Une force qui demeure

De Hélé Béji

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Héli Béji, intellectuelle tunisienne formée en France, nous propose un essai sur la position de la femme dans la société moderne. Elle écrit à la première personne depuis Tunis où elle a appris à chercher la liberté dans le libre arbitre, la conviction de la supériorité  » des joies de l’esprit » sur « les soins du ménage » (42) : « les femmes de ce monde n’avaient pas, comme nous, le temps de réfléchir et de tout analyser ; la plupart étaient illettrées » (62). La première partie de son ouvrage est donc un témoignage sur le monde dit « traditionnel » maghrébin sur lequel elle pose un regard à la fois condescendant (les femmes « archaïques », 68), schématique (« la jeune fille connaît une existence injuste et cruelle », 70) et idéalisé (« la pomme du péché n’y existait pas », 62). Forte, dit-elle, du recul que lui confère son « libre-arbitre » (78) et d’une double appartenance qu’elle pense gommer les écarts historiques et culturels (53, 55), elle propose de « repenser » (77) la place et les caractéristiques de la femme « universelle » (55) dans la société contemporaine (sans indication de lieu). Elle cherche donc les éléments constants de la féminité afin d’expliquer pourquoi les victoires des femmes dans les sociétés modernes les laissent en proie à une angoisse persistante et « prisonnières des conformismes de leur temps » (52) : « La sagesse […] je l’ai perdue, comme toutes les femmes modernes. Cette perte fut la condition même de ma liberté. […] Le mouvement qui m’a fait briser le poids de la tradition doit me faire aller de l’avant en refusant les artifices du présent » (90-91). Elle dénonce sans vraiment l’analyser « l’impasse actuelle » de cette « féminité fabriquée » (162) dans laquelle la femme moderne libérée de nombreuses contraintes est confrontée au « déracinement de la modernité » (164), la solitude, la « perte de la relation au monde » (165). Elle affirme donc que « une certaine forme de liberté est arrivée à épuisement » (165) et cherche dans « le génie féminin » (159) la façon oubliée par la liberté nouvelle de laisser s’épanouir « l’expansion naturelle de leur personnalité » (165). Pour l’auteur « le féminisme est devenu quelque chose de trop court, d’un peu étriqué, d’anachronique » (131), sous-estimant « la souffrance devant la modernité » (131). Elle plaide donc pour une vision plus globale de l’humanité où la femme libre « délivre l’homme du poids de ses fautes » (136) et retrouve « le monde de la demeure », distinct de »l’esclavage domestique » (145) qui représente pour elle « le centre de la vie spirituelle de la femme » (146) où « la perception de l’autre était inséparable de la perception de soi » (151). La nouvelle sagesse qu’elle appelle de ses vœux est donc un dépassement de la vision dualiste de l’humanité et une redécouverte des richesses vécues par les femmes dites archaïques dans une modernité qui saurait retrouver « le trésor de la mémoire » (166) dans « une élévation de pensée qui nous réconcilie avec le monde » (167) et qui rendra à la femme son vrai rôle « de restituer l’humain dans son intégrité » (173. La démarche est basée sur une vision essentialiste, l’auteur parle du « génie féminin », de « l’Homme » et « la Femme » et de leurs qualités distinctes ; la systématique non prise en compte des contextes historiques ou sociaux vise à définir le « naturel » et donc à trouver ultimement « l’originalité féminine » (173). Ce texte se clôt sur la formule reprise pour le titre : « la femme est une force qui demeure » (174).

Hélé Béji, Une force qui demeure, Paris, Arléa, 2006.///Article N° : 4374

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