Fiche Personne
Chanteur/euse

Mahmoud Ahmed

Éthiopie

Français

La musique éthiopienne reste encore méconnue, elle qui recèle de véritables trésors, dont l’un des plus fameux artisans se nomme Mahmoud Ahmed. Le vieux griot a marqué l’Afrique de sa patte musicale, créant un style moderne, une sorte de groove électrique made in Africa. Portrait d’un vieux monsieur à la voix suave et à la danse lascive.

Mahmoud Ahmed a marqué de manière emblématique l’âge d’or musical de l’Ethiopie, entre 1969 et 1978. Une période où les cuivres, les instruments électriques et les musiques occidentales se sont mêlées aux musiques orientales. En France, il jouit d’une reconnaissance considérable depuis la sortie de l’album Erè mèla mèla en 1986 (label Crammed World). Un album qui, dans le même mouvement, dévoilait au monde l’essence de la musique éthiopienne, récoltait les éloges des professionnels et éveillait l’intérêt du grand public. On ne s’était jusqu’alors que peu penché sur les ressources musicales de l’Ethiopie, sans doute en raison de l’image négative tenace (famines, guerres, etc..) que l’on a longtemps associée à ce pays. Mahmoud Ahmed ce fut l’irruption d’un véritable phénomène, d’un « beat » cuivré et entêtant, comme on en avait encore jamais entendu en provenance du continent africain. Sans oser parler de révolution musicale, il a néanmoins introduit la modernité dans la musique éthiopienne, en inventant une forme de pop urbaine, sorte de transe électrique et funky qu’il n’était pas coutume d’associer à l’Afrique.

Mahmoud Ahmed c’est d’abord une voix, celle puissante et brûlante d’un homme qui ne faiblit pas malgré le défilement des années. On la dirait venue du plus profond de son être, pour s’élever le plus loin possible et envoûter -ensorceler même- le plus parfait novice. Elle semble dotée d’une souplesse sans pareil pour effectuer ces vocalises pentatoniques qui caractérisent le chant du crooner. La complainte de Mahmoud Ahmed suit un rythme répétitif, tel un chant sacré, qui peut évoquer l’appel à la prière du muezzin du haut de son minaret ou encore, rien à voir à priori, la gwerz bretonne. C’est cet ensemble qui rend son écoute hypnotisante et fait opérer le magnétisme. C’est à nouveau le cas avec l’album Aléméyé, une pure représentation de ce mélange d’instrumentation moderne greffée sur un chant traditionnel.

La puissance de Mahmoud Ahmed réside surtout dans son charisme indéniable. Plus qu’un homme de studio, c’est un formidable homme de scène. Tout de blanc vêtu, à l’éthiopienne, arborant même le drapeau de sa patrie en foulard autour du cou, il a la classe, assurément, et on se sent tout petit, emprunt d’un immense respect, face au grand monsieur. Il nous met pourtant rapidement à l’aise, d’un franc sourire qui ne quitte pas ses lèvres. On tomberait presque en pâmoison lorsqu’il effectue la fameuse « danse eskita », un mouvement lascif du torse et des épaules qu’il maîtrise à la perfection, tel un jeune homme cherchant à séduire les belles qui l’entourent. Il use d’une énergie phénoménale pour donner à son public l’envie irrépressible de bouger avec lui et ça paye ! Même si ses plus grandes fans restent sans nul doute les jeunes africaines se pressant sur les côtés de la scène, brûlant sans doute d’y monter à ses cotés, et qui scandent ses paroles par c?ur. Mahmoud Ahmed n’a pas de souci à se faire. Malgré 64 années au compteur, le sortilège opère toujours.

L’album Alémyé, réédition des enregistrements de Mahmoud Ahmed pendant l’année 1974, est sorti sur le label Buda Musique. Un sacré chanceux que ce label, puisqu’il est en possession aujourd’hui de plus de 500 disques enregistrés pendant cet âge d’or éthiopien et détenus à l’époque par le label Ahma Records. La collection s’intitule Ethiopiques et atteint aujourd’hui son 19e tome. L’occasion de découvrir la quasi totalité de l’oeuvre republiée de Mahmoud Ahmed, ainsi que tous les petits bijoux de la musique éthiopienne, pour enfin rendre à ce pays ses lettres de noblesse.