Yaoundé : la rue au théâtre

"Rue barrée", par la Compagnie Envers du D'Kort

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Le 27 février 2003, au Centre Culturel Français de Yaoundé, la toute nouvelle Compagnie camerounaise de théâtre l’Envers du D’Kort proposait le spectacle « Rue barrée », sous la direction artistique de Stéphane Tchonang.

Huit garçons, une fille, des corps et des voix endoloris qui se font interprètes de la rude vie de la rue que mènent des centaines, des milliers de petits enfants innocents dans les grandes villes du tiers-monde. Exploitation, brimades, drogue, rêves ; rêves d’un ailleurs différent. Rêves d’un nouveau départ nourris par le mal être quotidien auquel ils tentent d’échapper. Et par dessus tout, l’amour que recherche l’enfant, dans le spectre d’une maman disparue, dans la fuite d’une marâtre odieuse, dans une recherche quasi chimérique de gloire et d’argent, garants d’une reconnaissance sociale.
Ce jeudi 27 février 2003 au Centre Culturel Français de Yaoundé, la toute nouvelle Compagnie camerounaise de théâtre l’Envers du D’Kort composée de sept jeunes camerounais, un soudanais et une canadienne, a su émouvoir et convaincre. La justesse du jeu des comédiens, les décors très illustratifs, la musique d’ambiance (jazz et musique de la rue) concourraient à soutenir la profondeur du thème énoncé. Les séquences nous font voyager tour à tour de la ruse à la violence, de la violence au reniement, du reniement au rêve, du rêve à la drogue, de la drogue au désespoir, du désespoir à la vie. Une vie tout de même parsemée de temps en temps de quelques éclats de joie et d’espoir. Les enfants organisent à la fin un concert de musique, en pleine rue, avec pour instruments des objets de récupération. Du Contemporain. Une chimère qui se transforme en succès très vite récupéré par un mécène véreux. Mais au bout du compte demeure l’espoir d’une vie nouvelle à travers ce rêve réalisé.
Richard PIPA, Stéphane TCHONANG, Rigobert TAMWA (ESHU), TINA ASSENG, Philippe MBAKO, Joseph WAMBA, Gabriel FOMOGNE, Jackson DOKOLO et Amélie LANGLOIS (AMY), soutenus par l’Institut Goethe de Yaoundé et sa très dynamique Directrice Andrea JACOB, ont tenu leur pari lancé quelques mois plus tôt : donner au théâtre camerounais un visage nouveau en rentrant dans les préoccupations majeures des populations. Pari d’autant plus réussi que les Camerounais présents dans la salle ont pu facilement se reconnaître dans l’argot camerounais qu’a du mal à saisir le public européen.
Un regret tout de même à l’issue de la représentation : le spectacle se tient au Centre Culturel Français, face à une élite composée d’Européens et d’artistes. C’est à se demander à qui s’adresse la troupe. Une question qui se pose d’ailleurs pour la plupart des productions africaines qui semblent se dérouter de leur public-cible pour s’enfermer dans le cercle des festivals et réseaux de diffusion francophones. A l’heure du spectacle, les pauvres petits enfants dont on raconte la vie somnolent à quelques pas de là, en pleine rue, se demandant sûrement quelle fée leur permettra un jour de rentrer dans cette salle réservée aux « gens bien ». Aux gens de l’autre coté de la vie.
En attendant, le spectacle suit un parcours presque conventionnel. Après une représentation en off aux dernières Rencontres Théâtrales Internationales du Cameroun (RETIC), la troupe a été invitée à donner une représentation au Gabon au mois de janvier. Elle a ensuite été programmée au CCF de Yaoundé et espère faire le tour des villes africaines et européennes. Il ne reste qu’à lui souhaiter longue vie tout en gardant l’espoir de voir les masses les plus défavorisées aller à la rencontre de ce spectacle-porte-parole de leur vie .

///Article N° : 2826

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