Philippe Mory, le pionnier

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Il n’est pas courant que la vie d’un homme soit associée à l’Histoire de son pays, voire d’un continent. Philippe Mory est ainsi un homme rare. En 1954 il participe en tant que jeune comédien au premier court métrage qui marque le début de la cinématographie officielle d’Afrique noire : Afrique sur Seine de Paulin Soumanou Vieyra. Puis, repéré par Michel Drach, il est le premier Africain à tenir un rôle principal dans un film français, On n’enterre pas le dimanche (prix Louis Delluc).
En 1961, Mory écrit le scénario de La Cage qui sera réalisé par Robert Darenne, avec Marina Vlady, Colette Duval, et Jean Servais. Ce film qui consacrera le retour de Mory dans son pays marquera également le départ du cinéma gabonais.
Philippe Mory était en avance sur son temps. Trop en avance : il n’a pas trouvé au Gabon toutes les conditions pour se réaliser et éprouver son talent. Pour cela, il était prêt à tout, même à participer à un coup d’Etat, celui de 1964 qui visait à renverser Léon Mba, le premier président gabonais. Il fut vingt-quatre heures ministre de la Culture. Le temps pour la France de faire intervenir ses « marines », le 6ème BIMA. Ses trois années de prison n’ont nullement entamé son engagement et il n’a pas cessé d’apporter son énergie au développement du cinéma au Gabon, et en Afrique.
Il crée en 1975 avec d’autres pairs cinéastes africains la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI), et la même année le Centre National du Cinéma gabonais (CENACI). Quatre ans plus tôt, il écrivait et réalisait son long métrage Les tam-tams se sont tus.
L’aura de Philippe Mory a suscité des vocations là où il aurait été impossible de les imaginer. Elle a également permis à beaucoup de trouver l’énergie nécessaire pour s’accrocher dans une Afrique où la pratique du 7ème art en Afrique relève quasiment de l’utopie.
Mory, cinéaste peu ordinaire, est un homme généreux. Bien qu’étant un des pionniers du cinéma africain, il demeure encore mal connu. Aucun regret, aucune amertume chez cet homme de 66 ans, qui retrouve ces derniers temps une seconde jeunesse en participant aux films qui se font au Gabon.

Filmographie de Philippe Mory
Afrique sur Seine de Paulin Vieyra (1954)
L’enfant au fennec de Jacques Dupont (1958)
On n’enterre pas le dimanche de Michel Drach (1959)
Les filles sèment le vent de Louis Soulannes (1960)
La cage de Robert Darenne (1961)
Les tam-tams se sont tus de Philippe Mori (1971)
Obali (1ère version) de Philippe Mory (1973)
Un enfant du village de Philippe Mory (1978)
Le grand blanc de Lambaréné de Bassek Ba Kobhio (1994)
Orèga de Marcel Sandja (1997)
Go zamb’olowi (Au bout du fleuve) de Imunga Ivanga (1999)
Oréga de Marcel Sandja (1999)
Dolè, de Imunga Ivanga (2000)
Les Couilles de l’éléphant de H-J Koumba Bididi (2000)///Article N° : 1808

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