Terre sainte

De Mohamed Kacimi

Quand les hommes devenus fous n'ont plus que des chats de gouttière à crucifier…
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Jésus saigne et ses gouttelettes de sang baignent cette terre de déchirure et de terreur. Terre sainte. Terre sanctifiée ? Terre sanctuaire ? Une ville en état de siège où résonnent tirs de roquette et mitraillettes, où les chars rasent les habitations et les personnages trompent avec des riens l’ennui et la mort. Sophie Akrich a entrepris de monter au Théâtre de la Tempête ce texte improbable de Mohamed Kacimi, cette pièce où Jésus est un chat qui fait peur aux soldats ; le soldat un gentil garçon fébrile qui ne peut soutenir les accents de la musique orientale ; le père un joueur de poker qui se grise à l’arak et au vapeur de narguilé en mangeant compulsivement des pistaches séchées… tandis qu’ Imen, la jeune fille dont la mère a disparu au check-point, n’a d’yeux que pour son chat et Alia la sage-femme, qui ne redoute de la mort que la puanteur, n’est préoccupée que de satin et de soie… tandis que son fils, l’étudiant, se fait martyr, tue un soldat, menace le chat et viole sa propre sœur.
Avec dérision et humour, avec tendresse aussi, la pièce convoque l’aberration des hommes décervelés par le fanatisme, l’alcool, ou le jeu, ces hommes que la peur déshumanise et rend fous. De grands murs de béton, murs de pierre tombale, murs de sanctuaire qui côtoient les arabesques d’une grille de prison à l’orientale et un sofa au raffinement dérisoire digne de Madame Récamier face à une télévision qui ne diffuse plus que de la neige… la scénographie d’Erwan Creff dit un monde déboussolé qui n’a plus d’autre repère que la guerre alors que la douleur de la disparition de ceux qu’on aime se fait routine ; ce monde où l’intime est devenu la mort, où le lit est la tombe et la prison à la fois. Des comédiens d’une intense présence simples et touchants dans leur jeu. Un spectacle dont l’on ne sort pas indemne qui laisse un goût d’amertume dans la bouche., l’amertume de l’absurde.

Mise en scène de Sophie Akrich au Théâtre de la Tempête jusqu’au 12 avril.
Avec Bernard Allouf, Lily Bloom, Mehdi Dehbi, Katia Dimitrova, John Kokou.
Théâtre de la Tempête – La Cartoucherie – route du Champ-de-Manœuvre 75012 Paris
Réservations : 01 43 28 36 36///Article N° : 8533

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© Emmanuelle Blanc
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