Adieu Forain

De Daoud Aoulad Syad

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Adieu Forain est la chronique douce-amère d’un microcosme : c’est à la fois son intérêt et sa pesanteur. Les trois personnages principaux pourraient être les trois facettes d’une société marocaine à la recherche d’elle-même. Kacem, le père, le vieux forain, n’arrive pas à mettre fin à sa vie d’errance. Larbi, le fils qui sort de tôle, est trop macho pour avoir des amis. Il finira pourtant par se lier à Rabii, le travesti, qui rêve d’un ailleurs qu’il ne peut atteindre. Une telle constellation où chacun se demande sans cesse où partir et avec qui sans savoir au fond qui il est lui-même illustre le travail et la douleur d’une quête identitaire où l’individu devient central dans une société encore communautaire. Le terrain est mouvant : ce n’est pas seulement de ville en ville que ces derniers forains pérégrinent avec leur stand de loterie d’un autre âge, mais à l’intérieur d’eux-mêmes dans la définition de leur virilité face à un monde en mutation. Lorsque Kacem meurt, l’héritage ne se fera pas et la loterie sera vendue pour son poids de ferraille. Larbi et Rabii sont en effet orphelins d’un quelconque legs du passé. Ils seront donc condamnés eux aussi à l’errance à la recherche des valeurs qui fonderaient leur présence au monde et la réalisation de leurs rêves. Les danses sensuelles de Rabii attirent moins le client que le spectateur, tant la caméra se fait proche du trouble que sa transsexualité évoque en chacun. Si le scénario pèse lourd de toutes ces intentions, l’image de ce réalisateur photographe ravit et fait de ce film intimiste une élégante méditation.

Maroc 1998, 90 mn, scénario : Ahmed Bouanani/Youssef Fadel ; images : Thierry Lebigre ; son : Gerôme Ayasse ; montage : Ahmed Bouanani/Nathalie Perrey ; avec : Hassan Esskalli, Mohamed Bastaoui, Abdellah Didane, Nezha Rahile ; prod. : Les Films du Sud, Rabat. Sortie à Paris le 14 avril. ///Article N° : 793

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