Plaidoyer pour une réhabilitation d’Antoine Abel aux Seychelles…

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L’édition seychelloise est très récente et sa littérature, probablement l’une des plus jeunes du monde francophone. La première presse y fut importée de l’Île Maurice en 1839 par un certain Thomy Mamin qui fit paraître le 10 janvier 1840 un journal en français, Le feuilleton des Seychelles. Aucun exemplaire n’en a été conservé, mais un article dans le journal mauricien Le cernéen, relate le fait le 12 mai 1840. Le journaliste précisait que « c’est la même personne qui rédige, compose, corrige, imprime, tire et distribue cette feuille. (1) ». En juillet 1840, le titre change et devient Le Seychellois jusqu’en mars 1841. Parallèlement, Mamin imprime un Almanach Des Îles Labourdonnais dites Seychelles avec l’aide d’une société littéraire créée avec le soutien du haut-commissaire.
En 1877, à l’initiative d’un certain Descombes un second journal paraissait, intitulé L’impartial, imprimé sur une presse importée de Maurice. L’impartial ne devait durer qu’une année (2). La même année, voyait l’arrivée de la première imprimerie officielle sur l’archipel avec la création d’un « government printing office » qui allait publier le premier Journal Officiel en anglais. Il fallut attendre 1899 pour voir apparaître la première imprimerie privée et le réel démarrage de la presse aux Seychelles, avec le lancement de Le réveil par Numa Morel. Au 20e siècle, une dizaine de feuilles publiques furent publiées, principalement en français. En dehors de la tentative de 1839, la première société littéraire ne vit le jour qu’en 1960 : Seychelles Society (3).
Les Seychelles ont inspiré bien des auteurs sur le plan scientifique, avec une multitude d’écrits et de récits de voyage au cours des 18e et 19e siècles. Sur le plan littéraire également, puisqu’on estime que Louise, la première nouvelle d’inspiration seychelloise date de 1845 (4). Le premier poème « d’inspiration seychelloise » pourrait être des vers de Paul Jean Toulet, écrits juste après son court passage à Mahé en 1886, restés inédits jusqu’en 1936.
Si le premier ouvrage « scientifique » publié sur place date de l’année 1909 (5), les premiers écrits de fiction publiés localement remontent aux années 60. Jusqu’à la fin de cette décennie, Pascale Canova, dans son bel ouvrage La littérature seychelloise, ne peut guère citer que quelques œuvres littéraires qui furent jouées sur scène ou parues en feuilleton dans la presse mais non éditées en ouvrage : « des textes de Guy Michelet (une pièce de théâtre, Le bon grain des îles) et du père Angelin dont le célèbre récit du Marie Jeanne (6) qui a ensuite été repris et traduit en créole dans les années 90 (7) ».
À l’étranger, quelques écrivains d’origine seychelloise se firent remarquer au début du siècle dernier : Daniel Varigault de Valenfort qui fit l’essentiel de sa carrière en Amérique du Sud où il fonda une revue, collabora à diverses publications et publia divers poèmes mais aussi Marie Guenard qui, pour sa part, fit éditer un recueil de poèmes à Alexandrie au milieu des années 20. Mais ces deux auteurs n’ont quasiment eu aucun impact dans leur pays d’origine, et leurs œuvres sont très influencées par les courants littéraires français de l’époque.
Le premier texte connu écrit en créole seychellois est un texte pour enfants inspiré des fables de La Fontaine daté du début du 20e siècle, œuvre d’une institutrice, Rodolphine Young. Il fut retrouvé par hasard en 1982 et publié en Allemagne et à Victoria (8). Dans le domaine de l’édition, toutes disciplines confondues, le premier volume de la Bibliographie nationale des Seychelles recense, pour la période 1700 – 1984, 143 ouvrages dont on est absolument certain qu’ils ont été publiés sur place (9), essentiellement des ouvrages religieux ou scientifiques sur l’élevage et l’agriculture, non destinés à une diffusion dans le public. Il faudra attendre la création de l’institut créole en 1986, pour que naisse une véritable édition locale, littéraire essentiellement et quasi uniquement en créole.
Des facteurs externes expliquent en grande partie cette situation.
D’abord, le faible peuplement du pays a longtemps obéré tout développement intellectuel ou culturel. « En 1804, la population était de 2000 personnes, tandis qu’en 1810, elle avoisinait les 4000, puis arriva vers 7500 en 1818. Ce fut cette année-là que commença le déclin. À la fin de l’année, le nombre d’habitants était revenu à 6 000 environ, puis 5500 en 1840, tout cela du fait de la dégradation économique et d’une forte émigration vers Maurice, en plein boom sucrier. (10) » Seule l’arrivée régulière (de 1861 à 1874) d’environ 3000 Africains libérés des navires négriers par la marine britannique sur le territoire seychellois permit de reprendre une progression démographique. Il fallut attendre le début du 20e siècle pour que Les Seychelles trouvent un rythme de progression normal. Le chiffre de 24 000 habitants dont 3000 écoliers est atteint en 1914.
L’isolement a également joué un rôle néfaste, puisqu’il fallut attendre les années 1860 et l’ouverture du canal de Suez pour que s’ouvre une liaison maritime entre Les Seychelles et le reste du monde (plus exactement avec la ville d’Aden au Yémen) avec, principalement, les lignes françaises des Messageries maritimes de 1864 à 1918 et anglaises de British India Cy de 1895 à 1972 (11). Cet isolement ne fut réellement brisé qu’en 1969 avec l’ouverture de la première ligne aérienne régulière avec l’extérieur. De plus, la volonté, affirmée à l’origine, de l’administration anglaise « d’anglicaniser » une population très majoritairement catholique entraîna l’absence de tous prêtres ou missionnaires jusqu’en 1853 (12). Ce qui explique l’absence quasi-totale d’écoles et d’écrits religieux (bible comprise), principal moyen de diffusion de l’imprimé à cette époque.
Enfin, la situation de dépendance des Seychelles par rapport à Maurice jusqu’en 1903 a eu des conséquences négatives sur le développement de l’édition locale. L’essentiel des écrits, y compris et surtout les documents administratifs, étaient imprimés à Port Louis avant d’arriver sur l’île par bateau. Lorsqu’Albert Fauvel rédige la première bibliographie des Seychelles en 1908, elle comporte 54 pages, mais aucune notice ne mentionne Victoria comme lieu d’édition (13) alors que la mention de Maurice y est très fréquente. Le statut de colonie accordé par Londres mettra fin à cette dépendance par rapport à l’Île Maurice.
Un précurseur oublié
C’est dans ce contexte que surgit Antoine Abel. Né le 27 novembre 1934 à Anse Boileau (île de Mahé), il apprend la maçonnerie après ses études primaires. Il abandonne ce premier métier et devient instituteur en 1959 après quatre années d’études secondaires en Suisse. Puis il entreprend un enseignement classique et obtient un certificat d’études avancées en science de l’éducation pour zones rurales à l’Université de Reading. Il revient alors à Mahé où il enseigne l’agriculture sur le terrain puis part suivre un stage à l’Université de Bristol qui le prépare à former des enseignants à l’Ecole normale Supérieure (Teacher Training Center) de Victoria. Il occupera ce poste jusqu’à sa retraite en 1986.
Alors instituteur, il publie en 1969 à compte d’auteur, une plaquette de vers au titre évocateur de Paille en queue (14) où il raconte ses souvenirs de jeunesse. Première œuvre poétique publiée dans le pays, cet ouvrage consacre Abel comme un précurseur en la matière. Il continue son activité littéraire dans les années 70 et publie régulièrement des nouvelles en anglais dans Seychelles bulletin et Seychelles-culture. Une partie de son œuvre poétique en français et en créole, dont une bonne partie de textes inédits, a également été reprise dans trois anthologies en 1983 et 1984, l’une publiée aux Seychelles, la suivante à La Réunion (15) et la dernière aux Antilles (16).
Dans ses poèmes, « Abel se veut le chantre de la vie de tous les jours, avec ses joies humbles et ses peines (17) », déployant un talent inclassable : « Dans quelle école classer Antoine Abel ? Il y a sans doute du Francis Jammes chez lui dans son amour des choses simples de la vie. Il y a aussi du Jacques Prévert, non pas le Prévert des chansons, mais celui de la contestation. Il y a du Robert Desnos par la fantaisie, cette véritable fleur de la poésie. Il y a de tout cela qui ne nous permet pas de lui mettre une étiquette. (18) »
Par la suite, Abel publia quatre ouvrages en France. Avec Une tortue se rappelle, il « fait raconter l’histoire des Seychelles par la plus ancienne des habitantes de l’archipel, la vieille tortue de terre, qui peut vivre plusieurs siècles. (19) ». Dans cette légende, la tortue apparaît comme un portrait symbolique du Seychellois, qui ne se presse jamais et croit peut-être détenir la vérité. Son récit teinté d’humour et de tendresse, ne se veut pas d’une parfaite véracité historique et n’hésite pas à mélanger inventions personnelles et faits attestés au grès de son imagination. On peut d’ailleurs voir dans ce texte une certaine influence des légendes littéraires de la Lémurie, très en vogue parmi les écrivains de la région dans les années 50. Chez le même éditeur, il publie la même année (en 1977), un autre récit, Coco sec où il décrit le labeur d’humbles familles de pécheurs et paysans créoles, milieu dont il était issu. Enfin, le recueil Contes et poèmes des Seychelles correspond à une véritable enquête sociologique sur le terrain en vue de recueillir le patrimoine oral du pays. L’auteur explique sa démarche en 4e de couverture : « Les contes réunis ici répondent à un besoin impérieux de conserver le patrimoine culturel des Seychellois et de maintenir la tradition. Nous avions en effet autrefois nos griots, mais ils sont presque tous morts aujourd’hui. Un effort de récupération a donc été entrepris par lequel je souhaite que les Seychellois puissent à l’avenir retrouver un peu de leur culture ancestrale. Dans la plupart des cas, ces contes ont été recueillis de vive voix, par des interviews réalisées auprès de vieux et de vieilles de nos îles […] Ces écrits essaient en quelque sorte de faire émerger les Seychellois d’un passé où ils n’étaient que des simples spectateurs. Le monde change vite et, si nous ne devons pas ignorer ce passé, nous ne pouvons plus non plus désormais nous y réfugier… ». Malheureusement, la disparition de son éditeur, P.J. Oswald, à la fin des années 70 rendit ses ouvrages indisponibles pendant quelques années, avant que L’Harmattan ne reprenne deux de ces titres à son catalogue (20). Durant cette période, Antoine Abel continua à écrire des articles dans des revues francophones et renouvela son travail de mémorialiste de la tradition orale seychelloise quelques années plus tard avec Contes des Seychelles publié en 1981 chez Cle international où il se fait à nouveau le héraut des anciens et du merveilleux des contes populaires de son archipel.
À ce corpus, on peut ajouter un essai en 1976 (21) et un ouvrage sur la pharmacopée traditionnelle en 1983 (22) qui met fin a sa production française (23).
Avec l’indépendance du pays en 1976, se met en place une politique volontariste en faveur du créole, considéré comme la langue nationale et première langue du pays dans la constitution. Une littérature nationale dans cette langue émerge à la fin des années 70 et prend son essor à partir de 1986 avec la création de l’Institut créole. Celui-ci éditera près de 60 titres en créole, en particulier pour la jeunesse, afin d’accompagner la réforme scolaire du début des années 80 qui fait du créole seychellois une langue d’alphabétisation et d’enseignement dans les quatre premières années du cycle primaire.
Antoine Abel participa à ce mouvement en auto éditant une pièce de théâtre, Restan kamira, en 1980, en écrivant un roman, Montann en leokri (« pousser les hauts cris ») publié par l’Institut créole, qui eut beaucoup de succès en 1982 et en scénarisant une BD, Tizan, Zann ek loulou (1981, dessiné par Paul Yerbic), distribuée dans les écoles. Chacune de ses œuvres était la première dans son genre à être publiée aux Seychelles en langue créole.
La France lui rendra hommage en lui décernant le prix des Mascareignes en 1979, suite à la publication d’Une tortue se rappelle, conjointement avec le poète réunionnais, Jean Azéma.
À partir de cette date, du fait d’une longue maladie, la production littéraire d’Antoine Abel se fit plus discrète, hormis quelques textes épars dans des journaux.
Décédé le 19 octobre 2004, Abel laissa cependant deux textes inédits, un roman, Carcassaille et un recueil de poèmes, Faune, flore et sentiments.
Considéré comme l’initiateur, le fondateur de la littérature seychelloise, il en est encore la figure la plus marquante. Le principal journal de l’île, The nation, au lendemain de sa mort, lui rendra hommage en notant « Dans ton expression imagée, populaire, mais jamais inconvenante, toujours enracinée aux réalités de ces îles que tu as tant aimées, tu as toujours mêlé gaieté, sensibilité et tendresse dans la centaine de poèmes, récits et ouvrages que tu laisses à la postérité. (24) »
Ce que ne manqua pas de faire remarquer Jean Louis Joubert : « L’écriture claire, sans recherche d’Antoine Abel, tout juste sensible au charme des créolismes seychellois, est peut-être celle qui convient le mieux à la naissance d’une littérature… (25) »
Malheureusement, quatre années après sa mort, le souvenir du père de la littérature seychelloise est de moins en moins présent aux Seychelles. Son œuvre n’est toujours pas étudiée au programme scolaire, aussi bien ses textes en français, en anglais ou en créole. Le Ministère de l’éducation préfère mettre au programme des œuvres françaises classiques… Les écoliers ignorent son nom qui sombre peu à peu dans l’oubli. De même, ses ouvrages publiés localement (Restan kamira, Montann en leokri) ne sont plus réédités par l’Institut créole. La seule façon pour le lecteur francophone seychellois de découvrir ses écrits consiste à les commander chez L’Harmattan, à Paris où ils sont vendus à un prix modique (26) ou au Togo chez l’éditeur Akpagnon qui compte toujours à son catalogue l’ouvrage collectif, Contes, devinettes et jeux de mots des SeychellesZistwar ek zedmo sesel, auquel Abel avait collaboré (27). La nation ne lui a, elle non plus, guère rendu hommage. Aucune rue, avenue ou place, aucune bibliothèque, salle de lecture ou d’archives, aucun bâtiment ne portent son nom. Les seules mentions de son nom sont visibles dans les guides touristiques qui le présentent comme plus grand poète de l’archipel.
Seul un prix littéraire en créole portant le nom de Prix Antoine Abel existe depuis 2007, organisé à l’occasion de chacune des deux éditions du festival créole. Auparavant, en 1997, du vivant d’Abel, un concours littéraire en créole fut organisé pour toute la région. Il rencontra un franc succès avec des finalistes de toutes les îles et donna lieu à l’édition de plusieurs ouvrages des lauréats. Mais c’est à peu près tout.
L’indifférence, le manque de reconnaissance, la distraction peuvent expliquer en partie cet oubli. Mais la raison majeure est sans doute ailleurs. La colonisation est loin, les pionniers des premiers temps de l’indépendance ne sont plus guère à la mode.
De plus, dans un pays où le créole écrit est de moins en moins usité, remplacé par l’anglais, et où le français acquiert le statut ambigu de langue étrangère bien maîtrisée, l’auteur francophone qu’était Antoine Abel n’a plus vraiment sa place. Les Seychelles, pays jeune, doit avancer….

1. Le Cernéen, 12 mai 1840, extrait d’un article repris dans Toussaint Auguste, Early printing in Mauritius, Réunion, Madagascar and the Seychelles, Van Gendt & Co, 1969.
2. Les archives nationales ne possèdent qu’un seul numéro de L’impartial : le N°35 du 26 mai 1877.
3. Toussaint Auguste, La diffusion de l’imprimerie dans l’Océan Indien, Op. cit.
4. Elle était l’œuvre de l’un auteur mauricien, Nemo et publié dans le supplément littéraire du journal mauricien, la Commercial gazette
5. Il s’agissait d’un recueil de documents historiques du français Albert-Auguste Fauvel : Unpublished documents on the history of the Seychelles anterior to 1810.
6. Angelin, Père, Le « Marie Jeanne » sur l’Océan Indien, Victoria, Imprimerie Saint Fidèle, n.d.
7. Pascale Canova, La littérature seychelloise : production, promotion, réception, L’Harmattan, OIF, 2007, ISBN 2-296-01735-5
8. Young, Rodolphine, Fables de La Fontaine traduites en créole seychellois, Hamburg, Buske, 1983.
9. National Bibliography of Seychelles : retrospective Bibliography, volume 1 : 1700 – 1984, édité par The Seychelles National library, 2004. ISBN 99931-63-01-5.
10. Histoire des Seychelles, Ministère de l’éducation et de l’information, 1982, P. 102.
11. L’excellent ouvrage de Guy Lionnet (Par les chemins de la mer – 2001) sur les voyageurs et navigateurs qui ont abordé l’archipel rend parfaitement compte de son isolement.
12. De nos jours, les seychellois sont toujours à 90 % catholiques (et 9 % anglicans).
13. Fauvel, Albert, bibliographie des Seychelles, Government Printing office, 1908.
14. Le paille en queue est un oiseau de la région de l’Océan Indien.
15. Anthologie de poésie seychelloise, ARS Terres créoles, U.D.I.R., C.R.I., S.E.R.O.I. Coll. Anchaing, 1984.
16. Anthologie de la nouvelle poésie créole, tome 3, coordonnée par Lambert Félix Prudent, Editions caribéennes, ACCT, 1984.
17. Anthologie de la nouvelle poésie créole, Op. Cit., présentation de la section Seychelles, p. 501.
18. Anthologie de poésie seychelloise, Op. Cit. p. 52.
19. Jean Louis Joubert, Littératures francophones de l’Océan Indien, ACCT, Editions de l’Océan Indien, Groupe de la cité, 1993. ISBN 2-288-82221-5. Abel est abordé à la page 142.
20. Coco sec et Contes et poèmes des Seychelles sont toujours disponibles chez cet éditeur.
21. La femme seychelloise et l’héritage culturel, Ecole internationale de Bordeaux, 1976.
22. Médecine traditionnelle et pharmacopée. Contribution aux études ethnobotaniques et floristiques aux Seychelles, ACCT, 1983.
23. Il a également participé à un recueil soutenu par l’ACCT, en 1981, avec une nouvelle : Sasa et l’accouchement.
24. The Seychelles nation, 20 octobre 2004, P.1 et 2, éditorial non signé.
25. Jean Louis Joubert, Op. Cit.
26. Coco sec à 7,30 € et Contes et poèmes des Seychelles à 5,35€.
27. Contes, devinettes et jeux de mots des Seychelles – Zistwar ek zedmo sesel, Akpagnon, 1983. ISBN 2-86427-018-8. Cet ouvrage peut être commandé via Afrilivres.
///Article N° : 8174

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