Soalandy

D'Henri Randrianierenana

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Soalandy est une jeune fille de la campagne venue en ville travailler comme domestique chez des gens aisés. Son nom est d’ailleurs la combinaison de Landy, un prénom plutôt porté en ville et de Soa qui est un prénom campagnard. Dans sa chambre, à l’extérieur de la maison des maîtres, elle regarde un numéro de Femme actuelle et, en un plan-séquence de trois minutes où la caméra lui tourne autour, prend des poses ou se refait les cheveux devant la glace pour imiter les modèles… Arrive son ami Ndriana aux avances duquel elle finit par céder malgré l’interdit de le recevoir dans sa chambre de fonction. Mais l’arrivée d’une voiture étrangère interrompt leur étreinte. Partis voir si tout va bien dans la maison du patron, ils assistent à son meurtre. Sachant qu’ils en seraient accusés étant donnée leur position sociale, ils n’interviennent pas, mais Ndriana connaissant l’assassin, il le fait chanter. Lorsqu’il se rend chez lui pour recevoir la rançon, c’est Soalandy restée en retrait qui se fait capturer par l’assassin. Mais ce retournement est vite suivi d’un autre : elle en tombe amoureuse et il fait d’elle une femme riche.
Se succèdent alors une série de quiproquos dignes des polards les plus complexes car rien n’est simple dans ce monde de l’arrivage social et des jeux de l’amour ! Après une exposition très parlée, le film joue plutôt sur le silence de l’action et la musique, ce qui lui est d’ailleurs reproché par un public habitué à beaucoup d’explications verbales dans une culture de tradition orale et qui n’est pas habitué à lire l’image.
Car Soalandy est un long métrage vidéo typique d’une production endogène en langue locale qui depuis 2000 se développe à Madagascar, au rythme d’abord d’une vingtaine de longs métrages par an, réduit à une dizaine depuis les conflits de 2002. Ce qui impressionne dans Soalandy, c’est qu’en dehors de quelques maladresses de mise en scène notamment dans les scènes d’action, il pourrait par la qualité du cadrage et de l’utilisation de l’échelle des plans concurrencer nombre de téléfilms produits en série pour les télés occidentales ou bien les telenovelas brésiliennes. Henri Randrianierenana n’a jamais appris le cinéma mais est un metteur en scène de théâtre réputé (compagnie Johary) et un cinéphile averti : il fait des repérages soignés, utilise à bon escient travellings et profondeur de champ. Une chanson très célèbre à Madagascar, Tiako Fotsiny Bodo (je t’aime sans me demander pourquoi) sera traitée comme un clip à l’intérieur du film, à la manière des films du Bollywood indien, mais bien sûr sans les moyens correspondants : tout cela est fait avec un budget très faible pour un marché purement local. Le tournage dure une quinzaine de jours. Light productions paye tout le monde : le réalisateur touche 5 millions de francs malgaches (environ 450 euros) tandis que les comédiens en reçoivent 500 000, salaire moyen de l’ensemble de l’équipe (45 euros). La musique est originale, elle même rémunérée à ce prix. La voiture utilisée dans le film est celle du réalisateur, l’assassin est joué par le frère du réalisateur, la petite fille est sa propre fille et c’est l’actrice principale qui a cousu sa robe. Employée dans un hôtel, elle a d’ailleurs dû perdre son travail pour faire le film. Pour pouvoir y tourner, il faut négocier avec tous les lieux utilisés, comme les magasins dont il faut qu’on voie l’enseigne à l’écran ou auxquels il a fallu verser dix euros de dédommagement. Des scènes sont directement inspirées du cinéma hollywoodien comme Pretty Woman (comme lorsque l’héroïne reste dans la voiture, nue dans ses draps de lit, indiquant par oui ou par non à son amant quels habits choisir dans le magasin). Le film aurait dû durer deux heures mais le manque de budget en a limité la durée, des scènes ayant dû être abandonnées (une scène de soirée n’a pu être tournée car il aurait fallu beaucoup de figurants). Par contre, Henri Randrianierenana tient à la qualité : chaque scène fait l’objet de trois ou quatre prises, jusqu’à une vingtaine si nécessaire comme pour celle de l’accident, afin d’arriver à un résultat satisfaisant. Pour les champs/contre-champs, il utilise deux caméras.
Outre le fait qu’il emprunte aux ficelles du thriller ou du policier, si le film marche auprès du public, c’est bien sûr qu’il en exprime les aspirations consommatrices et d’ascension sociale. Comme dans la telenovela Miramar, Soualandy est une campagnarde qui entre dans le grand monde, voitures, maquillage et beaux habits, et qui réussit à ridiculiser tout le monde. Le film se permet des scènes osées qui lui donnent un parfum de scandale : un dos nu, des jambes entre les draps suffisent à provoquer l’émoi. Une happy end en forme de dénouement invraisemblable où tout se révèle couronne une série de rebondissements où l’argent de la rançon (un milliard de francs malgaches) change de mains pour finalement aboutir dans les bonnes. Tout est bien qui finit bien pour le plaisir des spectateurs.

///Article N° : 3597

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