Rencontres Henri Langlois 2008 : l’école africaine de cinéma

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Les 31ème Rencontres Henri Langlois, festival international des écoles de cinéma, qui se tient à Poitiers du 5 au 13 décembre, propose une sélection de courts métrages issus d’écoles de cinéma africaines.

En trois séances, on peut y voir des films issus de Tunisie (Institut Supérieur des Arts Multimédia de la Manouba, ISAMM, Tunis), du Maroc (Ecole Supérieure des Arts Visuels de Marrakech, ESAV), du Burkina Faso (Institut Supérieur de l’Image et du Son, ISIS, et Imagine, Ouagadougou), du Sénégal (Ateliers de réalisation documentaire de Samba Félix Ndiaye à Dakar et Master 2 en Réalisation Documentaire de Création de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis), du Bénin (Atelier FIWE, institut cinématographique de Ouidah), du Ghana (National Film and Television Institute, Accra) et d’Afrique du Sud (South African School of Motion Picture Medium and Live Performance, AFDA, Le Cap et Johannesburg).
On retrouve dans cette sélection des films produits par les ateliers de Saint-Louis du Sénégal que nous avions déjà évoqué dans notre compte-rendu de Lussas 2008 [ article n°8134 ] : Manges-tu le riz de la vallée ? de Mamounata Nikiema et Notre pain capital de Sani Elhadj Magori, mais aussi Le Rituel de Alaa d’Eddine Aljem (ESAV), Le Revers de l’exil d’Assymby Coly et Angèle Diabang Brener (Ateliers de réalisation documentaire de Samba Félix Ndiaye), Ezanetor de Afeafa Nfojoh (NAFTI), Où sont-ils ? de Kossa Lelly Anité (ISIS), Trafic d’idées, réalisé par un collectif de stagiaires à Imagine, Braves de la route des esclaves de Arcade Assogba (ISAMM), Il était une fois à Bâb Jdid de Mohamed Salah Argui (ISAMM), L’Homme perdu de Lassaad Oueslati (ISAMM) et The Cabin (La Cabane) de Brynach Day (AFDA).
Dans ceux qu’il nous a été donné de voir, c’est nettement Le Bal des Suspendus de El Medhi Azzam (ESAV, Maroc) qui se détache. Issu d’un atelier fiction animé par Faouzi Bensaïdi, on y retrouve clairement la patte de ce dernier. L’image fait physiquement sentir la suspension « entre un ciel désinvolte et une terre assoiffée » d’un coin paumé de la montagne marocaine. Un homme âgé creuse proprement sa tombe à travailler la terre sèche. Il attend chaque jour aussi bien la lettre et sans doute l’argent du fils émigré que la pluie qu’avec le fils resté à son service ils guettent comme la lune du ramadan. Composé de plans épurés, avare en dialogues mais riche d’émotions, ce beau court métrage de 13 minutes au propos limpide convainc d’emblée.
Bien bavard est par contre Cotonou-Parakou, une histoire du passé de Josiane Hegbe (6′, atelier FIWE, réalisé avec les élèves de l’école du Brésil, Bénin) : différents niveaux de commentaires pédagogiques s’agglutinent pour rendre compte de la décrépitude du chemin de fer qui reliait les deux villes – introduction historique de la voix de Valerio Truffa, enfant français lisant d’une voix mal assurée, guide qui montre les détails « ruinés » d’un train express Renault. Des photos d’époque émaillent le récit tandis que la belle guitare de Souad Massi semble bien répétitive dès que les commentaires font une pause.
Produit par l’AFDA, l’école de cinéma du Cap qui a historiquement formé les réalisateurs blancs, Kammakastig Land de Brandon Oelofse (29′), tourné en afrikaaner et lourdement symbolique, est typique de leur introspection dans la nouvelle Afrique du Sud. A la mort de son père, Fourie, un jeune plutôt paumé, va disperser ses cendres au Cap. C’est la mémoire de cet officier de police aux mains tachées de sang qu’il dispersera. « Vous ne trouvez pas toujours ce que vous cherchez mais ça vaut le coup d’essayer », lui dit une femme dans un arrêt de bus… Tout un programme. Fourie retrouve sa sœur métisse dont il ignorait l’existence. Le film tourne autour d’une lettre du père que Fourie n’a pas lu mais qui lui demande de reconstruire ce qu’il a détruit…
Derrière ces productions se profilent les choix de ces écoles ou formations si différentes, qui vont selon les pays de l’improvisé à l’institutionnel. Il est clair que ces premiers films sont fragiles et là n’est pas la question. Ce qui importe est ce qu’ils portent en matière de désir de cinéma, non seulement en terme de récit mais aussi et surtout dans leur recherche d’une forme qui serve leur sujet et ouvre à l’émotion, clef de l’adhésion du spectateur. C’est bien sûr cette défense de l’originalité du cinéma face aux formatages qui est l’enjeu de la confrontation organisée par les Rencontres Henri Langlois, laquelle réunit ces jeunes réalisateurs mais aussi des professionnels confirmés et permet un échange avec le public.

///Article N° : 8221

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