Radio Okapi, la fréquence de la paix en RDC

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À l’occasion du Campus euroafricain de coopération culturelle qui s’est déroulé à Maputo du 22 au 26 juin 2009, le journaliste et animateur de Radio Okapi Jean Marc Matwaki Mofelele est intervenu dans le cadre de l’atelier Culture et Médias où il a mis l’accent sur la force des radios communautaires et les initiatives radiophoniques innovatrices au Congo, dont Radio Okapi est le fer de lance. Voici l’essentiel de son intervention.

Radio Okapi, c’est la fréquence de la paix en République Démocratique du Congo. À l’heure actuelle, elle est la première radio nationale la plus performante de cet immense pays au cœur de l’Afrique. Avec une information impartiale, fiable, rigoureuse et professionnelle, elle accompagne le processus de transition et de paix, mettant à la disposition de ses auditeurs et auditrices des informations nécessaires et utiles pour la vie quotidienne. Mais Radio Okapi c’est aussi la joie de vie, la musique, le plaisir.Le 25 février 2002 est, pour nous, une date historique : Radio Okapi émettait ce jour-là, alors même qu’à Sun City en Afrique du Sud, commençait le Dialogue Inter-Congolais.
Depuis, Radio Okapi n’a cessé d’investir dans la qualité journalistique, d’améliorer son programme et d’élargir sa diffusion en FM. Aujourd’hui, elle dispose, outre le studio principal à Kinshasa, de 8 stations régionales, d’une vingtaine d’émetteurs FM et de 3 émetteurs ondes courtes. Dans ces stations une centaine de journalistes, animateurs et techniciens travaillent 7 jours sur 7 pour offrir à leurs auditeurs une information sûre et crédible dans les quatre langues nationales, lingala, swahili, tshiluba, kikongo et en français.
Une radio congolaise pour les Congolais
La radio est sans conteste le média le plus suivi. D’un accès facile et à grande échelle, elle peut même être suivie dans les profondeurs de la forêt équatoriale sans aucun effort majeur. Elle facilite la rencontre des populations et des cultures via les ondes.
Radio Okapi a su réaliser la réunification de la RDC à travers ses émissions, ses informations, bref le contenu de son programme alors que le pays traversait une situation de partition de fait suite à la guerre qui avait divisé le territoire de la RDC en trois parties. Elle a pu faciliter le regroupement familial entre des nombreuses familles qui étaient séparées par les guerres qui avaient endeuillé le pays depuis 1996.
Pour étendre sa couverture sur le territoire national, elle travaille en partenariat avec une trentaine de radios communautaires. Celles-ci relaient ses programmes de façon permanente dans certaines zones ou le signal Okapi n’arrive pas et constituent en même temps une source importante d’informations locales pour Radio Okapi. Une radio communautaire est une station créée et / ou financée par une communauté locale ou association de la Société civile et qui axe ses programmes sur la promotion socio économique et culturelle de la dite communauté. Elle joue un rôle important dans un pays, vaste comme la RDC, qui compte plus de 450 communautés tribales et autant des dialectes. Ce partenariat, Okapi – radios communautaires, permet donc de partager et « d’exporter » les valeurs (culturelles) locales.
La radio communautaire offre la garantie de la diversité culturelle. Les difficultés de communication, marquées par l’enclavement de certaines parties du territoire congolais, sont telles que chaque communauté veut disposer de sa radio : symbole d’unité, outil d’ouverture. Au lieu de se laisser « écraser » par les couleurs véhiculées par d’autres médias plus puissants.
Par exemple, le Conseil Régional des Organisation non Gouvernemental (CRONG) de la société civile du Katanga a lancé en août 2003, un réseau de trois radios communautaires à Lubumbashi, Likasi et Kamina. Avec l’appui de l’ONG canadienne Développement et paix, ce projet avait pour objectif de doter la société civile d’un outil de communication de masse. Car cette société civile se sentait exclue et marginalisée des ondes de la Radio Télévision nationale congolaise, chaîne publique.
D’autre part, pour satisfaire encore mieux cette ambition et les besoins des internautes, et pour ouvrir le monde de Radio Okapi à toute la diaspora congolaise éparpillée à travers le monde, le site de la radio (www.radiookapi.net) a été entièrement remodelé et enrichi d’informations et d’interactivité. Ces informations, sur le net et en temps réel, sont en train de permettre à Radio Okapi de jouer son rôle d’informer et de servir de socle pour l’unité de la RDC. Nous espérons qu’il remplira, lui aussi, son rôle d’information et d’unité pour la RDC. Le signal Okapi est aussi capté sur satellite Eutelsat w4.
L’aventure de Radio Okapi dont la réputation a traversé les frontières nationales, est le fruit d’une grande ambition partagée par ses deux fondateurs : les Nations – Unies et la Fondation Hirondelle, une ONG suisse spécialisée dans des projets de médias en pays de crise.
Radio Okapi est le plus grand projet radiophonique que les Nations – Unies et la Fondation Hirondelle aient conduit à ce jour.

Que dire alors de son rôle dans la culture ?

Pour une institution internationale comme l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » »http://fr.wikipedia.org/wiki/Culture »
Le programme de Radio Okapi, en bonne partie tissé dans les langues nationales porte et transporte, à travers reportages, interviews et musiques, les activités de plus en plus diverses et éloignées les unes des autres. La langue est probablement, dans les sociétés humaines, ce qui permet le mieux de véhiculer une culture, tant orale qu’écrite. Radio Okapi est au cœur d’un enjeu humain essentiel : la refondation du Congo. La redécouverte et l’amour du pays par ses propres filles et fils.
À travers des portraits, des émissions pour les femmes et les enfants, Radio Okapi permet aux congolaises et aux congolais de découvrir à nouveau leurs talents de créateurs et d’innovateurs. Elle se veut un miroir du Congo.
En donnant la parole aux auditeurs, aux acteurs de la société civile, Okapi est un espace de dialogue constructif. Ceux qui ne le comprennent pas se trompent parfois de combat ou de cible. C’est peut-être ce qui explique l’assassinat odieux de deux nos confrères par des hommes en uniforme, la grande muette, dont Okapi est parfois le seul porte-parole.
Web, culture et transmission des valeurs fondamentales de la vie.
Conscients de l’importance des médias dans la diffusion de la culture, les gouvernements ont souvent eu la tentation de contrôler la diffusion des informations par la prise de contrôle des médias. Cela prit parfois des formes de propagande, soit via l’art ou la nationalisation des moyens de diffusion.
À l’ère du web, nous nous engageons dans l’approche moderne pour appréhender la diffusion des valeurs fondamentales de la vie. Avec Internet, l’individu n’est plus seulement destinataire de l’information. Il peut aussi émettre à un grand nombre d’individus.
Métissage
La culture c’est tout ce qui nous reste quand on a tout perdu. La démarche de Radio Okapi dans ce domaine est riche. En effet, la culture se décline sur l’ensemble de la grille des programmes à travers les différentes chroniques, émissions et rendez-vous s dont la production demeure régulière et permanente. Le contenu part du factuel au permanent, en passant par l’occasionnel. Presque tous les domaines de l’art sont privilégiés, de la musique, au théâtre, en passant par les arts visuels.
Cette démarche a permis une certaine visibilité de l’art congolais à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Radio Okapi a servi de porte voix à plusieurs projets culturels d’envergure et des festivals organisés au pays comme à l’étranger. Nous pouvons citer dans la foulée, le festival Yambi Congo Wallonie Bruxelles qui a mis en scène en septembre 2007 plus de 150 artistes congolais durant 2 mois en Belgique à l’initiative de la Communauté française de Belgique en partenariat avec le gouvernement de la RDC. La Radio a accompagné les différentes phases de réalisation de ce projet et surtout la tournée du commissaire général du festival à travers le pays pour l’identification des artistes, groupes et projets culturels.
Par ailleurs, Dans le souci de promouvoir les talents locaux, Radio Okapi a initié un concours de musique qui a récompensé durant deux éditions des jeunes talents de la musique congolaise. Certains lauréats de ce concours circulent aujourd’hui à travers le monde et quelques artistes ont pu trouver des producteurs et décrocher des contrats après leurs interventions sur nos ondes. Des opportunités sont également offertes aux artistes congolais de la diaspora qui en profitent souvent pour effectuer leur retour à la source.

Jean Marc Matwaki Mofelele, dit Jeannot, est journaliste animateur à Radio Okapi, chroniqueur culturel et consultant indépendant en communication.Le Campus euroafricain de coopération culturelle était co-organisé par la Fondation Interarts, l’Observatoire des politiques culturelles en Afrique et l’Agence espagnole de coopération internationale, avec le soutien du gouvernement mozambicain, des villes de Maputo et de Barcelone, ainsi que de la Fondation Calouste Gulbenkian, de Culture 21 et d’Africalia.

Bibliographie
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les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet – 6 août 1982.

Le terme allemand Weltanschauung ou  » vision du monde  » est aussi
utilisé en psychologie allemande, avec Erich Fromm, par exemple. Il
correspond à la  » construction de l’intérieur  » ou
 » instruction  » du Bildung. (voir aussi Kultur (Begriffsklärung))

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Un commentaire

  1. Alain LUSEKWA le

    Bjr
    Nous sommes une radio communautaire nommé radio yenge qui émet au kongo central dans le territoire de luozi, nous avons besoin de votre partenariat pour mettre le relais pendant les informations.
    Le directeur de programme.
    Alain LUSEKWA

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