Le groupe Tinariwen fait son retour sur la scène mondiale. Sorti en septembre 2019, leur nouvel album Amadjar, chante le Sahel. Il a été enregistré dans des conditions singulières.
La situation conflictuelle au Mali a poussé les mythiques Tinariwen à quitter la région de Kidal, au Nord-Est du pays. Le groupe a fait de cette contrainte un objet de création. Avec ce voyage vers le grand Sud marocain, ils retrouvent l’esprit des caravanes transsahariennes, d’autrefois. Les moyens de transport ont changés, mais le but du voyage reste le même, une quête profonde.
Un studio dans le désert
Une grande tente au milieu du camp sert de studio d’enregistrement. Guitares, câbles et micros, y sont disposés. Un générateur silencieux alimente le campement en énergie. C’est dans des conditions particulières qu’a été enregistré cet album.
En journée, la chaleur ne permet pas aux musiciens de travailler. C’est sous des petites tentes aux alentours qu’Ibrahim, Abdallah, Hassan Touhami et les autres membres du groupe passent leurs journées. Ils boivent du thé, sortent un damier et jouent aux dames mais surtout ils cherchent l’inspiration, afin d’enregistrer leur prochain album.
« Ici, nous sommes censés faire en quinze jours, ce que d’autres font, ailleurs en plusieurs semaines ou en plusieurs mois », dit Abdallah ag Al-Housseïni, en s’arrêtant de gratter les cordes de sa guitare.
Présentés trop souvent comme étant « les rockers » du Sahara, les Tinariwen sont simplement les précurseurs d’un mouvement culturel que les Touaregs – y compris les membres du groupe – appellent « Guitare n’shoumar » : la guitare des flâneurs. Avec le groupe, c’est la poésie traditionnelle touarègue qui est mise en valeur à travers la guitare acoustique. La guitare électrique a pris place plus tard dans les années 70-80, c’est la période des indépendances et l’arrivée de la mondialisation. Les guitares électriques ont aussi marqué les musiques arabes et maghrébines sur la même période. L’image des Tinariwen, en « rockers–bluesmen touaregs », « tombés du ciel saharien », est une construction.
Le visiteur, l’invité, l’hôte au cœur du message
Finalement c’est dans une tradition touarègue que le groupe a puisé son inspiration. Le nouvel album, le neuvième, intitulé « Amadjar » (l’hôte en langue Tamasheq), nous invite à découvrir l’essence de la culture touarègue. Le message évoque la place réservée à cet « Invité naturel ». Il n’y a pas si longtemps, dans la tradition de ce peuple, les nomades prenaient un soin particulier à mettre de côté des réserves, spécialement gardées pour un hôte, un voyageur dont l’arrivée ne prévient pas.
Dans ce nouveau disque, disponible depuis septembre 2019, le désert apparaît comme un monde qui continu à nous étonner, à nous surprendre et à nous éveiller. Une œuvre combien utile aux cœurs et aux esprits confrontés aux multiples bouleversements actuels.


