Fiche Spectacle
Théâtre
THéâTRE
Blue-S-Cat
Contributeur(s) : Koffi Kwahulé

Français

Résumé

Dans l’immeuble d’une mégalopole, un homme et une femme dans un ascenseur, enfermés dans leur bonheur, indifférents l’un à l’autre. Lorsque l’ascenseur s’arrête soudain, la femme est confrontée à une situation qu’elle ne contrôle pas et qui lui est insupportable. Incapable d’assumer son propre désir face à cet homme avec qui elle partage cette forme d’intimité particulière, elle préfère se replier dans la peur de l’autre. Une peur qui, peut-être, la conduira au meurtre.
Cette comédie aux rythmes du scat (accident musical en jazz inventé par Louis Armstrong), Blue-S-cat laisse entendre les deux voix de l’homme et de la femme qui se mêlent, s’atteignent et se complètent.

« Une dramaturgie fondée sur le silence
« En donnant à sa pièce le titre de Blue-S-cat, Koffi Kwahulé revendique haut et fort le modèle du jazz, comme il l’avait fait précédemment pour Jaz. Le texte évacue ici tout dialogue parlé et toute trame narrative. Entre la femme et l’homme, isolés du monde extérieur dans un ascenseur immobilisé, il n’y a que le silence. Mais ce silence a ici un rôle dramaturgique fondamental : son ‘apparition’déchire « la bulle » confortable dans laquelle les deux personnages se trouvaient, heureux, indifférents l’un à l’autre et silencieux (« Ils semblent, bien que les corps soient relativement proches l’un de l’autre, ne pas se rendre compte/ne pas tenir compte de la présence de l’autre »). Il est l’élément perturbateur : s’il ne permet pas d’instaurer un dialogue continu, il déclenche du moins ce qu’il est permis d’appeler leurs récitatifs. Par ailleurs, le silence crée du début à la fin une alternance de tensions et de détentes et perturbe ainsi l’avancée linéaire vers la catastrophe finale. Il fabrique une dramaturgie de l’errance, qui déjoue sans cesse les attentes du spectateur. Le silence a ici une présence et une consistance : il est un personnage à part entière.

« Une esthétique de l’improvisation
« La dramaturgie de Kwahulé repose sur l’affirmation de la catastrophe finale mais, dans le même temps, elle inscrit, au sein de cette clôture dramatique, un temps et un espace qui enrayent l’avancée linéaire du destin. À deux reprises, en effet, sans aucune raison, de façon totalement imprévisible, l’homme et la femme communiquent ; la première fois lorsqu’au milieu de la pièce la voix de Louis Armstrong s’élève à nouveau : « Les corps saisis par la musique se mettent à bouger./ L’ascenseur, apparemment sous la pression de la musique, explose, les parois disparaissent dans les cintres -ou dans les coulisses / La lumière devient soudain féerique comme dans une comédie musicale hollywoodienne. » ; une seconde fois, quand les deux personnages dialoguent par signes : « Elle raconte simplement sans les mots, avec des gestes « inesthétiques », comme une image de Cassavetes. L’homme à son tour s’anime, répond par d’autres gestes tout aussi « inesthétiques » : ça y est, il reconnaît l’histoire. » Ces deux moments rappellent la diversité des sources qui nourrissent l’écriture de Kwahulé ; ils manifestent aussi le refus de toute idée pré-établie des rapports humains et des événements. À la causalité inhérente au destin, l’auteur oppose donc l’idée de l’improvisation et de la spontanéité, laquelle apparaît par des chemins détournés et inattendus, comme la rose qui germe dans la main de l’homme effondré. Grâce à l’improvisation, il est alors possible de retrouver une histoire commune, une humanité oubliée : « A tour de rôle, chacun raconte un pan de l’histoire. Il n’y a pas de doute, ils parlent de la même chose. »

« Qu’est-ce que le politique ?
« (…) Blue-S-cat dit la solitude contemporaine ; cependant, à travers l’interrogation lancinante de la femme qui ouvre et clôt le texte (« Y a-t-il quelqu’un ? »), Kwahulé soulève surtout la question suivante : quels nouveaux liens peuvent naître entre-les-corps qui dérogent au conformisme (les gestes de l’homme et de la femme sont « inesthétiques ») ? Comment faire vivre cet « espace-entre-les-corps » qui lie un corps à un autre, et sans lequel un corps, seul, ne peut exister ? En effet, « c’est à ce moment-là dans le corps absent que commence la vraie tragédie », lit-on dans Blue-S-cat. Kwahulé ne répond pas à la question, mais suggère une voie : quelque chose pourrait naître entre les corps qui aurait affaire avec la fragilité des corps dansants, avec le jeu entre les corps qu’instaure la danse : à l’intérieur de l’espace créé par ce jeu, le sens pourrait alors à nouveau circuler. »
Virginie Soubrier (Source : Site Afrithéâtre)

Le Traitement

Mes pièces, pour la plupart, ont été conçues pour être jouées sans « décor », même si à la lecture le « lieu » semble y avoir une présence incontournable. Aucun élément ne viendra par conséquent, même symboliquement ou métaphoriquement, rappeler l’ascenseur. La lumière « géométrique » (carré ou rectangle) habillera la solitude de ces deux trajectoires.

Ces personnages n’ont aucune épaisseur psychologie et se résument à leurs obsessions. Ce ne sont pas des corps-signes, mais plutôt des corps-notes, des corps figés dans la musique répétitive et obsédante de leurs angoisses, et leurs paroles ici se déploient dans l’entre-deux de l’articulé et du chant pur.

L’exiguïté du carré de lumière convoque nécessairement un jeu à l’économie, avec quelquefois des gestes à peine perceptibles.

Pièce de la lenteur, Blue-S-cat est aussi celle de la vitesse. Ces moments d’excitation incongrue où les corps et la parole s’emballent, viennent, par contre-chant, exhiber le silence et la lenteur.

Car il s’agit avant tout de créer un chœur qui agite la muleta de son chant devant la tumultueuse