Rain de Maria Govan

Sous le soleil, la pluie

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C’est un orage qui a donné naissance à Rain, c’est un orage qui emportera sa grand-mère. La météo des Bahamas est à l’image de son économie, incertaine, violente, comme cette pluie salvatrice pour la terre mais aux effets dévastateurs pour les plus mal logés.
On pense bien sûr à Rue Case-Nègre, le film martiniquais de Euzhan Palcy (1983), les scènes de jeux des enfants, le travail des grands, les mots des anciens. Les deux films évoquent une réalité de manière rude, mais aussi humaniste et poétique.
Orpheline, Rain ne l’est pas encore : depuis sa naissance, sa mère habite Nassau, dans le quartier du cimetière. Contre l’avis de sa grand-mère, Rain décide de la rejoindre. Elle y découvre une pauvreté qu’elle ne connaissait pas sur l’île de Ragged Island et surtout, les ravages de la drogue et du sida. Sa nouvelle amie Magdeline, qui ambitionne d’être élue Miss Bahamas, lui révèle la signification du nom de son quartier : le cimetière, quand on y rentre, on n’en ressort pas. Ce qui y retient sa mère, c’est moins la pauvreté que la dépendance. Lorsqu’il lui manque cinquante dollars pour inscrire sa fille à l’école, cinquante dollars qu’elle avait trois mois pour économiser, le dealer du coin refuse de lui faire crédit alors qu’elle dépense cette somme chaque jour sans y prendre garde. A Gloria de trouver les moyens de les gagner.
La réalisatrice Maria Govan parvient à éviter de nombreux pièges, notamment celui du misérabilisme. La pauvreté extrême n’est jamais présentée comme une fatalité que seule une ONG pourrait combattre, mais plutôt comme une série de circonstances aggravantes dont on se libère en retrouvant sa dignité. Aucun des personnages n’est schématisé à l’extrême. Ainsi, le jeune dealer qui refuse d’aider Gloria sera d’une aide précieuse à Rain face au détraqué sexuel du quartier, Preacher, un vieil homme loin d’être un de ces sages dont on peut tirer des leçons de vie. Les situations correspondent rarement à ce qu’elles laissent percevoir. Par exemple, la générosité de Magdeline envers Rain est financée par le chantage qu’elle fait à son père blanc contre son silence concernant sa paternité.
L’intrigue est construite autour d’un espoir, celui que Rain soit choisie pour représenter les Bahamas en course à pied. Elle devra s’entraîner avec acharnement bien sûr, supporter les foudres de ses camarades jalouses de son talent, et surtout se procurer les chaussures adéquates qu’elle ne peut se payer. Elle y est poussée par Ms. Adams, professeur de sport exigeante mais bienveillante, dont la vie privée révèle elle aussi une situation familiale douloureuse : elle vit avec son amante et assume le regard des autres et le rejet de son père. Elle apprend à Rain la confiance en soi et la détermination, en même temps que le droit à la différence. A l’instar des autres pièges que Maria Govan évite soigneusement, la leçon de tolérance est discrète. De même, l’espoir de victoire ne deviendra pas prétexte à une apothéose athlétique. Il faut croire que Maria Govan préfère la bruine aux orages.
Rain, sorti en salle aux Bahamas, a été sélectionné dans de nombreux festivals et a remporté le prix « Graines de cinéphage » attribué par le jeune public du Festival International de Films de Femmes de Créteil et le prix de la meilleure première œuvre au Pan African Film and Arts Festival à Los Angeles.

///Article N° : 8580

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