100 % Arabica

De Mahmoud Zemmouri

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Mahmoud Zemmouri aime se moquer pour interroger l’actualité. Dès sa première fiction, Prends dix mille balles et tire-toi (1981), il adoptait le comique pour dénoncer les conséquences de la politique du gouvernement français qui offrait 10 000 F aux émigrés désirant retourner  » dans leur pays « . Les folles années du twist (1983) dépeignait la guerre de Libération de l’Algérie comme une farce bruyante. Et le tournage de De Hollywood à Tamanrasset (1990) failli être interrompu par les interventions parfois violentes des fondamentalistes musulmans.
100 % Arabica joue sur la même corde pour décrire le bouillonnement d’un quartier de banlieue parisienne. La musique y domine comme une carte d’identité, avec Khaled et Cheb Mami dans les rôles principaux, au point qu’on a vite l’impression que le film n’est fait que pour eux. L’imam magouilleur qui ne cherche que le flouz et terrorise le quartier est stéréotypé à l’extrême : les bandes ne sont pas dans le camp qu’on croit ! Il s’exprime comme les autres :  » Une mosquée, c’est comme une PME. Si t’as pas la poigne, c’est le dépôt de bilan  » Le film devient ainsi une anthologie permanente d’expressions imagées, au détriment bien sûr du naturel des personnages. Mais qu’importe puisque l’intention est claire comme de l’eau de roche : affirmer dans l’humour que la pluralité de la société française lui donne une vitalité aussi forte que la bande son ; et régler au passage ses comptes avec le danger intégriste pris pour ce qu’il est au fond : volonté de puissance et arnaque.
La caricature a l’avantage d’annoncer la couleur : en ne jouant pas dans la dentelle, Zemmouri évite la carte postale. On peut regretter les finesses du Bye-bye de Karim Dridi ou du Salut Cousin de Merzak Allouache qui ouvraient à une vraie réflexion. Mais on passe un bon moment de détente et, après tout, c’est une denrée rare au cinéma.

///Article N° : 190

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