Parole d’Hommes

De Moez Kamoun

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Cela commence dès le jeune âge par l’école coranique et la fascination pour la Mercedes venant de Tunis. Abbes, Sassi et Saad : trois garçons, à la fois unis et tendus dans la concurrence. Après s’être étripés en bas des dunes, Abbes promet de ne pas toucher à Khadija, parole d’homme… Devenus adultes, la parole est loin d’être tenue et que sont les hommes devenus ! Entre Abbes, l’éditeur fauché, Sassi, universitaire radié, et Saad, le boutiquier trompé, se met en place un jeu fait d’hypocrisies et de manipulations dont on sent bien qu’il est la traduction intime de la dérive de la société tunisienne.
L’image soignée et la maîtrise de la lumière qu’il importe de souligner pouvaient faire espérer une réussite de cette tragi-comédie mordante et désenchantée. Son humour larvé aurait pu être décapant, dans un milieu où tous tournent en rond, cadre passéiste qui n’arrive pas à se penser dans le présent. Même si ces personnages sont contradictoires, le combat de l’éditeur Abbes pour sortir un livre n’est plus que celui d’un filou qui cherche à berner ses compères, le professeur Sassi cède bêtement au piège sensuel de son élève, quant à Saad il n’est guère plus brillant dans ses fantasmes inavoués. Tout le monde trompe tout le monde et la débrouille prime sur l’intégrité et la fidélité. Triste tableau où personne n’est capable de tenir parole.
Le spectateur est ainsi placé dans une curieuse expectative, à la recherche d’une aune de positivité face à ce portrait cynique où l’humour grinçant sonne faux tant il est difficile d’établir une relation avec des personnages aussi retords. Adaptation libre de Promosport, roman à succès de Hassen Ben Othman, Parole d’hommes a du mal à restaurer l’ambiance intérieure d’un récit désabusé. La complexité du récit brouille au cinéma l’homogénéité d’une écriture littéraire. Du coup, le cynisme force la distance et l’émotion est absente. Même si on comprend bien que cette plongée dans un univers glacé où les affects se cachent derrière les compromissions a pour objectif de dresser un tableau sévère de l’état d’un pays et de faire sentir l’ampleur de la frustration face aux rêves brisés de l’enfance, cet écart empêche une véritable adhésion, laquelle aurait dû être proprement physique pour fonctionner. Peut-être est-ce simplement que la désillusion n’est pas un message en soi, et qu’en témoigner reste stérile si le film ne l’inscrit pas dans un questionnement ou une perspective plus profonds ?

///Article N° : 3577

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