La Saison des fleurs de flammes d’Abubakar Adam Ibrahim

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Une passion interdite est contée dans le premier roman de l’écrivain nigérian Abubakar Adam Ibrahim. La Saison des fleurs de flammes vient de paraître aux Éditions de l’Observatoire. L’auteur a reçu le prestigieux Nigeria Prize Literature en 2016 pour ce roman.

Abubakar Adam Ibrahim met en scène une histoire d’amour inattendue entre Hajiya, une veuve pieuse musulmane d’une cinquante d’années et Reza un jeune dealer qui, un jour, entre chez elle par effraction comme il est entré dans son cœur. L’apparente distance qui sépare les protagonistes permet d’évoquer les rapports de générations, de genres, de classes sociales, du poids des traditions qui pèse notamment sur les femmes. Cependant, un lien intime les unit sans qu’ils se le disent : Reza voit en Hajiya sa mère qui l’a abandonné, Hajiya voit en Reza son jeune fils Yaro (un dealer également), mort avant qu’elle ne puisse lui dire qu’elle l’aimait dû à la pudeur qu’elle devait respecter. À travers cette histoire qui brave les interdits, Abubakar Adam Ibrahim nous peint une fresque du nord du Nigéria au sein de la communauté haoussa et interroge les tabous, les normes sociales, la moralité qui la façonnent.

Avec habileté, le récit se tisse entre le thriller socio-politique, la passion amoureuse, la saga familiale marquée par la grande Histoire : Binta a perdu son mari lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans à Jos. On est englobé dans le récit par une myriade de personnages secondaires aussi nuancés que touchants, par une forte empreinte de la culture populaire haoussa avec les senteurs de la cuisine, les couleurs des textiles, la musique jouée dans les rues, les romans soyyaya  (romans à l’eau de rose), les spiritualités ou le rapport à la langue avec notamment des proverbes savoureux qui ouvrent chaque chapitre.

La langue souligne aussi, parfois,  les rapports de classes. Le roman fait d’ailleurs une critique sociale du Nigéria contemporain miné par la corruption, la présence néocoloniale d’entrepreneurs chinois, le terrorisme de Boko Haram et une jeunesse populaire dont fait partie Reza vouée à elle-même.

Une quête de liberté en pays haoussa

Ancré dans l’environnement culturel haoussa, le roman est aussi la remise en cause de ses normes liées au genre. Ce que le personnage d’Hajiya Binta va personnifier. Elle tente de trouver sa liberté. Et elle est passionnante pour cela. Durant son mariage arrangé, elle a du accomplir ses devoirs conjugaux. Son histoire avec Reza lui fera connaitre son propre désir ce qui est puissant pour un personnage féminin.

Leur passion tumultueuse et enivrante traverse des questionnements comme qui a le droit d’être aimé.e et par qui ? La culpabilité va bien sûr la terrasser mais elle l’affrontera devant les autres notamment face à son prétendant Mallam Haruna (un personnage aussi savoureux qu’irritant) qui la met en garde contre les « on-dit », à qui elle répondra « Laissez moi me donner à qui bon me semble ». Ses transgressions et sa floraison interne ont un prix dans la société patriarcale et religieuse dans laquelle elle évolue, elle n’en sortira pas indemne mais elle ne regrette pas d’avoir foi en ses rêves.

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