Sacralite

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Quand la question de qui est mort est posée, celle de la sacralité ne peut que suivre. Elle est loin de se réduire au débat sur la laïcité du pouvoir. C’est celui qui protège la vie : les « cultures de la paix » ou fihavanana, la création rituelle qui autorise le changement, le rapport à la « matrie », les cultures populaires, l’investissement dans le futur. Pour les Malgaches, vivre le sacré est une manière d’entrer en relation avec le monde et de se l’approprier.

C’est une façon de reconnaître qu’il y a quelque chose sur laquelle on ne peut avoir d’emprise, qu’il est nécessaire de reconnaître et de vénérer comme telle. C’est en même temps s’interroger en permanence sur le moyen d’accroître l’emprise que l’on peut avoir sur cette transcendance.
C’est également un mode de relation avec les autres en tant qu’ensemble, ce qu’on ne peut appréhender comme tel dans une relation interpersonnelle. C’est l’une des valeurs les plus sacrées du Malgache, ce qu’il appelle fihavanana ou parentèle. Concrètement, cela lui offre un code de conduite ainsi qu’une lecture de l’organisation du monde et de la structure sociale.
Le code du sacré est tissé d’interdits : rituels, alimentaires, pratiques, relations. Mais il est aussi fait de leurs transgressions. Celui qui accède vraiment au sacré, c’est celui qui a connaissance des deux et découvre la manière de transgresser cette sacralité de façon à pouvoir créer sa propre échelle de valeurs et ainsi sa sacralité propre.
Le lien avec la sacralité est en fait une constante construction entre la règle qui se pratique petit à petit et la création rituelle qui rend le changement possible et le nourrit. Un rituel qui correspond au nouvel état de sacralité qu’on se constitue identitairement est inventé. Cette recherche de sacralité rassure sur l’avenir de la construction. C’est un lien très loin du détachement du monde. La sacralité malgache reste une façon de se l’approprier, de s’y intégrer et de l’intégrer à soi. C’est se colleter avec lui.
Cela se retrouve dans le rapport à la terre. C’est la matrice originelle et continuelle. C’est aussi le territoire que l’on habite et qu’on s’approprie par son travail en le mettant en valeur. C’est une pratique matérialisée dans toute l’Ile sous différentes formes sémantiques et totémiques mais avec la même sémiotique  : vôrongahy, êla, kôsa, dôtôka, tsifo, kady, kalo. Il est identifié au quotidien, investi symboliquement et transmis aux générations futures. Il est signification de possession, de propriété et d’appartenance. Poème se dit tononkalo, parole de kalo. C’est ce kalo qui, dans le vieux malgache, dit la Beauté et l’Esthétique.
C’est pour tout cela que la terre ancestrale ne se vend pas. La seule raison de cession relativement admise est pour poursuivre des études : la mobilité fondée sur le savoir et le changement social. C’est investir sur le futur et le futur est une valeur encore plus sacrée. Dans la sacralité malgache, c’est la postérité qui vous fait ancêtre. C’est parce qu’il y a un futur à construire que l’on investit dans le sacré au présent ou dans le passé. On renverse la condition humaine qui est de disparaître.
C’est ainsi que ces pratiques de la sacralité se jouent aussi dans l’espace public religieux. Ce sont de hauts lieux de la dynamique des cultures populaires. Devant la faillite de l’école, la faible audience des media, l’indigence des institutions culturelles, elles sont devenues quasiment le seul creuset de culture populaire et la base du pouvoir politique des hiérarchies religieuses. Les mouvements de réveil spirituels accompagnant toujours, dans l’histoire de Madagascar, les changements politiques, le débat sur la laïcité du pouvoir révise ses problématiques…

///Article N° : 2949

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