Un poids sur le cœur

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Je ne suis qu’un bout de goudron
Et vous me pesez sur le cœur, Monsieur Floyd
J’écoute vos paroles, sifflement qui brûle
C’est moi qui vous brûle, je sais
J’ai mal à votre bouche, Monsieur
Les mots n’ont jamais escaladé des bottes
Qui a dit qu’à bout de souffle, qui a dit
Qu’il y avait des oreilles pour recueillir le cri
Qui a dit qu’à bout de souffle, qui a dit
Qu’on allait former un cortège de chants chantant.

Quand votre voix aura laissé la place
A l’image de nous deux, serrés
Et votre monde sera fini
Le mien se poursuivra
Et j’accueillerai votre corps, George
Encore le vôtre, oui
Ce corps qui tremble comme un sanglot
Puisque je suis mémoire, transformation
J’ai été un bout de terre battue
Dans le coton qui sucre la canne à fusil
Plus tôt encore un bout de cale
Dans l’océan qui moule les noyades à requins.

Qui a dit qu’il suffisait d’être au monde
Pour avoir le droit d’y marcher, jouir, courir
Qui a dit qu’il suffisait d’être au monde
Pour ne pas goûter à la violence aveugle et voyante d’ici
Qui a dit que c’est votre première fois, qui a dit
– C’est vous pardon –
Qu’il est toujours possible de briser les chaînes
Qui a dit, qui a écrit, qui s’est accroupi
Qui s’est relevé, qui a hurlé, qui a sombré
Dans ce Crime qu’est l’Histoire, George Floyd.

Aminata Aidara

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