Un aigle souligne l’azur

Je la voulais lointaine de Gaston-Paul Effa

Phase critique 22

À quoi tient la singularité d’un roman ? La doxa héritée de Céline voudrait que ce soit par la langue. On appelle souvent Rabelais à la rescousse. Céline lui-même convoque La Fontaine. “La Fontaine ? C’est fait, c’est tout. C’est final”, lançait-il non sans bravache. Accommodez le prince des écrivains classiques avec la truculence gargantuesque ? Un point au moins les relie : l’avalanche des faits – et, corrélativement, l’inflation rythmique. Il est aisé de soutenir que leur style “déménage” les faits qui, sans le concours d’un rythme tout à la fois effréné et contrôlé, deviendraient indigestes. Nous débattons de la vitesse, nous ne nous en rendons même pas compte. Elle permet la gestion idoine des événements. Or l’événement par excellence, c’est la phrase. Introduire de la sorte à Je la voulais lointaine, le dernier roman de Gaston-Paul Effa, c’est renvoyer à son incipit : Je m’appelle Obama, un nom d’oiseau. Le nom est une réalité nourricière comme la salive. Dans l’ordre supérieur des symboles, il représente la vertu qui maintient la vie. Être digne de son nom est le souci majeur de l’existence, au point qu’un homme, à toutes les étapes de sa croissance, a besoin de s’assurer qu’il peut, sans risque de châtiment éternel, mourir, là, tout de suite, s’il porte mal son nom. Tout est dans le nom ; le reste compte bien peu. L’événement-langue d’Effa est un orgue qui assume l’emphase. Sa beauté y réside. Curieusement il me...

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