Plus ça change, plus c’est la même chose

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Dear White People de Justin Simien. Sortie sur les écrans français le 25 mars.

« Chers Blancs, je vous en prie, arrêtez de me toucher les cheveux, on n’est pas à la ferme des animaux ».
Une métisse énervée de la radio, un gay déconnecté de tout milieu, un apprenti black panther hacker à ses heures, un fils à papa qui fume en cachette, une fille du ghetto qui en fait trop… Les étudiants noirs de Winchester sont peu nombreux, mais ils sont originaux. Samantha mène l’insurrection contre l’obligation de brassage entre les maisons d’étudiants. Pourquoi vouloir vivre ensemble ? Les scènes de présentation de Coco, la belle aux lentilles de contact bleues, et de Lionel, fan de Star Trek et aussi branché que James Baldwin, montrent que pour vivre avec les Blancs, il faut accepter de se faire sans cesse toucher les cheveux ! Autrement dit, être réduit à son appartenance communautaire, que ce soit de manière bienveillante ou carrément violente. Là où ça se corse, c’est que Coco rejette ses racines populaires tandis que Lionel n’est pas mieux accepté parmi les Noirs que parmi les Blancs, aussi homophobes les uns que les autres. Quant à la communauté LGBT, elle lui semble tout aussi étriquée. Un panoramique accompagne son regard sur un jeune Noir efféminé qui fait la bise à un groupe de Blancs gays et lesbiennes avant d’aller saluer ses amis noirs pour lesquels il change entièrement d’attitude. Transformation dont Lionel est incapable et qui ressemble aux compromis que tente Coco pour se faire accepter d’un groupe de riches demoiselles aucunement racistes puisque leur cheffe, Sofia Fletcher, sort avec Troy le chef de la maison africaine américaine. Mais comme Troy, Coco doit supporter la fascination malsaine de Sofia pour accéder au sérail.
« Chers Blancs, vous avez l’exclusivité des country clubs, nous on a l’exclusivité du mot nigger ».
Sofia a un frère, Kurt Fletcher, à la tête du journal satirique de l’école, qui organise une soirée déguisée d’un goût douteux où chacun est invité à « libérer le nègre qui est en lui. » Il faut dire que les relations sont tendues, comme lorsque Samantha charge Kurt de délivrer un message au « maître » de la « plantation », son père, faisant le parallèle avec l’esclavage qui sous-tend les relations raciales aux États-Unis aujourd’hui.
« Chers Blancs, le minimum d’amis noirs requis pour ne pas passer pour raciste vient de passer d’un à deux. Désolée, mais Tyrone, ton fournisseur de weed, ne compte pas ».
C’est dans la mare « post-raciale » de la présidence Obama que Justin Simien jette son pavé avec des personnages conscients d’être surdéterminés par des stéréotypes qu’ils rejettent. Ils pourraient d’ailleurs les faire voltiger si leurs personnages avaient le temps d’être développés, ce qui n’est pas toujours le cas. Comme Spike Lee, on a parfois l’impression que Justin Simien veut tout dire, ce qui pointe les absentset le soumet à la critique des diverses minorités, surtout quand le seul personnage capable de prendre du recul est le blanc-bec avec qui couche Samantha. Comme Spike Lee, Simien
refuse de mettre en scène des personnages noirs véritablement attachants, préférant les bourrer de contradictions et leur assigner des actes parfois peu glorieux. Chacun manipule ou est manipulé. Le choc du générique final rappelle encore Spike Lee : pas de morale prémâchée, le débat peut commencer.
Coup de coeur
Révolution Zendj. Sentir ce que devient le monde
Un peu partout dans le monde, des forces émancipatrices résistent et luttent. Et cela depuis toujours. Aller aujourd’hui à la recherche des armes de ces luttes implique le voyage et la disposition à l’imprévisible. C’est entre cette incertitude et cette détermination que se situe ce film, entre le risque de se perdre et sa nécessité. Ce sera la quête d’Ibn Battuta, journaliste algérien. Chaque plan de Révolution Zendj est une esthétique (et donc une sensation) de surgissement. Le résultat est fulgurant. O.B.
A lire en intégralité sur africultures.com. Sortie le 11 mars.

///Article N° : 12811

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