Un soutien pour l’autonomie des artistes

Entretien de Samy Nja Kwa avec Jacques Deck

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Toute la lumière sur l’action de l’Agence de la Francophonie en matière de soutien aux musiciens africains.

« Je travaille sur 4 programmes : le premier concerne la circulation des spectacles.
Le deuxième programme est la supervision du MASA, qui a été créé en 1993. Nous avons essayé de mettre en place des réseaux afin que les artistes puissent participer à des soirées publiques en dehors de leur pays d’origine. Il s’agit surtout d’artistes vivant en Afrique et non de la diaspora. Le MASA est ouvert à toute l’Afrique, il est autonome, il a son identité. Nous recevons à peu près deux cent dossiers d’artistes par an. Le MASA existe à Abidjan, il y a un bureau à Lomé, un autre à Libreville, l’Océan indien… il existe des relais en Afrique. 400 programmateurs sont venus à la dernière édition, il y en avait 237 à la première édition, donc il y a une évolution. Les professionnels qui viennent ont intérêt à rentabiliser leur voyage, puisqu’ils paient tout eux-même. Ils voient en gros 40 à 50 spectacles : le MASA a une programmation officielle, et au même moment, il y a plus de 80 spectacles qui se donnent dans la région.
Je gère aussi le programme des jeux de la francophonie : c’est un peu comme les jeux olympiques. Ils ont lieu tous les 4 ans ; il y a une partie sportive et une autre artistique. La partie artistique concerne la musique, dans son inspiration traditionnelle. Nous procédons par des pré-selections des pays via leurs sélections. Un jury va sur le terrain comme pour le MASA, qui a une fonction de validation des spectacles, qui permet de maintenir un certain niveau. L’objectif est de montrer la qualité et d’avoir des retombées qui peuvent se concrétiser par une tournée internationale par exemple.
Le quatrième programme concerne l’aide aux entreprises phonographiques : nous allons à la rencontre des professionnels de l’industrie du disque, comme le MIDEM, le WOMEX à Berlin. Au MIDEM par exemple, nous rencontrons plus de 12 000 professionnels, nous arrivons à déboucher sur des choses concrètes. Nous le faisons depuis trois ans. Cela permet aux entreprises africaines de se rencontrer sur notre stand. Elles viennent du Cameroun, du Sénégal, de la Tunisie, de l’Egypte… La première année où ces responsables d’entreprises viennent, nous prenons en charge leur voyage ; la deuxième année, ils se débrouillent. Par notre biais, ces entrepreneurs vendent des licences de leurs produits à d’autres pays africains, et cela peut aller jusqu’aux Etats-Unis. Ces droits reviennent à l’entreprise et à l’artiste. L’objectif étant de trouver une major, de faire tourner l’entreprise, de trouver des spectacles. Le disque d’El Hadj N’diaye, par exemple, est distribué à Niamey (ce qu’il ne savait pas) ; il a ensuite présenté son spectacle là-bas. Nous offrons donc toute la logistique. Les entrepreneurs ont remarqué qu’en sortant un disque au même moment à Dakar et à Abidjan, ils peuvent déjouer les piratages. Nous faisons un CD pour le MIDEM où on trouve tous les renseignements concernant les artistes, et nous donnons une soirée. Cette année, il y avait Youssou N’dour, qui a attiré du monde, ainsi qu’El Hadj N’diaye. Notre souci est que les gens soient autonomes : nous ne sommes pas des managers.
Nous travaillons dans la transparence. Le système est celui-ci : les gens nous envoient un projet, selon des règles pré-établies (1) : un projet de budget, les dates, un ou deux contrats pour preuve de leur sérieux ; ils mettent en évidence les subventions qu’ils reçoivent, le coût des transports internationaux. Le dossier complet passe devant une commission qui statue, et à ce moment là, est décidé de la somme qui sera attribuée à l’artiste, qui ensuite, devra nous renvoyer les justificatifs de ses dépenses. »

(1) Consulter à ce propos www.africultures.com.Jacques Deck est responsable de projets à l’agence de la Francophonie///Article N° : 1426

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