[VIDEO] Rentrée littéraire : Règles douloureuses de Kopano Matlwa

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Chaque 15 jours, Africultures propose son coup de coeur littéraire dans le Journal Afrique sur TV5 monde. Focus, avec l’auteure Marie-Julie Chalu,  sur le deuxième roman traduit en français de Kopano Matlwa. Après Coconut, la romancière publie, aux Editions Serpent à plumes, Règles douloureuses.  

 

Kopano Matlwa s’était déjà illustrée dans une incisive immersion dans la société sud-africaine avec Coconut, son premier roman qui avait été un succès. Dans Règles douloureuses, elle prend pour protagoniste Masechaba qui a décidé de faire médecine parce qu’elle est atteinte d’endométriose. Les règles douloureuses dont elle souffre, period pain en anglais, sont une métaphore des périodes de douleur que traverse l’Afrique du Sud. À travers son histoire, l’auteure explore les zones sombres de la société sud-africaine marquée par une xénophobie croissante et tiraillée par des tensions et divisions raciales que le mythe de « nation arc-en-ciel » n’a pas su affronter.

Le roman est construit comme un journal intime. Le récit se déroule avec la voix interne de Masechaba, à la fois drôle, cocasse et acerbe. Cette voix réflexive, bouillonnante est une sorte d’échappatoire à son quotidien d’interne asphyxiant. Marquée par des angoisses et des doutes profonds qui remettent en cause ses aspirations, la poésie de Masechaba s’exprime là où l’indicible se fait sentir. Sa description du monde hospitalier est crue, violente, l’état de la santé publique est déplorable. De plus une xénophobie latente s’exerce, notamment sur sa collègue et colocataire Nyasha, une Zimbabwéenne qui sait qu’elle ne pourra évoluer professionnellement en Afrique du Sud malgré ses compétences. Accusée par cette dernière de n’être pas venue en aide à un patient victime d’agressions xénophobes, Masechaba se lance dans une pétition pour lutter contre la xénophobie au sein de l’hôpital. En retour, elle subira un viol correctif pour lui intimer l’ordre de rester à sa place.

Kopano Matlwa prend l’hôpital comme un microcosme de la société sud-africaine. Elle-même est médecin et activiste dans le domaine de la santé. Elle fait partie de cette génération d’écrivains « born free », née après l’apartheid mais cependant désillusionnée par les promesses de liberté et d’égalité que cela pouvait offrir.

Les règles douloureuses sont la métaphore des souffrances internes à la société sud-africaine nécessaires à accepter afin de les analyser pour atteindre la liberté. Elles symbolisent également la condition féminine, les oppressions que subissent les femmes. Et le corps en est le premier et principal réceptacle. Le poids de la religion et du patriarcat façonnent la manière dont elles perçoivent leurs propres corps. Masechaba parle de son vagin comme d’un monstre dont elle veut se débarrasser. Elle voit l’avènement de ses règles comme une punition divine. L’auteure offre cependant par la suite par le biais de ce personnage féminin une possibilité de résilience. Celui de l’espoir.

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