Au nom du Christ

De Roger Gnoan M'Bala

Une croisade contre les faux prophètes :
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Etalon de Yennenga (grand prix) au Fespaco en 1993, Au nom du Christ se situe à Bali-Ahuekro, un petit village de Côte d Ivoire, où les hommes se côtoient dans la promiscuité et la misère. Gnamien Ato, un pauvre porcher, y est méprisé par tous et cherche l’oubli dans l’alcool. Le jour où, ivre comme toujours, il manque de se noyer, il a subitement une apparition : celle d’un « enfant dieu » qui lui confie la mission de redresser les torts et les égarements de l’Eglise. Voilà notre homme devenu le prophète Magloire 1er, messager de Dieu et cousin du Christ. De retour au village, il convertit sans grande peine, à l’aide de « miracles » dont il a seul le secret, les villageois qui très vite deviennent des adeptes et des fanatiques zélés de cette nouvelle confession. Les traditions locales sont condamnées, les fétiches et autres objets rituels sont livrés au flammes et les mécréants menacés. Ainsi commence le début de la folie religieuse d’un homme dont la renommée et la puissance sera sans limite. « Je suis un baobab indéracinable« , déclare le cousin du Christ qui pousse sa folie jusqu’à se croire immortel : crucifié tel son « cousin », il défiera les balles des armes à feu.
Très actuel, le film est une dénonciation des sectes et de leurs conséquences dans une Afrique profondément tiraillée entre religion, tradition et modernité. « C’est parce que les Africains ont des espoirs inassouvis, déclare le réalisateur, que le terrain est propice pour ce genre d’escroqueries. Le catholicisme nous agresse partout. C’est une religion importée que les Africains ont mal copiée. »
Roger Gnoan M’Bala impose Pierre Gondo, connu comme acteur de théâtre comique, dans un rôle grave, aux côtés de Naky Sy Savané qui joue sa disciple. Le tournage s’est effectué au sud de la Côte d’Ivoire, dans la forêt de Banko et dans un village côtier près d’Abidjan. Le film, produit par une société ivoirienne avec l’aide du ministère de la Culture du pays et celle du ministère français de la Coopération, reste bloqué pendant deux ans. Des fonds sont détournés par un coproducteur français. La justice intervient. Le procès est gagné et les coproducteurs rachètent les droits saisis par un transitaire. Le financement est alors complété avec une production suisse.

///Article N° : 2174

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