Viramundo, de Pierre-Yves Borgeaud

Le chantre de la créolisation

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J’aimais déjà beaucoup Gilberto Gil pour sa musique, maintenant c’est aussi l’homme que j’aime et admire profondément. Merci au producteur de Pierre-Yves Borgeaud de l’avoir convaincu de repartir pour un voyage musical après leur collaboration sur Retour à Gorée (2007) où il suivait Youssou N’Dour sur la route de l’esclave (cf. [critique n°6848]) ! Gilberto Gil, qui n’est plus tout jeune, est toujours d’une incroyable vivacité, tant dans ses concerts que dans sa relation avec les gens qu’il rencontre, et notamment les enfants avec qui il développe une relation toute particulière. Sa gentillesse, sa simplicité et son enthousiasme ravissent. Mais surtout, il est un convaincu en recherche : convaincu que c’est dans la relation que l’on s’enrichit et que les nouvelles technologies sont essentielles pour les peuples du Sud pour leur permettre de communiquer, (1) mais aussi en recherche car ouvert à toute rencontre lui permettant d’approfondir cette certitude.
Les voilà donc partis une fois de plus à l’épreuve du monde. Cela commence par l’origine : la fête des enfants de Gandhi à Salvador de Bahia, dont Gilberto Gil est issu et se réclame. Puis, ce sera la quête des traces de ce que les peuples du Sud partagent auprès des Aborigènes d’Australie, peuple d’origine par excellence mais aussi durement colonisés. Le passage par l’Afrique du Sud rappelle le partage d’origine africaine en tant que descendant d’esclave et les échanges avec les Indiens d’Amazonie ramène à la question de la préservation et la valorisation de la diversité. A chaque fois, la musique est centrale, à la fois outil de mémoire, concentré culturel, moyen d’expression et force unificatrice.
Ce voyage musical n’a donc que quatre étapes : elles laissent le temps de la rencontre et de l’écoute, de la découverte et du partage. Cette dimension temporelle, servie par une caméra présente mais discrète et un montage sans nervosité, est essentielle dans le film et fonde pour le spectateur la possibilité de connecter, non seulement avec Gilberto Gil mais aussi avec les musiciens qui le reçoivent. C’est ainsi que s’impose ce que résume très simplement un des protagonistes en parlant de l’ubuntu : on n’existe que par les autres.
S’allier et se confronter entre gens différents, voilà le credo du musicien : il jouera à Johannesburg avec l’orchestre Miagi qui recompose l’arc en ciel sud-africain voulu par Mandela. Cela suppose de « sortir du discours manichéen qui a caractérisé les luttes du passé », dit-il en début de film à propos du racisme. Le film montre que cela suppose simplement de sortir du pur discours, de laisser dominer l’écoute et l’émotion qu’autorise la musique. Ce n’est pas la musique en soi qui porte un discours, mais sa pratique ensemble, dans l’affirmation de soi, les échanges et les ruptures normatives que fonde cette pratique. Au terme de ce partage, la solidarité s’impose. C’est à elle qu’ouvre ce beau film.

1. Lorsqu’il était ministre de la Culture du président Lula, Gilberto Gil avait non seulement développé des Maisons de la culture, partie du projet Refavela, une cinquantaine d’équipements culturels au sein des favelas, mais aussi les « Points de culture », reconnaissance d’initiatives portées par des militants au sein des quartiers, repérées par le ministère qui soutient ces lieux en les finançant et en leur fournissant du matériel informatique et des accès à Internet. La culture numérique est ainsi valorisée comme source d’inspiration, de lien avec le monde, et donnant accès à des outils de création et de diffusion artistique facilement utilisables.///Article N° : 11484

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