Printemps des poètes. Ville de chien

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Africultures célèbre la poésie. Initiée en 2013, la série le Printemps des poètes continue avec des artistes du monde entier.Simplement parce que la poésie est « peut-être la meilleure manière pour communiquer avec l’intime, l’invisible, et les autres » (1).

Pour saxophone, batterie, violoncelle, accordéon, trompette, piano et vibraphone
Eléments visuels: concerts Louis Armstrong et John Coltrane
Eléments visuels: l’Est du Congo
Eléments visuels: les rues de Lagos
Eléments visuels: Saint-Pétersbourg, hiver 42
Eléments visuels: les bordels de Bahia et de Katmandou
Eléments visuels: Allemagne/Argentine, finale coupe du monde, 1990 Eléments visuels: Huitième round, Mohamed Ali contre George Foreman, Kinshasa-Léopoldville 1974, Ali boma ye, Ali boma ye, Ali boma ye, Ali boma ye, Ali boma ye!

la ville est un crayon qui rédige des salves d’accidents
et ses désinvoltures rouillent les désirs
d’un peuple salaud
d’un peuple misère de merde
d’un peuple phacochère
buveur de sang et coureur d’asile politique
19 heures 10
19 heures 20
19 heures 35
19 heures 38
19 heures 57
19 heures 67
19 heures 77
19 heures 82
19 heures 94 virgule trente-deux ans
au coin des rues « Va te faire foutre » et « Je t’emmerde »
une bande de chiens enragés dépeçant un corps vide
rue « Ta gueule », un homme et une femme
dévorant les fruits défendus
rue « Les bêtes sauvages », un prophète, barbu jusqu’aux dents
aboyant qu’au commencement était la dysenterie
rue « Tais-toi sinon je te casse la gueule »
un politicien radotant une de ses meilleures fables
20 heures 46 verset 17
la pluie
les rues inondées
les baraques à l’emporte-pièce
une église transformée en boîte de nuit
une boîte de nuit en cybercafé
un cybercafé en pharmacie
une pharmacie en librairie
une librairie en bordel boutique boulangerie lingerie charcuterie
les habitants de la ville sont des villageois
trimbalant leurs destins maudits
sous une pluie des maux sans cervelle ni barbecue
des guimbardes broyant du noir
des femmes aux seins grosses-tomates
des hommes vêtus de honte
chômeurs en pensée, en parole, par action et par omission
merdeux
et bricolant aux divinités supérieures
des prières sans orgasme
des vendeurs à la criée
des musiciens par inadvertance
des prostituées et leurs tarifs
des potentiels clients
libido au zénith
désirs masturbatoires
décharges électriques
catharsis
les oiseaux dissipent l’évasion des prophètes du trente-deuxième jour
des maisons qui se suivent mais qui ne se ressemblent pas
des pas de danse des butineurs des breuvages insolites
et ruminant des sortilèges
comme si le continent effrité bazarderait sa brosse à dents
des moulins à vent
des chèvres
des poules mouillées
des militaires et leur folie
des sacs-poubelles
des vaches en rut
des guimbardes
des chariots
des brouettes
des crochets
des banderoles
des calebasses
des machines à coudre
des marteaux
des préservatifs
des bières et des bières et des bières
en provenance de Luanda
ou de Kigali
ou de Ngandajika
ou de Musumba
ou de Berlin
ou de Lima
ou de Mbuji-Mayi
ou de Cotonou
ou de Douala
ou de Dar-es-Salam
ou de Clignancourt
ou de Bulawayo
ou de Brazza
ou Brooklyn
ou de Lagos
ou, ou, ou, ou, ou, ou
des balivernes
des ventilateurs
des lampions
des musiques croisées
des regards acerbes
des odeurs nauséabondes
des rires sardoniques
des prophéties de basse-cour
des destins bâclés
nous les salauds
et seul Dieu sait
si réellement nous avions été créés
à son image

(1) Citation de Yanick Lahens. Extrait de la vidéo « A quoi sert la poésie ? A quoi sert la littérature? « ///Article N° : 12244

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