Photographes de presse au Bénin

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Un métier méconnu mais indispensable à une meilleure professionnalisation de la presse. Ici l’exemple du Bénin, révélés à l’occasion d’une rencontre professionnelle.

Pour parler des photographes de presse ou photojournalistes comme ils préfèrent eux-mêmes se dénommer, il n’est guère besoin de chercher loin. Erick Ahounou a tous les atouts pour être un interlocuteur de choix. Photographe lui-même, il est également le président de l’ANARIB (Association Nationale des Reporters d’Image du Bénin, qui regroupe les photojournalistes, les caricaturistes et les cameramen).
Les photojournalistes sont confrontés à différents problèmes qui résultent souvent d’incompréhensions découlant de leurs relations avec les cadres ou les rédacteurs de la presse écrite, lesquels n’ont donc a priori aucun intérêt à en faire cas dans les colonnes de leurs journaux. Le fait est cependant que la presse en général tirerait le meilleur parti à examiner lesdits griefs sans idée préconçue.
Photos = bouche-trous
Les photojournalistes estiment leur travail fort peu pris en compte dans les rédactions et ravalé au rang de bouche-trous négligeable, alors que les articles sont privilégiés et valorisés.
Cependant, s’insurgent-ils, une photographie bien faite, peut faire vendre un journal autant et parfois mieux que le gros titre. Comme exemple, Erick Ahounou cite la fameuse photo où l’on voit le président Mathieu Kerekou s’essuyer le visage au moment de l’annonce de sa candidature aux élections présidentielles de 1991 et qui, quand il perdit cette élection, représenta l’image symbolique de son désarroi et de la fin de sa toute-puissance. Le Forum de la Semaine, avec cette photo à la une, épuisa rapidement son tirage et dut procéder à des republications.
Très souvent, lorsqu’un article est décidé, la question de son illustration n’intervient qu’une fois le reportage effectué. Divers cas de figure se présentent alors : soit l’on arrive à obtenir pendant ou après le reportage une illustration gracieusement offerte, soit on demande à un photographe s’il n’aurait pas dans ses archives une image pouvant faire l’affaire. Des recherches dans la photothèque du journal, si elle est suffisamment fournie, sont un autre recours.
En tout état de cause, le fait de ne rechercher la photo qu’en fin de processus, peut générer certains inconvénients : soit la photographie ne convient pas réellement (les personnages dont il est question dans l’article sont représentés sur des photos trop anciennes, ce qui crée un décalage malencontreux, ou ils sont tout souriants quand la situation est grave et vice-versa), soit la photographie est la même que l’on ressort quand le sujet concerne les femmes ou les enfants. Ou encore, il s’agit de la même photographie sempiternellement utilisée pour le même personnage, à travers mois et années et donc usée du point de vue de son intérêt !
L’illustration photographique dans les journaux s’en trouve singulièrement dévaluée.
Rétribuer une photographie
Le paiement des photos fait l’objet d’un contentieux non résolu depuis l’avènement de la presse privée, qui, au contraire des organes publics, a rarement des photographes à demeure. Comment donc se faire rétribuer ?
Erick Ahounou indique que les efforts faits pour mettre en place une tarification, semblable à celle qui se pratique à Dakar ou Abidjan, se sont heurtés à un mur. Il est donc illusoire d’obtenir une photo inférieure ou égale à un quart de page à 3000 FCFA, ou d’une demi page à 10 000 FCFA. Le prix moyen est de 500 FCFA le quart de page, même si certains journaux comme Les Echos du Jour vont au-delà. Le Citoyen a tenté un moment d’avoir des photos représentant une demie ou même 3/4 de page. Mais, l’expérience a tourné court.
Le contentieux le plus féroce autour du prix des photos concerne la réutilisation des photographies, déjà payées une première fois par un journal. Les utilisations suivantes ne sont souvent plus rétribuées, au grand dam des photographes qui estiment que le paiement de la première utilisation n’est pas suffisant pour rentabiliser l’investissement en temps, déplacements et frais qu’a nécessité la photo. A cela, s’ajoute l’épineux problème du scannage des photos, qui fait qu’une fois publiés dans des journaux les ayant payées, les photos se retrouvent dans d’autres organes de presse, sans bourse déliée.
Sensibiliser et former
Face à ces péripéties fort dommageables pour ses membres, l’ANARIB espère pouvoir tenir, dans le cadre de l’aide à la presse des séminaires sur la place des photographes dans une rédaction ou sur les droits d’auteur des photographes, afin de sensibiliser les rédactions de la place à l’importance de ces questions. Elle envisagerait même de faire éditer durant ces séminaires un journal-école, où seraient documentées concrètement certaines propositions pour de meilleures collaborations entre rédacteurs et photojournalistes.
L’ANARIB recommande aussi que, parallèlement à ces démarches de sensibilisation, les photographes déposent leur photos au Bureau Béninois des Droits d’Auteurs (BUBEDRA), afin que des sanctions puissent être prises s’il y a lieu.
Mais la sensibilisation et la formation sont des préalables nécessaires, la presse béninoise étant jeune, en voie de professionnalisation, financièrement fragile. D’autant plus que, somme toute, rédacteurs et photojournalistes sont embarqués sur le même bateau. La solidarité et la connaissance des problèmes mutuels ne doivent donc pas être de vains mots.

Monique Phoba, originaire de RDC, vit au Bénin et est réalisatrice de films documentaires. Elle contribue régulièrement à la presse locale par la rubrique « médiastylo » dont cet article est extrait.///Article N° : 1926

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