La circulation commerciale des uvres, soit leur distribution et leur exploitation dans un temps et un espace donnés, sont synonymes de significations nombreuses et hétérogènes souvent difficiles à appréhender. En effet, l'étude de la problématique de la circulation commerciale fait autant appel à des questions de marché qu'à celles des modèles de l'action publique appliqués dans le secteur, action elle-même déterminée par la nature du régime politique en vigueur dans chaque espace considéré. De plus, pour des territoires comme ceux composant la région mondiale du Maghreb, Proche et Moyen-Orient (MENA, Middle East and North Africa), un troisième questionnement entre en ligne de compte : la conduite des diplomaties entre les États et les groupes d'États, diplomaties comprenant souvent un volet dédié aux filières de l'image animée dans le cadre plus général du soutien aux industries culturelles. Cette coopération se rapproche d'une forme de marché de la ressource publique internationale au cinéma, à l'audiovisuel et aux autres images animées. Cela s'incarne particulièrement dans les fonds d'aide à l'écriture, à la production et à la circulation des uvres ainsi qu'au développement des acteurs de la filière. Dans le cas des relations internationales entre l'Union européenne (UE) et la région MENA, le phénomène se traduit notamment par les trois séquences du programme Euromed Audiovisuel de 2000 à 2014.
Cet article se fonde sur des contributions scientifiques géohistoriques (Capdepuy 2008) géopolitiques (Droz-Vincent 2008), traitant de la Politique européenne de voisinage (Le Gloannec 2009) du marché de la ressource publique internationale au cinéma, à l'audiovisuel et aux autres images animées (Prévoteau 2014), des premières politiques européennes audiovisuelles (Polo 2003). Il exploite aussi des rapports institutionnels et de données socio-économiques brutes (www.euromedaudiovisuel.net). Il s'articule autour d'un faisceau de questionnements liés à la coopération d'ensemble entre les deux régions mondiales [Europe / MENA], au programme Euromed Audiovisuel en tant que tel et, plus particulièrement, au cadre de sa deuxième séquence (2006-2009), au volet réservé à la circulation commerciale des uvres et de son impact sur la distribution des films au Liban et au Maroc. Il propose plusieurs axes de réflexion. Le premier objectif est de contribuer à une méthode de compréhension des grands enjeux des relations internationales, de ses volets de coopération puis de l'interaction entre ces cadres diplomatiques, les systèmes de soutien financier et logistique qu'ils engendrent, et le parcours des uvres. Le second axe se concentre sur la question des acteurs de la filière cinématographique et audiovisuelle autour de l'étape-clé de la circulation dans le parcours des oeuvres et des résultats effectifs qu'il est possible ou non de constater et d'analyser.
Depuis 1996, le vocable générique Euromed désigne les échanges euroméditerranéens segmentés en plusieurs volets : volets politique et sécuritaire d'abord autour des questions prioritaires de sécurité des États européens, de lutte contre le terrorisme, des processus de paix dans certains pays du ProcheOrient, de contrôle des flux migratoires ; volets économique et financier ensuite notamment par les programme Euromed Qualité, Euromed Marché, énergétique avec par exemple Euromed Eau ; volets social, culturel, de l'éducation et de la formation avec des priorités données à la jeunesse et à l'égalité entre les femmes et les hommes, volet de l'information et de la communication. Au sein de ces derniers enjeux, un sous-domaine comme la création, la production, la diffusion d'uvres d'images animées et la professionnalisation des acteurs se voit attribué un programme spécifique à la désignation générique de Euromed Audiovisuel. Jusqu'en 2014, il se segmente en trois étapes : Euromed Audiovisuel I (EA I), 2000-2005 ; Euromed Audiovisuel II (EA II), 2006-2009 ; Euromed Audiovisuel III (EA III), 2010-2014.
La nature et les objectifs du programme Euromed Audiovisuel (20002014) s'inscrivent pleinement dans le schéma des volets de l'aide internationale réservée à la culture et aux industries créatives audiovisuelles, schémas régulièrement reconduits par les États et groupes d'États depuis les années quatre-vingt. Euromed Audiovisuel s'inscrit aussi dans la coopération entre les rives nord, est et sud de la mer Méditerranée depuis la Conférence de Barcelone de 1996 et le lancement du partenariat euro-méditerranéen, coopération s'inscrivant dans le cadre plus vaste et les enjeux de la Politique européenne de voisinage (PEV).
MENA, coopération euro-méditerranéenne : des modes de désignation du lointain-proche comme assises des politiques européennes à l'égard des pays tiers.
L'observation du grand partenariat pionnier de la PEV permet un premieraxe de lecture de l'approche européenne en matière de coopération : une vision, une perception et une hiérarchisation de ce qui est lointain-proche del'espace territorial et politique européen.
Les politiques de coopération européennes avec les pays tiers ont chacune pour assise une sélection et une hiérarchisation territoriales de ce quiconstitue ou non, et à chaque grande étape des agendas géopolitiques etde leurs enjeux, la grande région mondiale destinataire des différents programmes. Selon des approches géo-historiques (Capdepuy 2008, 225-238)et de l'enjeu de désigner un Orient arabe et non plus ottoman, le vocable de Proche-Orient succédant à celui, de grande longévité, du Levant par le jeu des mandats de la 1e guerre mondiale, plus usuel en France, coexiste avecla traduction littérale de Middle East (Moyen-Orient) majoritaire dans lespays anglo-saxons. L'indicateur des conflits (dont le conflit israélo-palestinien) joue aussi un rôle central (1) dans le choix des terminologies. Il donne une grande importance au vocable de Proche-Orient qui n'est pas une région distincte du Moyen-Orient mais une partie intégrante de celui-ci. Néanmoins, la vision européenne retient la terminologie qui privilégie le critère géographique de la mer Méditerranée. L'espace des rivages d'Occident et d'Orient hiérarchise au final les notions de l'Orient proche, riverain et de l'Orient moyen. La perception ainsi formalisée par l'Union européenne de ce qu'elle retient ou non comme espaces de destination des programmes du partenariat, dans celui, plus vaste, d'une zone MENA est aussi tributaire des stratégies d'influence et des questions frontalières de trois puissances de la zone : la Turquie, la Syrie et la Jordanie limitrophes de l'Iran, de l'Irak et de l'Arabie saoudite. Selon Philippe Droz-Vincent (2008, 157-173), le système sécuritaire de cette grande région moyenne orientale des années 2000 est marqué par un renforcement des autoritarismes et de techniques renouvelées de maintien au pouvoir, de contrôle des sociétés, d'écrasement de ces sociétés par des carcans policiers. La décomposition et recomposition des rapports de force et de domination des pays parties prenantes du partenariat euro-méditerranéen, des puissances régionales (Syrie, Israël) marquent nombre de territoires de la région par une position "de faible autonomie ou un statut de champ de bataille" (Droz-Vincent 2008, 157-173) répondant à la notion de shatterbelt utilisée par Saul Cohen (2008) : le Liban entre les États syrien et israélien ; les Territoires palestiniens entre Israël et le monde arabe ; les zones kurdes entre l'Irak et l'Iran. La notion de zone de broyage accrue par l'intervention ou l'influence de ces puissances limitrophes permet une lecture à la fois des jeux entre puissances de la zone moyen-orientale et des jeux entre puissances éloignées dont le leadership américain et l'alternative recherchée est revendiquée par l'Union européenne.
Le partenariat euro-méditerranéen et le schéma de Politique européenne de voisinage qui en découle sont aussi conçus dans le contexte des années quatre-vingt-dix où les foyers d'instabilité se situent au sein même de l'Europe géographique (2).
L'Union européenne doit donc organiser "ses marches d'accès" et cela avec deux politiques : l'une d'intégration, l'autre de voisinage. Face à la perspective de l'Union agrandie, l'objectif est d'éviter le coût des frontières, de contrôler les flux et paradoxalement de ménager quelques ouvertures.
Les programmes de coopération et de développement sous le générique Euromed ont ainsi pour objectif de transcender les nouveaux "clivages": "en clair il fallait dessiner un sas qui protégerait les pays de l'Union sans repousser les nouveaux voisins hors les murs" (Le Gloannec 2009, 374). Il s'agit d'entourer l'Union européenne d'États bien gouvernés.
MENA, coopération euro-méditerranéenne : les instruments et méthodes expérimentés puis privilégiés par l'UE à l'égard des pays tiers.
Selon cet objectif, le partenariat euro-méditerranéen (3) est aussi une somme d'expérimentations entre l'UE avec ce lointain-proche lié à l'Afrique et à l'Orient qui offre un deuxième axe lecture privilégié pour observer une méthode européenne en matière de coopération. Après une expérimentation euro-méditerranéenne, des techniques et des outils plus transversaux à l'ensemble des politiques de coopération européennes vont se stabiliser. Ils sont aujourd'hui largement utilisés par l'UE et ses processus de contractualisation avec différentes régions du Monde. Ces instruments s'organisent autour de deux notions : le principe de conditionnalité et les processus de socialisation.
Le principe de conditionnalité s'ancre d'abord dans la matrice qui a présidée au mode même de construction de la communauté européenne, construction d'abord économique puis étendue à d'autres fronts. L'organisation européenne attend ainsi des pays extérieurs (ou pays tiers) qu'ils respectent des normes avant d'avoir accès à l'une ou l'autre de ses politiques. La conditionnalité dans l'espace européen conjugue ainsi la notion de l'accès - ici à des politiques sectorielles de coopération - et la notion de respect, d'application de normes - ici les normes en vigueur selon la vision européenne dans le secteur destinataire de la politique ou d'un programme de coopération. La politique d'intégration incarne donc la version la plus sophistiquée et la plus aboutie de ce principe européen de conditionnalité.
Ce principe d'action européenne par le respect et la reproduction des cadres normatifs est systématisé à l'ensemble des politiques conduites par l'Union avec les pays tiers. Le principe de conditionnalité vise tout autant les intentions ou les avancées réelles des pays tiers à l'égard des droits de l'homme, de la lutte contre le terrorisme comme autant de préalables à la coopération technique et financière. L'octroi des aides est lui-même conditionné par l'objectif d'un renforcement du cadre normatif des pays aidés dans les domaines législatif et judiciaire.
Le second instrument européen en matière d'accords de coopération porte sur les processus de socialisation. Selon la politologue Anne-Marie Le Gloannec (2009), la socialisation doit s'entendre comme un apprentissage par imitation, par persuasion et par transfert de modes d'appréhension du monde et la transmission de pratiques politiques et sociales et de pratiques sectorielles. Le schéma de contractualisation de l'Union européenne avec les différentes régions du monde dont celles des rives sud et est de la Méditerranée, est donc traversé par le principe de conditionnalité [cadres normatifs]et par de forts processus de socialisation.
L'observation du cas plus spécifique de la coopération en matière audiovisuelle dans le cadre d'Euromed permet ainsi une double mise en perspective du principe de conditionnalité par le respect et l'application des normes et des processus de socialisation. Comment peuvent en effet s'exprimer et se décliner les références et les pratiques estimées comme étant adéquates à un secteur d'activité économique et professionnel - ici le cinéma et l'audiovisuel - dans différents espaces mondiaux avec pour objectif une Politique européenne de voisinage, partenariats euro-méditerranéen : Euromed Audiovisuel et circulation des oeuvres cinématographiques similitude ou une reproductibilité et à minima, une concordance des dites références et pratiques d'un sous-espace à l'autre ?
Les principes de conditionnalité et les processus de socialisation via le transfert dans un secteur donné d'un espace vers un autre, de normes, de références, de pratiques, sont fortement porteuses dans le cas de l'espace européen et de l'espace méditerranéen de l'hégémonie des normes, des références, des pratiques rattachées spécifiquement au cas de l'audiovisuel européen. Nous trouvons ainsi une empreinte forte de normes d'abord stabilisées entre acteurs européens lors des processus de socialisation préalable à l'adoption des Mesures pour encourager le développement des industries audiovisuelles (MEDIA) (4) dans le seul espace européen. Dès lors, le processus est poursuivi par une volonté de "transfert" de ces normes et pratiques vers les pays tiers de l'espace méditerranéen : "Je souhaitais souligner l'importance de la coopération avec le programme européen MEDIA. En effet, à son lancement [Euromed Audiovisuel] tous les projets de formation se sont beaucoup appuyés sur l'expérience européenne de Media" (Lucas 2008).
Le projet MEDIA, débattu lors des années soixante-dix jusqu'au compromis enfin stabilisé à la fin des années quatre-vingt, dans un contexte très difficile de perceptions, d'ambitions, de visions encore divergentes entre les acteurs composant alors le secteur européen du cinéma et de l'audiovisuel se construit surtout grâce et autour des processus de socialisation. Les premiers budgets communautaires sont ainsi dédiés aux rencontres, aux manifestations en faveur de la réflexion et de l'adoption de la première politique européenne audiovisuelle un tant soit peu stabilisée. Cette initiative revient majoritairement aux professionnels du secteur, appuyés par quelques décideurs politiques. Les rencontres ponctuelles du début se transforment en un travail régulier de mise en réseau, réseau "proche d'une communauté de politique publique" (Polo 2003, 18) où se stabilisent de plus en plus de visions, de perceptions et d'intérêts communs. Ce recours aux processus de socialisation permet donc à des approches cognitives convergentes d'émerger et de se renforcer à l'égard de ce que doit être ou non un espace audiovisuel et cinématographique, ici dans les limites frontalières de l'espace européen. Dans le cas de MEDIA, au point de convergence des approches cognitives s'ajoute celui des cadres de matérialisation des politiques audiovisuelles alors adoptées et des modes de reproduction de leurs normes: il s'agit de politiques externalisées. Ce cadre externalisé prolonge, institutionnalise en quelque sorte les processus de socialisation. Les personnalités ou les organismes les plus présents lors des premières étapes des processus de socialisation, les plus actifs lors de ces séquences préalables décident ensuite du contenu des actions à conduire et à financer. Les personnalités et les organismes deviennent à la fois les acteurs des dispositifs de la politique menée et pour certains d'entre eux, les destinataires.
L'observation du déroulé de certains pans du programme de coopération Euromed Audiovisuel entre les rives nord, sud et est de la mer Méditerranée témoigne de la prolongation et de l'influence du schéma de MEDIA par l'implication d'acteurs-clefs, ancrés dans l'espace européen et destinataires de certaines actions: "Sept projets de formation, tous européens, ont été financés (
) qu'il s'agisse d'Eurodocmed, ou de MFBS
. (
) L'objectif de ces formations est de créer des plateformes de transfert de connaissances, mais aussi et surtout d'insérer les professionnels méditerranéens dans les réseaux professionnels" (Lucas 2008).
Comment dans le cadre du soutien général d'Euromed Audiovisuel présenté ci-dessus, l'aide resserrée autour de la promotion, de la distribution et de l'exploitation peut-elle contribuer à l'objectif d'un espace transnational de circulation des uvres ?
Il s'agit ici de mettre en perspective la manière dont le programme par son aide directe à la distribution devient synonyme ou non d'une hybridation avec les marchés déjà en place, tant à une échelle locale qu'à une échelle transnationale.
Cette aide directe est déjà considérée comme un grand levier du programme "élément important pour l'industrie du cinéma : la distribution/exploitation. C'est véritablement le volet le plus important d'Euromed Audiovisuel" (Lucas 2008). Lors de la première séquence de Euromed Audiovisuel (2000 à 2005), le grand levier du programme est délégué à Europa Cinémas (5), organisme actif des programmes MEDIA et de leur extension aux programmes EUROPA, partenaire clef en matière d'exploitation avant tout pour le seul espace régional de l'Union européenne, et cela depuis 1992. Le premier opus de 2000 à 2005 confronte les pratiques des acteurs entre les différentes rives de la Méditerranée et ébauche quelques actions mutualisées. Néanmoins, le bénéfice des actions poursuivies reste nettement plus favorable aux acteurs et unités de l'Union européenne : sociétés, cinématographies de production ou de coproduction des films effectivement mis en circulation. La séquence II (2006-2009) cherche à pallier le déséquilibre entre les tissus professionnels des acteurs et les forces de proposition en l'état au sein des espaces des rives sud et est de la Méditerranée. Le grand volet du programme met au premier plan la fonction de la distribution considérée comme le moteur de la circulation et subsidiairement la fonction exploitation. L'action est alors confiée à un organisme ancré dans l'espace de la rive sud de la mer Méditerranée : le Centre cinématographique marocain (CCM) dirigé par Nourredine Sail. L'organisme européen Europa Cinémas reste néanmoins associé au copilotage du programme. Avec l'appui d'un comité d'experts composé de membres du CCM, de Beirut-DC (6), d'Europa Cinémas et de personnes qualifiées, le CCM encadre l'instruction, les débats, les processus de décision et d'attribution des aides lors de neufs réunions en trois ans. Selon notre recensement, les membres examinent 210 demandes de distributeurs ancrés au Sud et à l'Est de la Méditerranée pour la sortie de titres sur ces territoires (7).
[Tableau Media/Euromed Audiovisuel]
Le soutien à la distribution d'Euromed Audiovisuel et les principales règles et contraintes des marchés de la circulation des uvres : la notion de film porteur
Avant d'observer et d'analyser la circulation des uvres au Maroc et au Liban dans le cadre du soutien d'Euromed Audiovisuel, il est nécessaire de préciser quelques notions génériques relatives aux modalités de l'existence, si embryonnaire soit-elle, d'un marché du film en salles dans un espace donné donc d'une circulation des uvres. En effet, tous centres émetteurs et espaces de destination confondus, le soutien à la distribution en salles doit faire face à plusieurs problématiques communes. Quelle que soit l'amplitude des marchés en salles, du tissu professionnel, les acteurs locaux et extérieurs se confrontent à une activité économique du film en salles (au volume si embryonnaire soit-il) organisé entre les initiatives et les résultats d'une part autour de films porteurs et d'autre part autour de films destinés à des marchés plus restreints. La problématique se retrouve d'un espace à l'autre, d'un pays à l'autre.
La première entrée définitoire d'un film porteur (8) doit être entendue comme une perception des acteurs reliés à la diffusion du film avant sa sortie effective en salles. La première entrée concerne les rapports de force entre les acteurs et leur évaluation respective des degrés de concurrence du marché concerné : degré élevé de concurrence entre salles composant le parc ou l'équipement d'un marché local ; degré élevé de concurrence des demandes de programmation en amont. L'autre entrée définitoire d'un film porteur concerne en effet le positionnement des différents titres au box-office, soit le positionnement en aval de films rassemblant les meilleurs scores de fréquentation. La notion de film porteur ainsi définie permet de repérer d'un pays à l'autre et au sein de marchés très différents les spécificités de chaque groupe de films qui forment d'une part la fraction minoritaire de l'offre du dit marché et d'autre part qui génère la fraction majoritaire de la fréquentation, des ressources financières en distribution et en exploitation permettant souvent à ce marché du film en salles, si embryonnaire soit-il, d'exister. Ces groupes de films composant les fractions minoritaires de l'offre ont également en commun la caractéristique éditoriale de compter des titres américains, des titres nationaux et les titres d'une troisième cinématographique souvent la plus dominante pour chaque région concernée.
Notion de film porteur et structuration et volume du marché du film en salles au Maroc et au Liban
Ainsi en 2012, pour le cas marocain (9), on recense 372 titres distribués sur les écrans générant deux millions d'entrées. La fraction minoritaire de l'offre composée de titres porteurs représente 5 % de l'offre globale et se compose de trois cinématographies : américaine (une quinzaine de titres), marocaine (trois titres) et égyptienne (un titre). La fraction génère plus de 50 % des entrées dont un très grand succès en salles [à l'aune de la capacité du marché marocain] au profit de Road to Kaboul, plus de 200 000 entrées. Autre exemple, le Liban ; pour la même année (2012), l'activité économique (10) des films en salles génère une recette brute estimée - en équivalence - à 18 millions d'euros. Une fraction de 23 titres génère à elle-seule plus de 40 % de cette recette brute aux guichets des salles : 20 titres américains et 3 titres libanais, respectivement sur la centaine (USA) et la vingtaine (Liban) lancées en salles cette année-là.
Euromed Audiovisuel et le Liban
Comparativement aux initiatives de distribution pour les deux marchés leaders de la région (Israël et Turquie) (11), les données d'Euromed reflètent dans le cas du Liban des axes de marché beaucoup plus fragiles répondant à la caractéristique de small cinema (12). L'indicateur démographique agit comme une limitation du volume de la fréquentation en mesure d'amortir les sorties sur le seul marché local libanais. Ainsi, un aspect transnational du champ d'action
des principaux distributeurs prend toute son importance. Quelques distributeurs libanais sont mandatés par des studios américains pour distribuer régionalement les titres américains. L'alliance d'une action de distribution pour un marché local et un marché régional pallient quelque peu l'effet de seuil de la seule exploitation des titres au Liban. Trois sociétés exerçant pour le Liban, l'Égypte et la Jordanie répondent à ce schéma. Elles réunissent à ellesseules [tableau 1] 16 demandes d'aide auprès du programme Euromed tout en n'ayant obtenu que 6 avis favorables.
Face aux lignes de partage d'un marché libanais très concentré autour d'un nombre réduit d'acteurs, de titres générant une fréquentation élevée, le programme Euromed va plutôt privilégier dans le cas du Liban, les initiatives morcelées en de nombreuses structures, initiatives qui visent à faire exister localement une cinématographie nationale destinée à des marchés restreints [tableau 2]. Une distribution répondant plus à une configuration militante, ne présentant qu'un ou deux titres en trois ans est alors soutenue : "Au Liban, certains essaient de montrer un autre cinéma libanais. C'est difficile car le Liban est un pays très libéral sur le plan économique, il n'y a aucune aide publique. La marge ne se montre que grâce à des volontés plus ou moins associatives. Personnellement, je fais partie de deux associations, Métropolis, la seule salle indépendante à Beyrouth" (13).
[Tableau 1 - Sociétés internationales]
[Tableau 2 - Demandes ponctuelles]
[Tableau 3 - Autres demandes]
[Tableau 4 - Demandes de sorties Maroc]
Euromed Audiovisuel et le cas du Maroc
En ce qui concerne le marché marocain, les données d'Euromed fournissent un tout autre groupe d'informations et montrent ainsi un autre type de marché au sein de la zone MENA. Si l'on retrouve un grand nombre de demandes (vingt-quatre dossiers) émanant d'un faible nombre de sociétés de distribution (trois), le programme privilégie plus volontiers une forme de concentration. L'état de concentration du marché marocain se distingue de celui du marché libanais autour du critère du champ d'action des sociétés. En effet, les quelques sociétés marocaines concernées agissent à seule destination du marché local. Les capacités et les ressources de ce marché doivent assurer l'ensemble des recettes des titres sortis. L'autre différence porte sur les lignes éditoriales promues. Là, où les distributeurs libanais tentent plutôt d'obtenir un soutien pour des titres souvent européens et grand public (ce que le programme ne cautionne pas), les distributeurs marocains font le pari éditorial des cinématographies de la région. Il s'agit surtout de réintroduire dans le marché marocain une cinématographie régionale clé : les films égyptiens. Telle est la démarche d'Imane Mesbahi à la tête de Canal 4 qui dépose à cet effet quatorze demandes (50 % des demandes marocaine de soutien Euromed II) et obtient cinq soutiens [voir tableau 4].
[Tableau 5 - Autres demandes]
Malgré le soutien d'Euromed Audiovisuel, les initiatives traduisant une dimension régionale visible, repérable d'un espace transnational de circulation des uvres sont encore très isolées et peu nombreuses. Un recensement des demandes exprimées par quelques acteurs de la région et soutenues par le programme permet d'identifier deux types d'expériences concrètes pouvant relever d'une forme de circulation transnationale des uvres :
- Circulation transnationale, schéma 1 : circulation d'une même uvre originaire de la région par plusieurs sociétés de distribution, chacune avec un champ d'action restreint à un pays et à un marché local en salles [tableaux A, B, C, D, E]
- Circulation transnationale, schéma 2 : circulation d'une même uvre originaire de la région par une seule société au champ d'action élargi à plusieurs pays et marchés locaux [tableau F]
[Tableau - Circulation transnationale, schéma 1 (A-B-C-D-E]
(Tableau - Circulation internationale, schéma 2 (F)]
Les rives sud et est de la Méditerranée n'échappent pas aux règles communes de la diffusion des films en salles. Chacune décline avec ses caractéristiques propres les différences et les particularités de son marché local au regard de la ligne de partage entre les deux ou trois cinématographiques composant l'offre minoritaire des titres porteurs générant la majorité des recettes et un groupe de cinématographies plus diversifiées devant se répartir les ressources restantes autour de marchés plus restreints. De 2006 à 2009, les demandes à l'égard d'Euromed II (et les soutiens obtenus) pour un projet effectif de diffusion transnationale - soit des titres en mesure de franchir les obstacles des particularités de chaque marché local - n'infléchissent pas la tendance de la région en matière de l'offre éditoriale déjà dominante. On ne retrouve en effet ni proposition éditoriale marocaine, tunisienne, algérienne mais bel et bien des titres des deux cinématographies-phares : films libanais et films égyptiens. L'autre critère rempli par ces titres concerne leur préalable de développement (production, coproduction), de relais (distribution), de visibilité et de rayonnement (sélection en festivals, exposition commerciale en salles) dans l'espace européen. C'est pourquoi, selon la convergence de ces trajectoires, nous retrouvons, positionné comme un relatif grand succès Art et Essai de la période (14) le titre de Nadine Labaki, Caramel, et la valeur sûre du cinéma égyptien d'Art et d'Essai, Youssef Chahine et son film Le Chaos. La convergence d'indicateurs favorables ne suffit pas néanmoins à une distribution en quelque sorte automatique des deux titres dans leur espace d'origine. L'intervention d'Euromed paraît comme nécessaire à la distribution même du titre Caramel au Liban et du titre Chaos en Égypte, soulignant ainsi la grande fragilité de ces marchés à l'égard de proposition éditoriale alternative et de tendance Art et Essai.
La seconde configuration de circulation transnationale ne concerne qu'un seul titre, remplissant lui aussi les caractéristiques, d'une part d'appartenir à l'une des deux cinématographies régionales dominantes, d'autre part, à des préalables européens : Dunia de Jocelyn Saab. Le soutien d'Euromed et les données alors disponibles renseignent sur cette initiative encore isolée d'un distributeur apparemment en mesure de traiter directement quatre marchés locaux aux indicateurs pourtant hétérogènes : Égypte, Jordanie, Liban, Territoires palestiniens. L'absence de données concernant les résultats de l'initiative (nombre d'écrans réellement programmés, nombre de séances, durée de la programmation, fréquentation générée) ne permet pas de dire s'il s'agit d'une initiative transnationale à visée commerciale (si embryonnaire soit-elle) ou répondant encore à une logique plutôt festivalière (peu d'écrans, peu de séances, durée ponctuelle de la programmation, public très restreint). Néanmoins, la thématique même du film (15), sa portée symbolique font de cette expérience transnationale de circulation d'une uvre un moment-clef de partenariat réussi entre son distributeur (Collection d'Artistes, également producteur délégué du film) et le volet en faveur de la distribution et de l'exploitation d'Euromed Audiovisuel II.
Face aux cadres normatifs, aux séquences de socialisation, aux processus à durée déterminée de l'agenda politique euro-méditerranéen et de ses priorités, un volet si sectorisé d'une aide directe à la distribution cinématographique est un terrain d'observation privilégié des tentatives d'articulation de l'échelle du local avec celle du global : échelle de la coopération Nord/Sud déclinée aux différentes rives de l'espace méditerranéen. Des films, des cinématographies, des acteurs professionnels, des publics doivent créer leur propre espace sous la direction de processus et d'instruments mis en place au nom de l'objectif déclaré des grands partenariats lancés par l'Union européenne : franchir des étapes réelles en faveur de la coopération Sud/Sud, privilégier la coopération Sud/Sud et non plus la seule coopération du Nord vers le Sud qui peut aussi être entendue comme un désengagement sur ce dernier axe de coopération. La circulation physique des uvres quant à elle reste liée à des logiques fortement locales. Les volontarismes institutionnels du CCM, d'Europa Cinémas, de Beirut-DC, celles des personnels s'y rattachant, les initiatives des distributeurs locaux, les capacités de relais au sein des territoires et des propositions témoignent pourtant de plusieurs conjonctions favorables si on restreint les résultats de l'observation au film par film. Néanmoins la nécessité de l'action au quotidien de la circulation des uvres, action à chaque étape reconduite entre les acteurs, condition sine qua none de l'existence ou non d'un marché local en salles reste une activité fragile au sein d'un programme de coopération si large dont les objectifs recherchés concernent avant tout la structuration et la visibilité de l'intervention institutionnelle européenne. L'accélération de l'actualité politique autour de la généralisation des conflits (Proche et Moyen-Orient) du printemps arabe devient alors un facteur supplémentaire de fragilisation des initiatives locales. Sur le seul critère économique, il marque par exemple un coup d'arrêt au développement du marché marocain pourtant le plus dynamique des trois marchés de la rive sud de l'espace méditerranéen (16).
L'objectif de structuration du tissu professionnel par l'aide financière directe qui est encore la méthode d'Euromed Audiovisuel lors de la séquence 2006 - 2009 produit quelques résultats probants par le lancement et le renforcement effectifs de quelques sociétés. Par exemple, Canal 4 (Maroc) largement aidée au nom du pari de la ligne éditoriale d'un retour du cinéma égyptien dans les salles du pays continuant ensuite sur sa lancée autour des cinématographies égyptienne et marocaine : "La jeune distributrice marocaine Imane Mesbahi (membre du réseau MEDIS) ne cache pas sa joie. Réalisatrice à ses débuts et productrice - elle est la fille du cinéaste marocain Abdellah Mesbahi - elle s'est convertie à la distribution, en ramenant essentiellement au départ de gros succès égyptiens, absents ces dernières années des écrans marocains du fait de la concurrence des chaînes satellitaires. Elle distribue également des films marocains, et il faut dire qu'elle a eu la main heureuse. L'un des films qu'elle a distribué Road to Kaboul, une comédie populaire signée Brahim Chkiri, est à l'affiche depuis deux ans. D'où sa joie qu'elle veut partager en organisant une fête les jours qui viennent pour célébrer ce fait inédit dans l'histoire du cinéma marocain.
"Le film est à l'affiche depuis 99 semaines, nous dit-elle ; il a dépassé depuis longtemps la barre symbolique des 300 000 spectateur" (Bakrim 2014).
Néanmoins, la séquence III du programme (2010-2014) traite la question de la circulation physique des uvres en abandonnant la méthode de l'aide directe à la distribution et à l'exploitation au profit de celle, plus orthodoxe selon la norme européenne (et de celle de MEDIA), de l'aide indirecte. Cette seconde méthode d'aide cherche en effet à favoriser et à financer prioritairement les regroupements professionnels des rives est et sud de l'espace méditerranéen. Dans cette logique européenne, soit celle de séquences de socialisation
à travers des colloques, des rencontres, des ateliers, c'est ainsi que voit le jour le 10 décembre 2012, au Festival international du film de Dubaï, le premier réseau de distributeurs du Sud de la Méditerranée (MEDIS). Cette forme désormais indirecte de l'aide européenne à la distribution ne donne pas accès au même repérage d'initiatives concrètes en faveur de cinématographies, de titres, d'acteurs, de marchés locaux, telle que le permet la séquence de l'aide directe encadrée par le CCM de 2006 à 2009. Chaque structure membre du réseau doit conduire sa prospection autonome d'aides directes auprès des guichets éventuels aux échelles nationale et transnationale voire internationales. L'objectif de l'aide indirecte au regroupement de professionnels est de répondre au plus près à la commande européenne de favoriser et de donner une visibilité à la coopération Sud/Sud avec le soutien de l'UE. Le cas de MEDIS montre aussi en quoi ces initiatives restent pourtant encore très étroitement liées à la rive nord (Europe) de l'espace méditerranéen : déjà par le choix de personnalités circulant et travaillant d'une rive à l'autre aux fonctions-clefs de représentation (Nabil Ayouch, réalisateur, Maroc et France, président honoraire) ; ensuite par la présence de personnalités se situant au cur de dispositifs et de structures strictement européennes (Adeline Monzier de l'organisme Europa Distribution, structure à la fois née et partie prenante de la mouvance de MEDIA; elle est l'une des huit administratrices de l'association MEDIS) ; enfin d'une inscription territoriale qui reste européenne puisque le siège de l'association se situe en Belgique.
Capdepuy, Vincent. 2008. "Proche ou Moyen-Orient ? Géohistoire de la notion de Middle East" Espace géographique 3 (37) : 225 - 238.
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1. Nous attirons l'attention à l'égard d'une rénovation nécessaire des modes de désignation de cette partie de l'espace mondial, dans le contexte des différentes réalités (confits, guerres civiles) la traversant depuis 2010, et d'une refonte en cours des rapports de force à l'égard desquels il est difficile dans le cadre de cet article de proposer un recul suffisant pour fournir une perspective réflexive et analytique.
2. Conflits de l'ex-Yougoslavie ; autres risques de conflits à l'Est ; risque de déstabilisation de l'Union européenne des 15. Le partenariat euro-méditerranéen et la PEV a pour rôle de répondre aux pays des rives sud et est de la Méditerranée face au processus à moyen terme de l'adhésion territoriale et politique des Pays d'Europe centrale et orientale (PECO).
3. En tenant compte de l'évolution et des bouleversements successifs des agendas géopolitiques, printemps arabes, crise et guerre civile syriennes, crises et conflits en Irak, Afghanistan.
4. Le premier programme MEDIA (I) démarre en 1991.
5. Structure à elle seule et pour ce volet du programme bénéficiant de 27 % de la dotation globale d'Euromed Audiovisuel.
6. Fondé à Beyrouth en 1999, Beirut DC réunit un groupe de professionnels du cinéma et de l'audiovisuel dont l'objectif est de fournir aide et soutien aux cinéastes indépendants arabes, de faire face et de surmonter les contraintes auxquelles est confronté le cinéma arabe.
7. 63 % des demandes proviennent des acteurs [et à destination des territoires]de la rive est proche et moyen orientale (Turquie, Israël, Liban, Syrie, Jordanie, Territoires palestiniens, Égypte) 37 % de la rive sud (Tunisie, Algérie, Maroc).
8. Voir "Partie III Vers un état contemporain de la diffusion des films en salles et rôle joué par les inédits en provenance des pays du Sud", in Relations Internationales, Politiques publiques, Marché de l'Art et Essai, trois questions préalables pour une étude de la diffusion des inédits du Sud en salles en France de 1990 à 2007, Thèse de doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication, sous la direction du professeur Chantal Duchet, Université Sorbonne-Nouvelle, Paris, Décembre 2014, 568 pages.
9. Source : "Projet de collecte de données statistiques sur les marchés cinématographiques et audiovisuels dans neuf pays méditerranéens/Monographies nationales : 2. Maroc" Euromed Audiovisuel III/En collaboration avec l'Observatoire Européen de l'Audiovisuel, Mars 2012, 148 pages. Données complétées par plusieurs articles de Mohammed Bakrim (Maroc) disponibles sur www.euromedaudiovisuel.net
10. Au Liban, les données sont fournies par les sociétés de distribution et d'exploitation les plus importantes du marché et non par un organisme public comme au Maroc. Elles sont donc moins complètes et moins exploitables.
11. Nombre de demandes d'aide directe à la distribution : Israël, 36 demandes ; Turquie, 25 demandes.
12. Pour les définitions, voir Karine Prévoteau, Thèse, Décembre 2014, op.cit. p 525.
13. Ghassan Salhab, cinéaste, Liban, Entretien réalisé au Festival international du film documentaire (FID), Marseille, 2011, lien : [ http://www.cinemassalia.org/spip.php?article1]
14. Et cela en similitude et concordance avec la carrière du film en Europe
15. " Situé en Égypte, Dunia s'inscrit dans la récente veine de films en quête d'affirmation de soi que l'on a pu notamment trouver dans le cinéma tunisien avec Satin Rouge de Raja Amari ou Fatma de Khaled Ghorbal. Se heurtant aux enfermements d'une société machiste qui prétend contrôler leur corps pour maîtriser leurs faits et gestes, ces femmes doivent s'émanciper du poids des coutumes obsolètes et des restrictions qui leur sont imposées. Mais elles ne peuvent le faire qu'en s'appuyant sur les valeurs portées par une tradition culturelle encore bien présente à travers la littérature, la poésie, la musique et la danse. C'est en étant fidèles à une tradition plus ouverte qu'on ne le croit qu'elles peuvent être infidèles aux coutumes rétrogrades. Le programme de Dunia est ainsi de se référer aux Mille et une Nuits et à la poésie amoureuse soufie aujourd'hui mise de côté pour "pornographie" autant qu'à la mystique et la sensualité des danses et musiques orientales pour lutter contre le conservatisme ambiant, secouer les consciences et appeler les femmes à rechercher leur propre voie" Olivier Barlet, Dunia de Jocelyne Saab, 9 mars 2006, africultures.com [en ligne, consulté en janvier 2015]
16. Les prévisions marocaines de 2009 visaient un équipement en salles de cinéma à hauteur de 150 établissements. En 2014, le marché marocain ne compte encore que 50 établissements pour 72 écrans.///Article N° : 13474


