Polymachin et Le Destin du Clandestin

Les rires du Sénégal s'invitent au festival d'Avignon off…

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Avignon Off, Cie Bou-Saana / Espace Alya et Les Cruellas / Théâtre du Bourg-Neuf, juillet 2009

Les temps sont durs, avec la crise financière mondiale, les moyens de la création s’amenuisent, mais le manque de moyen, c’est un domaine que l’Afrique connaît bien et du côté de la création sans aucun moyen elle a un sacré entraînement et apporte une nouvelle fois la preuve de sa créativité et de sa force de joie en dépit des difficultés économiques qui sont pourtant son lot quotidien. Les sujets sont graves : la misère, l’immigration clandestine, la violence familiale engendrée par la polygamie… mais les spectacles fustigent les mœurs en riant et ne cessent de renouer avec l’essence véritable du théâtre. Pas d’esthétique larmoyante ou de discours didactique dans les spectacles portés par ces jeunes compagnies du Sénégal, pas de débauche technique non plus… mais avant tout du désir. Désir de partager un vrai temps théâtral avec le public, désir de séduire aussi et générosité avant tout. Des valeurs que la scène européenne semble peu à peu perdre de vue, comme si le théâtre n’avait d’autre but que de faire les pieds au mur, de chercher la radicalité la plus forte, celle qui rivalisera avec les performances technologiques les plus inouïes et la brutalité du discours le plus virulent. Le théâtre officiel semble soudainement découvrir les enjeux de la crise coloniale qui marque la société contemporaine et affirme vouloir « s’ouvrir aux imaginaires du sud » mais continue de penser que les imaginaires du sud sont au sud et persiste à les aborder dans le dispositif zoographique d’une mise à distance géographique fantasmée. On présente l’Afrique puisque Niangouna est invité depuis son Congo natal, belle proposition africaine aussi que Les cauchemars du Gecko. Mais quelle est la vraie contemporanéité de la création théâtrale africaine aujourd’hui et de ses diasporas ? Comment ceux qui sont réellement tenaillés par le désir d’immigrer traitent-ils ces questions ? Pour le savoir, il suffit d’aller à la rencontre des acteurs qui travaillent par exemple au Sénégal.

C’est avec Polymachin, un spectacle plein de vivacité et de pétulance que Marième Faye et Mada Ndiaye sont venues en ce mois de juillet 2009, au Théâtre du Bourg Neuf, représenter le Sénégal dans le plus grand théâtre du monde comme se définit aujourd’hui le festival Off d’Avignon. Ces deux artistes qui partagent depuis 20 ans la même passion du théâtre, constituent un couple burlesque dans la plus pure tradition du clown, à un détail près, ce sont des femmes ! Des femmes africaines, qui convoquent sur le plateau deux clowns, tour à tour hilarant, attendrissant horripilant… mais aussi d’une grande poésie. Elles nous invitent à un voyage en polygamie et ce territoire mal connu pour le public avignonnais devient une curieuse polynésie, drôle de paradis aquatique où l’homme circule en barque d’île en île, filant le parfait amour insulaire avant de chercher l’aventure et de rencontrer des sirènes qui ne tardent pas à se métamorphoser en dragons, fuyant ensuite les histoires que lui font ses deux premières femmes pour se jeter dans les bras d’une troisième toujours plus jeune. Les deux comédiennes ont trouvé leur clown : un arlequin la lèvre sombre et la dent dure, mais toujours bondissant et tonique, une colombine enflammée le tutu orangé et le cheveu roux hirsute, la tête dans les épaules et l’œil bougon. Deux clowns jubilatoires tant le jeu et inventif et tonique convoquant toute la drôlerie féminine qui caractérise l’humour sénégalais.

Le spectacle de la Compagnie Bou-Saana, elle aussi sénégalaise, proposait à l’espace Alya un tout autre registre : Le destin du clandestin. Djibril Goudiaby, seul en scène, travaille sur un univers café théâtre qui s’appuie avec force sur le spectateur qu’il embarque dans sa drôle d’aventure, celle bien sûr du jeune sénégalais qui décide de tenter sa chance de l’autre coté de la Méditerranée et dans la spirale vertigineuse sa déception une fois débarquée dans le grand paradis des Blancs. Un spectacle où le rire est communcatif plein de bons mots et surtout de dérision, d’autodérision aussi attachante que désopilante.

Polymachin
Par la Compagnie Les cruellas
Marième Faye et Mada Ndiaye
Participation artistique : Philippe Laurent


Le Destin du Clandestin

Par la Compagnie Bou-Saana
Texte : Djibril Goudiaby, Marie-Hélène Bourdier et Gilles Butin
Avec Djibril Goudiaby
Production : Oumar Badian///Article N° : 8892

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Les images de l'article
© crédit compagnie Bou-Saana
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© Crédit compagnie Les cruellas
© Crédit compagnie Les cruellas
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