WOMEX : bilan de l’édition 2012

Pour la première fois, la World Music Expo (WOMEX) s’est déroulée en Grèce, à Thessalonique. Du 17 au 21 octobre 2012, la fête a battu son plein chez les Balkans. Paradoxe dans un monde malade de sa mondialisation, le dénominateur de cette manifestation de premier plan pour l’industrie musicale : les musiques dites du monde sous toutes leurs formes. Retour sur un événement devenu incontournable, en pleine mutation.

C’est sous le soleil de Salonique, dans le complexe de l’Helexpo, que s’est déroulée la vingt-huitième édition de la foire musicale internationale. Une ville chargée d’histoire, 28° en moyenne, quarante pays représentés, soixante et un concerts sur trois jours. Les chiffres sont là. Le festival s’est clôturé sur un bon bilan. Manifestation pas comme les autres, c’est plus qu’une réunion au sommet de bookers, tourneurs, directeurs de festival à l’affût de nouveaux artistes pour remplir salles et festivals. C’est avant tout une grande communauté. Une terre dont les habitants, les Womexicans, liés par la même passion pour les musiques, se réunissent comme on organise un repas de famille, quelque part en Europe. Tant pis pour les cousins outre-Atlantique, subsahariens, ou asiatiques : ils devront trouver les moyens tant financiers que temporels afin d’accoster dans une des villes du Vieux Continent choisie par l’équipe organisatrice basée à Berlin, composée, entre autres, d’Alexander Walter, Anna Pötzsch et Daniela Teuber.
Y a pas que la capoeira dans la vie
Leur mission : fédérer les acteurs de cette niche dans l’industrie musicale, susciter les rencontres et contribuer à créer la bande-son d’un monde globalisé, hyperconnecté. Ainsi, des stands réunissant des labels, et autres entreprises d’un même pays sont achalandés, comme une représentation idéale du monde : juste un pas pour se retrouver à échanger avec son homologue tchèque, islandais quand on est indien, danois ou finnois. L’allée française est l’une des mieux représentées, placée juste à l’entrée de la foire. Et les artistes à l’affiche des concerts du soir, les show cases, sont à l’image du pays tel qu’il est : métissé et incluant son espace ultra-marin. Ainsi, une performance très marquante du festival a été celle de Lindigo. Groupe percussif, à l’énergie débordante, sous la bannière du “maloya power”, slogan un peu facile au premier abord, les musiciens ont livré un concert habité, démontrant en effet toute la puissance de cette musique jadis marginalisée. À la suite de Christine Salem ou Danyel Waro, Lindigo est une valeur sûre de la scène réunionnaise, combinant force et émotion, avec l’inclusion du moringa, ces danses de combat. Sans besoin qu’on les comprenne, ces joutes rappellent un passé lointain, convoquent les esclaves, avec engagement, fougue et grand talent. Nul doute qu’on les retrouvera sur les scènes internationales, leur réputation après ce concert n’est plus à faire.
SOS, musicien africain en détresse
Si la fréquentation est stable, on est frappé cependant par l’absence de structures venant d’Afrique, et notamment centrale, une fois n’est pas coutume. Des stands entiers dédiés à la musique venant du Brésil, du Danemark ou encore d’Inde se déploient en large part. Mais pas de corner “Océan Indien” ou ouest-africain. Les maisons de production ou agences de booking européennes les représentent en large part. Un grand nombre dans la profession n’a rien à dire sur le sujet. Ils sont juste unanimes quant à un fait : prendre part à un WOMEX vaut le coup, encore plus lorsque l’artiste que l’on représente est sélectionné pour un show case, comme le confirme une employée de Zig Zag productions, venu avec l’autre révélation du festival, Mokoomba. Moyenne d’âge : 23 ans – leur manager, Marcus Gora, Zimbabwéen comme tous les membres du groupe a 26 ans – un chanteur charismatique et un style dynamitant les codes traditionnels de la “world music”. Ce terme fait mal aux oreilles à certains, tant il ne veut plus rien dire. “Je n’en suis pas satisfait, mais on n’a pas trouvé mieux.” souligne le tourneur de Contre-Jour. “Une page se tourne et d’autres modalités vont se mettre en place. Je sens qu’une nouvelle génération de professionnels, journalistes, managers, producteurs, arriveaugure José Da Silva, patron du label Lusafrica. Et mettra fin à la hiérarchie des musiques ?
Lusafrica, label de l’année
On n’avait plus réellement de nouvelles de la structure cap-verdienne. “Après la mort de Cesaria Evora, il m’a fallu six mois pour avoir de nouveau envie de travaillerconfie le boss. Cette année, l’award WOMEX est allé à José Da Silva et son équipe, présents dès le premier WOMEX, en 1994. “De nouveaux projets sont sur le feu, de nouveaux artistes sont venus agrandir notre écurie. Beaucoup de choses se profilent pour 2013. Et ce prix ? “Parler et le recevoir en public a été une gageure. C’était agréable d’avoir les collègues d’autres labels dans la salle, en soutien. Je suis surpris de l’impact qu’a cette récompense, d’autres opportunités se sont présentées suite à la remise.” Avec deux artistes programmés en show case, ce sera, à n’en pas douter, l’année du Cap-Vert. Le ministre de la Culture de l’archipel est venu pour l’occasion évoquer la mise en orbite, en avril prochain, d’un marché de la musique made in Cabo Verde, Atlantic music expo. Praia, lá vamos nós ! Si tout le monde se réjouit que le WOMEX branche les clubs et autres scènes sur les fréquences de la cumbia ou encore du rock indé turc, qu’il ait initié ce réseau plus important chaque année, l’opportunité qu’ailleurs, d’autres professionnels d’autres parties du monde s’organisent pour permettre à la musique de circuler partout s’envisage. L’Afrique du Sud, ou encore le Ghana sont en première ligne, et c’est une bonne nouvelle. La relance annoncée du Marché des arts du spectacle africain (MASA) aussi.

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