1 200 cinémas de proximité : l’expérience du ReaGilè Mini-Cinema Project en Afrique du Sud

Entretien de Samuel Lelièvre avec John Eschenburg et Keyan Tomaselli

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Depuis quelques années, les spectateurs européens ont pu voir de plus en plus de films sud-africains et éveiller leur curiosité à une production largement méconnue. Sur le terrain, cependant, la réalité est bien différente. Comme la très grande majorité des pays africains – mais de manière inédite dans un pays disposant d’un réseau de salles solide et en développement -, il s’en faut de beaucoup pour que les films sud-africains soient accessibles à la majorité, en particulier par ceux vivant dans les zones les plus défavorisées. C’est dans ce contexte qu’apparaît aujourd’hui le ReaGilè Mini-Cinema Project, une initiative mise en place par John Eschenburg. Ayant mis à jour l’importance de cette question de la distribution depuis ses recherches sur le cinéma de l’apartheid, Keyan Tomaselli est également associé à ce projet. Eschenburg et Tomaselli nous apportent quelques éclairages sur un projet innovant et prometteur.

CCMS (1) a récemment développé un travail de coopération avec le ReaGilè Project. Qu’est-ce que cette initiative exactement ?
L’initiative du ReaGilè a démarré il y a environ quatre ans. Elle s’est développée à partir de « The Acoustic Image » qui produisait des home cinema et des installations de ce type. The ReaGilè Project a été mis en place par ReaGilè iHs Pty Ltd, dont l’objectif est de créer des emplois, de développer des structures d’éducation, de loisirs, de santé, ainsi que de prévenir la prévention de la délinquance et d’aider au développement des milieux ruraux et des townships, à travers l’installation de 1 200 complexes. Chacun de ces complexes est en fait une structure préfabriquée et tout-équipée pour des activités d’éducation et de divertissement, avec 60 places de cinéma ou de théâtre, 30 postes de travail sur ordinateur, ainsi qu’un centre de soin communautaire et un centre de réunion. Cette structure est installée sur un socle d’environ 400 m² au sein d’un espace public ou d’une école. Les partenaires du ReaGilè Project fournissent l’auditorium et les moyens informatiques. Chaque installation est mise entre les mains et gérée par 25 membres d’une communauté locale, laquelle bénéficie d’une aide-médicale et partage tous les profits liés au projet. Le ReaGilè Project s’adresse en priorité aux femmes, aux jeunes et aux handicapés. Les tarifs sont définis afin d’être abordables pour les membres de la communauté – cinq écrans en plein air restant visible gratuitement et diffusent des informations sportives, de divertissement ou concernant la communauté ainsi que de la publicité. L’acquisition d’un complexe par les partenaires est financée par le gouvernement sud-africain et d’autres subventions ou prêts, tandis que ReaGilè Ltd fournit l’expertise comptable, les supports techniques ou logistiques, en s’appuyant pour partie sur des ressources issues de la publicité.
Quel type d’expertise apporte le CCMS et quel genre de recherche est conduit ?
CCMS va coopérer avec le ReaGilè Project en tant que partenaire stratégique pour la recherche, et dans le cadre d’un projet de recherche sur les « villes médiatiques » – la recherche sur de nouveaux modèles économiques prenant en compte des politiques locales en direction du cinéma et des médias. Le cadre macroéconomique est tiré d’un modèle australien. La première phase de la recherche est conduite par des étudiants de l’University of KwaZulu-Natal ; cette recherche se poursuivra l’année prochaine. Nous espérons que d’autres universités sud-africaines s’associeront au projet. Le National film and TV Institute à Accra, (Ghana) a déjà fait part de son grand intérêt et son souhait de conduire un projet similaire. Ce projet est également conduit sous les auspices du Film Working Group de la South African Communication Association, ainsi que de l’African Research Association établit au sein du Centre International de Liaison des Écoles de Cinéma et de Télévision (CILECT).
La question de la distribution a toujours été très sensible dans l’histoire du cinéma en Afrique du Sud. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le ReaGilè Project souhaite répondre aux objectifs visés par la NFVF dans ses programmes sur le long terme (« NFVF Vision 2025 »), et en particulier concernant l’accessibilité du cinéma pour tous. Il s’agit-là d’un impératif national : créer des installations pour que les Sud-Africains ordinaires puissent avoir une maîtrise sur leurs propres images, afin d’aider au développement d’une expression démocratique et créer de la prospérité. Le ReaGilè Project vise à en faire une réalité dès 2013 en raison d’un besoin urgent de création d’emplois et comme ce projet a ce potentiel.
En termes de contenu, quel genre de film les ReaGilè mini-cinémas montreront et comment se déroulent les séances ?
Des films éducatifs, des longs-métrages en langues locales et en anglais (par le biais de Fireworks Media). Le ReaGilè Project va travailler avec les principaux distributeurs et télévisions. Ces mini-cinémas montreront également des films indépendants. L’installation mise en place dans le Gauteng est en fait très impressionnante, avec un projecteur numérique dernière génération, des fauteuils confortables, un excellent dispositif sonore, le tout dans une structure faite à partir de containers. C’est une vraie expérience, dans tous les sens du terme. On espère que le projet va commencer à se développer dans le Gauteng à partir de décembre 2011.
Pouvez-vous nous en dire plus à propos de l’environnement social et des lieux où des ReaGilè mini-cinémas se mettent en place ?
Ces complexes de mini-cinémas (comprenant donc une cafétéria, un centre communautaire de soins etc.) seront établis sur des espaces appartenant à l’État, des parcs et des écoles, pour servir des townships défavorisées et s’adresseront à une population d’environ 30 000 personnes. Ce qui signifie que les habitants de ces lieux sous-développés et souvent dénués de tout service public pourront venir à pied visiter et faire l’expérience de cet espace sécurisé de loisir et d’éducation.
Comment est-ce que cette initiative est considérée par des institutions sud-africaines (telles que la National Film and Video Foundation) et les milieux professionnels ?
La NFVF a été si impressionnée par la qualité du ReaGilè Project qu’elle lui a demandé de construire un exemplaire de ces structures dans ses bureaux, ainsi que dans l’Ekayha Centre de Kwa-Mashu (KwaZulu Natal). Une lettre officielle de soutien a été signée par le Ministre Paul Mashatile et la ville de Johannesbourg. Les universités et toutes les autres personnalités qui ont fait l’expérience du projet ont été impressionnées par ses potentialités. L’initiative ReaGilè promet d’apporter le cinéma aux populations à un prix abordable et dans des lieux sûres. Une fois que les 1 200 complexes auront été installés, on estime à 350 millions de rands le bénéfice financier par an pour l’industrie sud-africaine du cinéma via les compagnies de distribution. Cette initiative aura un impact particulier pour les producteurs de contenus locaux et réalisant des films en langues locales. Ainsi ces mini-cinémas serviront à la fois les films à gros budgets et ceux à petits budgets.

propos recueillis en novembre 20111. Centre d’études interdisciplinaires de l’université de Natal co-dirigé par Keyan Tomaselli

John Eschenburg est le fondateur du ReaGilè Project. Pour plus d’information, consulter le site Internet [ici]

Keyan Tomaselli est professeur et directeur du Centre for Communication, Media and Society, à l’University of KwaZulu-Natal, Durban. Pour plus d’information, consulter le site Internet [ici]///Article N° : 10547

Les images de l'article
ReaGilè mini-cinéma © ReaGilè iHs Pty Ltd
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ReaGilè mini-cinéma © ReaGilè iHs Pty Ltd
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ReaGilè mini-cinéma © ReaGilè iHs Pty Ltd
ReaGilè mini-cinéma © ReaGilè iHs Pty Ltd
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