommaire à chaque parution. Le lectorat, nettement plus européen qu’africain (le paradoxe ?), apprécie. Reste à savoir si, à l’instar de toutes les entreprises naissantes, les ventes permettront la poursuite de l’aventure. Pour l’instant, le mensuel ambitionne de devenir un outil indispensable pour les professionnels.
Entretien avec Cyrille Ekwalla, rédacteur en chef.
Un titre consacré au disque africain. N’est-ce pas un peu tôt pour un marché supposé frileux…
Considérée auparavant comme un simple effet de mode, la musique africaine s’est imposée aujourd’hui comme un  » secteur  » prépondérant du show-business mondial. En témoignent les parts de marché que se taillent aujourd’hui certains artistes africains au sein des multinationales : Wes, Khadja Nin, Cesaria Evora… sont autant d’artistes dont les albums se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires à travers le monde. On pourrait aussi citer les artistes comme Koffi Olomide, Meiway, Papa Wemba, Henri Dikongue… dont les albums sont connus des communautés africaines éparpillées dans le monde entier. Dans ce cas, peut-on encore parler d’un marché frileux ? Bien au contraire, nous pensons être arrivés avec ce support à un moment opportun. Et une initiative comme la nôtre vient couper court à un certain afro-pessimisme ambiant. Nous préférons nous ranger, nous, du côté de l’afro-optimisme, et surtout de l’afro-réalisme.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres supports, censés traditionnellement traiter de ce sujet ?
La première remarque est que Le Disque africain est le seul support qui soit exclusivement consacré à la musique africaine dans sa globalité. Par là, nous entendons parler de tous les acteurs de ce que nous considérons comme une industrie musicale. Ce qui implique les artistes, bien entendu, mais aussi les producteurs, les promoteurs, les distributeurs, les diffuseurs, etc… Avant notre arrivée sur le marché, l’actualité de la musique africaine se trouvait noyée entre diverses autres informations générales (politique, société, culture dans son sens le plus large).
Avec quels moyens vous êtes-vous lancés dans cette aventure ?
Le Disque africain n’est relié à aucun groupe de presse et ne bénéficie d’aucune subvention étatique ou autre. Ses seules ressources sont donc celles de particuliers regroupés au sein d’une société éditrice (SARL au capital de 50 000 FF).
Et pour quel lectorat ? On pense souvent que les Africains ne lisent pas sur leurs artistes…
Le Disque africain vise aussi bien un lectorat de professionnels (auquel il sert de relais) que le grand public à qui il permet (sans faire dans du  » people « ) d’en savoir plus sur les enjeux et les différents acteurs de ce marché.
Pourquoi le lancer depuis Paris ? Pourquoi pas ailleurs, en Afrique par exemple ?
Paris est considéré comme la capitale de la World Music. Il va de soi qu’y lancer un magazine représente un atout majeur : être en contact avec tous les acteurs précédemment cités. Ce qui ne serait pas le cas si nous étions établis en Afrique, où par ailleurs les moyens de communication ne sont pas – hélas – aussi développés qu’en France.

///Article N° : 733

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